Rita Moreno naît le 11 décembre 1931 à Humacao, à Porto Rico, avant de rejoindre New York avec sa mère alors qu’elle n’a que cinq ans. Le 9 avril 1962, au Santa Monica Civic Auditorium, en Californie, elle devient la première actrice latina couronnée aux Oscars pour son rôle d’Anita dans West Side Story, avant de refuser pendant sept ans de retourner à Hollywood plutôt que d’accepter les rôles stéréotypés qu’on continue de lui proposer. Depuis 1977, elle compte parmi les très rares personnes à avoir réuni l’Oscar, l’Emmy, le Grammy et le Tony, et elle montait encore sur scène en août 2026, à 94 ans.
Rita Moreno, sept ans de silence après l'Oscar
Le 9 avril 1962, au Santa Monica Civic Auditorium de Santa Monica, en Californie, Rita Moreno reçoit l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation d’Anita dans West Side Story, sorti l’année précédente. Elle devient ce soir-là la première actrice latina distinguée par l’Académie des arts et des sciences du cinéma.
Dans un entretien accordé à la journaliste Terry Gross pour l’émission Fresh Air de la radio publique américaine NPR, Rita Moreno raconte l’espoir qu’elle plaçait alors dans cette récompense. « Quand j’ai gagné, je me suis dit, bon, ça y est, enfin, ma carrière est faite. Et là encore, j’ai été déçue », confie-t-elle
La déception vient des propositions qui suivent l’Oscar. Rita Moreno se voit offrir les mêmes rôles de figures ethniques stéréotypées qu’avant sa récompense, des personnages de membres de gangs dans des films mineurs. Elle refuse. « Je n’ai pas tourné de film pendant sept ans. On m’a proposé deux ou trois choses, des films de gangs de second ordre.
Mais j’ai dit non, non, non, non », raconte-t-elle à Terry Gross, ajoutant qu’elle jugeait ses récompenses suffisantes pour lui donner enfin le droit de refuser ce type de rôles. Pendant ces sept années, Rita Moreno continue de se produire sur scène à Londres et à New York, se produit dans des cabarets et accepte des rôles ponctuels dans des westerns télévisés pour subvenir à ses besoins.
De Humacao à New York, une enfance coupée en deux
Rita Moreno naît Rosa Dolores Alverío le 11 décembre 1931 à Humacao, une commune de la côte est de Porto Rico. Ses parents se séparent alors qu’elle est encore un bébé. Vers l’âge de cinq ans, Rita Moreno embarque avec sa mère sur un bateau en direction de New York, aux États-Unis. Les deux femmes logent d’abord chez une tante, dans le quartier du Bronx, avant de s’installer durablement dans la ville. Rita Moreno racontera plus tard à Terry Gross avoir grandi avec le sentiment que les Portoricains, et plus largement les Latinos, étaient traités avec peu de considération aux États-Unis. Elle adopte le nom de famille de son premier beau-père, Edward Moreno, celui sous lequel elle deviendra célèbre.
Dès l’âge de onze ans, Rita Moreno gagne sa vie comme voix de doublage pour des films américains adaptés en espagnol. À treize ans, elle fait ses débuts à Broadway dans la pièce Skydrift (1945), sous le nom d’Angelina. Ce lien avec Porto Rico, l’île où elle est née, résonnera tout au long de sa carrière, un territoire dont la culture se retrouve aussi bien dans le mofongo, plat le plus emblématique de Porto Rico que dans l’expression portoricaine « ay bendito », autant de marqueurs d’une identité insulaire que Rita Moreno n’a jamais reniée.
De la scène new-yorkaise à l'Anita de West Side Story
Rita Moreno enchaîne les petits rôles hollywoodiens dans les années 1950, souvent cantonnée à des personnages de femmes latino-américaines caricaturales, un type de rôle qu’elle qualifiera plus tard de dégradant. Son premier film, So Young, So Bad, sort en 1950. Elle apparaît ensuite dans une dizaine de productions, dont Singin’ in the Rain (1952) et Le Roi et moi (1956), sans que ces rôles ne lui offrent la reconnaissance que son talent mérite.
En 1961 sort West Side Story, adaptation cinématographique de la comédie musicale de Broadway. Rita Moreno y interprète Anita, la meilleure amie de l’héroïne portoricaine Maria, un rôle qui lui permet pour la première fois de jouer un personnage portoricain avec une réelle épaisseur dramatique plutôt qu’un simple stéréotype.
Le tournant, refuser plutôt que jouer les stéréotypes
Rita Moreno met fin à ces sept années de silence cinématographique en 1968, lorsque son ancien compagnon, l’acteur Marlon Brando, l’aide à obtenir le rôle principal féminin de The Night of the Following Day. Elle enchaîne ensuite avec Popi (1969) puis Carnal Knowledge (1971), deux films qui marquent son retour durable au cinéma américain, cette fois dans des rôles qu’elle choisit elle-même.
Rita Moreno, seule à réunir l'Oscar, l'Emmy, le Grammy et le Tony
En 1972, Rita Moreno remporte un Grammy Award pour sa participation à l’album de l’émission éducative The Electric Company, diffusée sur la chaîne publique américaine PBS de 1971 à 1977. En 1975, elle obtient le Tony Award de la meilleure actrice dans un second rôle pour la pièce The Ritz, où elle incarne Googie Gomez, une chanteuse de cabaret ratée. Elle racontera avoir construit ce personnage en observant des soirées new-yorkaises. « J’ai toussé, j’ai roté, et il en est sorti cette folle de Portoricaine », dira-t-elle de la naissance de Googie Gomez.
En 1977, Rita Moreno remporte un Emmy Award pour sa participation à l’émission The Muppet Show, dans la catégorie de la meilleure performance secondaire continue ou ponctuelle dans une émission de variétés ou musicale, selon les archives officielles de la Television Academy. Cette victoire fait d’elle, selon le musée George Eastman, la troisième personne de l’histoire à réunir les quatre récompenses, un Oscar, un Emmy, un Grammy et un Tony, un ensemble que l’on désigne aujourd’hui par l’acronyme EGOT. Un second Emmy suit dès 1978, pour son rôle dans la série The Rockford Files.
Rita Moreno reçoit ensuite plusieurs distinctions honorifiques aux États-Unis. En 2004, le président George W. Bush lui remet la médaille présidentielle de la liberté. En 2009, elle reçoit la médaille nationale des arts, remise en février 2010 par le président Barack Obama à la Maison-Blanche. En 2015, le Kennedy Center de Washington l’honore à son tour parmi ses lauréats annuels.
94 ans et toujours sur scène
Le 29 octobre 2025, Rita Moreno reçoit le prix George Eastman, la plus haute distinction du musée George Eastman de Rochester, dans l’État de New York, consacrée au cinéma, devenant la troisième personnalité hispanique à recevoir ce prix. Le 11 décembre 2025, jour de son 94e anniversaire, une résolution est déposée à la Chambre des représentants des États-Unis pour saluer l’ensemble de sa carrière et son engagement en faveur des droits civiques et de l’égalité dans les arts.
Le 26 août 2026, Rita Moreno se rend à Indianapolis, dans l’Indiana, pour assister aux finales du Drum Corps International, quarante-six ans après avoir coprésenté la retransmission télévisée de cette même compétition en 1980 sur la chaîne publique PBS. Interrogée par les organisateurs sur ce souvenir, elle répond avec humour se souvenir de cette soirée et se dit prête à revenir. Son parcours résonne aujourd’hui avec celui d’un autre Portoricain distingué sur une scène américaine historique, Bad Bunny, deux générations d’artistes portoricains portées jusqu’aux plus grandes scènes des États-Unis.
Rita Moreno est une actrice, chanteuse et danseuse née le 11 décembre 1931 à Humacao, à Porto Rico. Elle devient en 1962 la première actrice latina couronnée aux Oscars et compte, depuis 1977, parmi les très rares personnes à avoir réuni l’Oscar, l’Emmy, le Grammy et le Tony.
Après avoir reçu l’Oscar en 1962, Rita Moreno continue de se voir proposer des rôles stéréotypés de figures ethniques qu’elle juge dégradants. Elle refuse ces propositions et ne tourne aucun film entre 1962 et 1968, se consacrant au théâtre et au cabaret, avant de revenir au cinéma grâce à l’aide de Marlon Brando.
Rita Moreno est née à Humacao, à Porto Rico, et a conservé ce lien tout au long de sa carrière. Le 11 décembre 2025, jour de son 94e anniversaire, une résolution de la Chambre des représentants des États-Unis a salué l’ensemble de sa carrière et son rôle de pionnière pour les artistes latinos.