Jennifer Geerlings-Simons, première femme présidente du Suriname : un modèle inspirant pour les générations caribéennes

Jennifer Geerlings-Simons

Le 16 juillet 2025, Jennifer Geerlings-Simons a prêté serment en tant que première femme présidente du Suriname. Cette investiture historique n’est pas simplement un changement de visage à la tête de l’État : elle marque une transformation profonde des mentalités, dans un pays où la diversité culturelle est aussi vaste que ses forêts primaires. Femme de conviction, médecin de formation, parlementaire de longue date, Jennifer Geerlings-Simons incarne une nouvelle figure du leadership, fondée sur l’écoute, la transmission, et l’universalité des droits.

Une femme médecin au service du bien commun

Née le 5 septembre 1953 à Paramaribo, Jennifer Geerlings-Simons a d’abord consacré sa vie à la médecine, avant même de songer à la sphère publique. Diplômée de l’université Anton de Kom, elle a travaillé près de trente ans comme médecin généraliste dans le secteur public. Spécialisée en dermatologie et engagée très tôt dans la lutte contre les infections sexuellement transmissibles, elle s’est illustrée par sa capacité à créer des ponts entre la santé, l’éducation et le développement communautaire.

Cette expérience de terrain, elle la revendique comme fondement de sa vision humaniste. Pour elle, diriger un pays, c’est comprendre les réalités quotidiennes de ses habitants. Cette proximité constitue l’une des clés de son approche : mettre la personne au centre, écouter avant d’agir, et s’appuyer sur les compétences locales pour bâtir un avenir collectif.

Jennifer Geerlings-Simons
Jennifer Geerlings-Simons, la première femme présidente du Suriname. •©PETROLEUMAG

Une carrière forgée dans la rigueur et la continuité

Si Jennifer Geerlings-Simons est aujourd’hui présidente, c’est le fruit d’un long cheminement, marqué par la constance, la discrétion et l’exigence. Élue pour la première fois en 1996 à l’Assemblée nationale, elle a gagné la confiance de ses pairs à force de travail et d’intégrité. Elle y est restée sans discontinuer pendant 24 ans, dont dix à la présidence de l’Assemblée, devenant une figure de stabilité dans un environnement institutionnel parfois chahuté.

Mais jamais elle ne s’est présentée comme une femme de pouvoir. Ce qui l’anime, c’est l’idée de service. Durant son discours d’investiture, elle a déclaré : « J’ai appris à prendre soin avant de diriger. Mon métier m’a appris à respecter la vie, à ne pas juger, et à penser long terme. » Ces mots résument la manière dont elle aborde sa nouvelle fonction : non comme un sommet à conquérir, mais comme une mission à accomplir.

Jennifer Geerlings-Simons
©CTG Collectivité Territoriale de Guyane

Un message d’émancipation pour les femmes de la Caraïbe

L’élection de Jennifer Geerlings-Simons dépasse les frontières du Suriname. Elle envoie un signal puissant à toutes les femmes de la Caraïbe et d’Amérique du Sud : accéder à la plus haute fonction de l’État n’est plus une exception, c’est une voie désormais ouverte.

À 71 ans, elle devient un modèle d’accomplissement tardif, prouvant qu’il n’est jamais trop tard pour concrétiser une ambition portée par l’intérêt général. Dans un environnement régional où les femmes restent sous-représentées dans les fonctions de décision, sa présence à la tête de l’État vient combler un vide symbolique.

Jennifer Geerlings-Simons ne revendique pas pour autant un leadership fondé sur le genre. Mais elle reconnaît la portée de son élection pour toutes celles qui n’osent pas franchir les barrières. « Si mon parcours peut inspirer ne serait-ce qu’une jeune fille à croire en elle, alors cette responsabilité prend tout son sens », confiait-elle récemment.

Jennifer Geerlings-Simons
©CTG Collectivité Territoriale de Guyane
Jennifer Geerlings-Simons
©Ouest Guyane

Une nouvelle ère dans la gouvernance caribéenne

En rejoignant Mia Mottley à la Barbade ou Claudia Sheinbaum au Mexique, Jennifer Geerlings-Simons inscrit son nom dans un mouvement profond de réinvention de la gouvernance dans les Amériques. Mais sa singularité réside dans la manière dont elle conjugue humilité et détermination.

Ce n’est pas tant l’autorité qu’elle incarne, mais l’attention. Pas le verbe fort, mais l’écoute active. Son mandat repose sur la conviction que le leadership ne se mesure pas à l’ampleur des discours, mais à la constance des actes. Dans une région souvent traversée par les crises, cette approche calme, résiliente et structurante peut faire école.

Jennifer Geerlings-Simons
©Ouest Guyane
Jennifer Geerlings-Simons
©CTG Collectivité Territoriale de Guyane
Jennifer Geerlings-Simons
©Ouest Guyane
Jennifer Geerlings-Simons
©CTG Collectivité Territoriale de Guyane

L’élection de Jennifer Geerlings-Simons comme première femme présidente du Suriname ne représente pas seulement une avancée institutionnelle. Elle incarne une rupture de style, une réaffirmation des valeurs humaines dans l’exercice du pouvoir, et une source d’inspiration pour toutes celles et ceux qui croient en une gouvernance fondée sur le soin, l’équité et la responsabilité.

À travers son parcours, c’est une autre voie qui s’ouvre pour la Caraïbe : celle d’un leadership apaisé, porté par l’expérience de vie, la connaissance du terrain et une foi inébranlable dans les capacités collectives. Pour le Suriname, c’est une femme qui prend la tête. Pour la région, c’est un message d’avenir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles de RK

Nelson's Dockyard, chantier naval historique à English Harbour, Antigua
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Nelson’s Dockyard, le seul chantier naval géorgien encore actif au monde

Aujourd’hui encore, des bateaux entrent et sortent du bassin d’English Harbour, sur la côte sud d’Antigua. Certains viennent réparer un gréement, d’autres s’amarrer pour la saison. Le décor n’a presque pas changé, mêmes quais de pierre, mêmes entrepôts géorgiens aux toits de bardeaux. Nelson’s Dockyard n’est pas un musée figé dans le temps. C’est le seul chantier naval de l’époque géorgienne encore en activité continue au monde, créé le 25 septembre 1725 et bâti pour l’essentiel par des Africains réduits en esclavage. English Harbour, l’abri qui a donné naissance à Nelson’s Dockyard English Harbour a été choisi pour une raison très concrète. Sa forme resserrée offre un abri naturel contre les ouragans, et sa position sur le flanc sud d’Antigua permettait de surveiller les mouvements des flottes rivales dans les îles voisines. C’est dans cette baie que le chantier allait progressivement prendre forme, au service de la Marine royale britannique. English Harbour,

Lire la suite "
Mofongo pilé au mortier en bois à Porto Rico
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Mofongo, le plat de Porto Rico né d’un mot angolais

Le mofongo est le plat que l’on réclame en premier à Porto Rico, une purée de plantain vert pilée au mortier, généreuse et parfumée à l’ail. Mais son nom ne vient ni du taïno ni de l’espagnol, il vient d’Angola. Trois héritages, taïno, africain et espagnol, se pilent encore aujourd’hui dans le même mortier de bois. Un geste transmis en cuisine Dans de nombreuses familles portoricaines, la première rencontre avec le mofongo se fait un dimanche, à table, souvent servi avec un bol de bouillon posé à côté. Plusieurs cuisiniers de l’île racontent avoir grandi avec ce geste, celui d’un plantain vert frit puis pilé dans un mortier de bois, bien avant de comprendre tout ce que ce plat raconte de l’histoire de Porto Rico. Le mofongo est une purée de plantain vert frit, pilée au mortier de bois appelé pilón, puis enrichie de chicharrón, la couenne de porc frite,

Lire la suite "
Affiche officielle du documentaire Women of Dominica
Film et vidéo
Tolotra

Dominique – Women of Dominica : le documentaire qui réunit dix femmes avant leur première à Miami

Women of Dominica réunit dix femmes de générations différentes autour d’un même récit, celui du patrimoine créole de la Dominique. Le documentaire, signé par la scientifique de l’environnement devenue cinéaste Farrah La Ronde-Hutchison, sera projeté pour la première fois aux États-Unis le 5 septembre à Miami, avant une sortie plus large annoncée pour 2027. Parmi les voix réunies, celle d’Ophelia Marie, figure historique de la musique dominiquaise. Une histoire de transmission, entre une mère et sa fille Le projet Women of Dominica part d’une histoire de famille. En 2019, la mère de Farrah La Ronde-Hutchison a reçu le Golden Drum, une distinction dominiquaise consacrée à la préservation de la tenue traditionnelle créole. Elle portait cette responsabilité depuis plus de trente-cinq ans, transmettant à sa fille les gestes et les tissus d’un habit que peu de jeunes générations savent encore nouer aujourd’hui. C’est cette transmission de mère en fille qui a

Lire la suite "

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

Rejoignez la liste

Rejoignez notre communauté Richès Karayib ! Inscrivez-vous à notre lettre d’information.

Vous voulez maximiser votre présence sur Riches Karayib ?

Remplir le formulaire pour commencer la demande