La Martinique vient de décrocher un Silver Magellan Award 2026 pour son patrimoine culinaire. Décernée par Travel Weekly, cette distinction récompense le Comité Martiniquais du Tourisme dans la catégorie des destinations gastronomiques de la Caraïbe. Une reconnaissance internationale qui met en lumière les saveurs de l’île, ses savoir-faire et une ambition grandissante : faire de la gastronomie martiniquaise une véritable expérience de voyage.
Silver Magellan Award 2026 : une distinction pour la gastronomie martiniquaise
Les résultats des Travel Weekly Magellan Awards 2026 sont désormais consultables sur le site officiel du concours. La Martinique y figure parmi les lauréats avec une médaille d’argent dans la catégorie Caribbean – Overall Destinations – Culinary Destination. La candidature du Comité Martiniquais du Tourisme (CMT), intitulée Martinique: Where Culinary Heritage Comes to Life, met en avant une destination où le patrimoine culinaire continue de vivre et de se transmettre.
Organisés par le média professionnel américain Travel Weekly, les Magellan Awards distinguent des réalisations dans plusieurs domaines du tourisme international. Les candidatures sont évaluées selon leur pertinence, leur créativité, leur qualité et leur impact. Une précision mérite toutefois d’être apportée : la médaille d’argent ne constitue pas un classement plaçant la Martinique au deuxième rang des destinations gastronomiques caribéennes. Chaque candidature est évaluée individuellement selon les critères du concours.
Une cuisine qui raconte l'histoire de la Martinique
Pour comprendre cette reconnaissance, il suffit de s’intéresser à ce qui compose une assiette martiniquaise. Le colombo rappelle l’influence indienne. Les accras, le blaff de poisson ou encore le poulet boucané témoignent de traditions culinaires façonnées au fil des générations. Les influences africaines, européennes, indiennes et caribéennes se rencontrent dans une cuisine qui possède aujourd’hui sa propre identité.
Cette richesse se découvre aussi dans les marchés, auprès des producteurs et dans les cuisines familiales. Fruits tropicaux, légumes-pays, épices et produits de la mer participent à une gastronomie profondément liée au territoire. Mais ce patrimoine ne repose pas uniquement sur des recettes. Il vit grâce aux agriculteurs, pêcheurs, artisans, restaurateurs et familles qui préservent les gestes tout en laissant place à de nouvelles interprétations.
La Martinique veut devenir une destination gourmande de référence
Le Silver Magellan Award 2026 intervient à un moment où la Martinique cherche à donner une nouvelle dimension à son tourisme gastronomique. Les 8 et 9 juin 2026, le Comité Martiniquais du Tourisme a organisé à Fort-de-France son premier Forum du Tourisme Gourmand. Professionnels de la restauration, acteurs de la formation et représentants de différentes filières ont été invités à réfléchir ensemble à l’avenir de cette activité.
Ces rencontres s’inscrivent dans la stratégie 2030 Martinique Destination Gourmande, qui souhaite faire de la cuisine locale un véritable levier d’attractivité. L’un des moments importants du forum a été la signature d’une lettre d’engagement avec plusieurs partenaires, dont l’IGCAT, pour préparer une candidature au titre de World Region of Gastronomy 2030. Il s’agit encore d’une ambition et non d’un titre obtenu. La démarche montre néanmoins la volonté de mieux structurer et faire connaître les ressources gastronomiques de l’île.
Des saveurs martiniquaises qui voyagent au-delà de la Caraïbe
Cette volonté de rayonnement se traduit également par des événements organisés à l’étranger. Du 8 au 19 septembre 2026, le festival Martinique Gourmande a célébré sa 19e édition à Montréal, au Québec, autour du thème « Le goût du partage ». Accras de morue, poulpe façon colombo, poulet boucané et desserts aux saveurs tropicales figuraient parmi les propositions permettant au public de découvrir ou de retrouver la cuisine martiniquaise.
Ce type d’initiative contribue à faire connaître l’île autrement que par ses plages et ses paysages. La gastronomie devient une porte d’entrée vers son histoire, ses traditions et les rencontres avec celles et ceux qui la font vivre.
Une reconnaissance internationale, et maintenant ?
Le Silver Magellan Award 2026 apporte une nouvelle visibilité au patrimoine culinaire martiniquais. Il rejoint les initiatives engagées pour mieux valoriser les produits locaux, soutenir les professionnels et développer les expériences gastronomiques proposées aux visiteurs. La distinction ne garantit pas, à elle seule, une augmentation de la fréquentation touristique. Elle offre toutefois un nouvel argument pour promouvoir la richesse culturelle de l’île. Car derrière chaque spécialité martiniquaise se trouvent des histoires, des gestes et des générations de transmission. Autant de richesses qui continuent de faire vivre la gastronomie de la Martinique, bien au-delà de ses frontières.
FAQ : Silver Magellan Award 2026 et gastronomie martiniquaise
La Martinique a obtenu un Silver Magellan Award 2026 dans la catégorie « Caribbean – Overall Destinations – Culinary Destination ». La candidature présentée par le Comité Martiniquais du Tourisme valorise le patrimoine culinaire de l’île. Le détail des éléments retenus par le jury n’a pas été rendu public.
Les Travel Weekly Magellan Awards sont des récompenses internationales consacrées à l’industrie du tourisme. Ils distinguent des réalisations dans des domaines tels que les destinations, l’hôtellerie, les croisières et le marketing touristique. Les prix sont attribués après évaluation par un jury de professionnels.
Non. La Martinique prépare une candidature au titre de World Region of Gastronomy 2030. Une lettre d’engagement a été signée en juin 2026 entre plusieurs partenaires, dont le Comité Martiniquais du Tourisme et l’IGCAT.
s arrivons à mi-parcours de la série Histoires des cinémas caribéens. Les quatre premiers épisodes ont parcouru près de trois décennies de cinéma, depuis Cuba dans les années 1960 jusqu’aux productions martiniquaises et curaciennes des années 1980. Ce cinquième volet entre dans les années 1990 avec deux films aux univers très différents. Siméon d’Euzhan Palcy plonge dans un imaginaire antillais où musique, fantôme et réalisme merveilleux se rencontrent. L’Homme sur les quais de Raoul Peck revient sur la dictature de François Duvalier en Haïti à travers le regard d’une enfant.
Vous êtes au cinquième épisode d’une série de dix. Quatre épisodes le précèdent déjà sur Richès Karayib et cinq autres poursuivront cette chronologie jusqu’en 2025.
1997: JAMAÏQUE - DANCEHALL QUEEN, DE RICK ELGOOD & DON LETTS
Dancehall Queen fait partie des nombreux films jamaïcains qui s’inscrivent dans la formule proposée par The Harder They Come (Perry Henzell, 1972) : musique jamaïcaine (reggae ou dancehall), connue à l’international, danse sexualisée (comme c’était le cas au générique de fin du film de Henzell avec un gros plan sur le bassin d’une femme en train de danser, comme une invitation pour la suite), violence dans le ghetto et interventions sporadiques de la police.
C’est le cas de titres importants de ce cinéma : parmi eux, Rockers (1978) du réalisateur grec Theodoros Bafaloukos, considéré par certains comme étant le film ayant le mieux perçu l’esprit contestataire du reggae et la pensée des rastas (présence communautaire qu’on retrouvera de manière centrale dans Countryman de Dickie Jobson en 1982) et qui provoqua une émeute lors de sa projection au festival de Cannes en 1979, ou plus récemment Better Mus’Come de Storm Saulter (2011) marqué par une dimension plus frontalement politique en s’inspirant d’émeutes qui eurent réellement lieu en période électorale.
Ainsi, Dancehall Queen commence par une séquence-« clip » du célèbre Beenie Man, jouant un rôle secondaire, en train de chanter, tout comme dans la dernière partie du film, plusieurs prestations sont assurées sur scène à l’occasion d’un concours de danse. Pourtant, une différence de taille se profile : le personnage principal est une femme. Marcia est une vendeuse ambulante qui décide de participer à un concours de danse afin de s’émanciper.
En parallèle, l’une de ses filles reçoit des avances de son oncle Larry qui soutient financièrement la famille. Avertissant sa mère de cette situation, cette dernière minimise les agissements de son propre frère et met en avant ses difficultés financières. Prenant progressivement conscience de la vraie nature de son frère Larry qui, entretemps, aura couché avec sa propre nièce, elle manipulera un de ses hommes de main contre ce dernier.
La question des violences subies par les femmes traverse régulièrement les cinémas anglophones caribéens, notamment dans les productions semi-professionnelles de Mathurine Emmanuel (Sainte-Lucie) ou d’Anderson Quarless (Grenade), alors que ce sujet reste tabou dans les cinémas guadeloupéen et martiniquais, à quelques rares exceptions près. La frontalité du traitement de la question du viol et, plus précisément, de l’inceste donne une place à part à Dancehall Queen.
2000: MARTINIQUE - PASSAGE DU MILIEU, DE GUY DESLAURIERS
À l’occasion du passage au 21e siècle, le réalisateur Guy Deslauriers et son scénariste Patrick Chamoiseau (Prix Goncourt 1992 pour son célèbre roman Texaco) nous proposent de revivre la traversée de l’Atlantique à bord d’un bateau négrier, qu’on nommait en période esclavagiste le « Middle Passage » (à savoir le « Passage du milieu »), à la manière d’un nécessaire travail de mémoire.
Les trois-quarts du film se déroulent dans la cale, au milieu des esclaves arrachés à l’Afrique. Plusieurs flash-backs nous « ramènent » sur ce continent dans les villages, les fleuves et les grands-plaines, le tout accompagné de la voix-off d’un esclave anonyme qui ne cesse de changer de visage (souvent en regard-caméra) tout au long du film, comme s’il les représentait toutes et tous.
Cette Afrique perdue est, en toute évidence, incarnée par une femme qui nous fixe dans les yeux, nous spectateurs, alors que la voix-off dit : « Femme, tu es la terre deux fois violée. Tu es la mère à qui on ravit ses enfants. De toutes nos Afriques, tu es la plus réelle. » Dans le premier long-métrage fait par Deslauriers et Chamoiseau, L’Exil du roi Béhanzin (1996), on suivait l’emprisonnement (fait historique avéré) du roi Ahydjéré, du royaume du Dahomey (actuel Bénin), en Martinique, suite à sa défaite face aux troupes françaises d’Alfred Dodds : une manière pour le cinéma antillais de rétablir un lien avec le « Pays d’avant », pour reprendre une expression du poète et philosophe Édouard Glissant.
Quelques années après Amistad de Steven Spielberg (1997), Passage du milieu fut plébiscité pour l’exigence de sa représentation de ce pan du passé colonial. À ce titre, il reçut un prix au célèbre festival de Sundance et fut diffusé puis distribué en DVD par la chaîne HBO aux États-Unis.
2000: CUBA – LISTE D’ATTENTE (LISTA DE ESPERA), DE JUAN CARLOS TABÍO
Proche de Tomás Gutiérrez Alea, Juan Carlos Tabío a co-réalisé avec lui les deux derniers films du célèbre réalisateur, surnommé à Cuba « El Titón » (« Le Titan »), à savoir Fraise et Chocolat / Fresa y Chocolate (1993) et Guantanamera (1995). Le premier est une comédie sur la condition homosexuelle et le régime étatique de contrôle à Cuba sur un scénario co-écrit par l’auteur Senel Paz, qui a beaucoup abordé la place de l’homosexualité dans la société cubaine dans ses divers écrits, et qui eut l’honneur d’une nomination à l’Oscar du meilleur film étranger, une première pour un film cubain.
Le second est un road-movie rythmé et décalé qui, à l’instar de Fraise et chocolat, ne manque pas de porter un regard critique sur le régime cubain et constitue le véritable film-testament d’Alea. Quant à Juan Carlos Tabío, il n’en est pas à son coup d’essai puisque son premier long-métrage, Se permuta, remonte à 1985. Dans la veine satirique des films d’Alea, Liste d’attente suit le parcours d’un ensemble de personnages qui attendent un bus, tantôt pour la Havane tantôt pour Santiago, dans une station isolée.
Entre les bus qui ne viennent pas et ceux, trop usés, qui tombent en panne, le directeur de la station qui répare lui-même un modèle exsangue en l’absence de pièces de rechange, qui ne sauraient venir ni du régime communiste de l’ex-URSS, qui s’est effondré, ni des États-Unis qui imposent un embargo économique à l’île, des clients en attente vont devoir apprendre à vivre ensemble et surmonter toutes les difficultés du moment, y compris se nourrir…
En plus d’être un film critique sur Cuba, cette comédie douce-amère aux multiples rebondissements, portée par un casting exceptionnel qui souligne le très grand professionnalisme du cinéma cubain, est une réflexion subtile sur la difficulté à surmonter l’individualisme et à faire corps, c’est-à-dire à fonctionner sur un mode communiste. La dernière partie, entre songe et réalité, fonde une belle utopie politique dans une bonne humeur contagieuse. Un sommet du raffinement culturel cubain.
À propos de l'auteur
Guillaume Robillard est docteur en cinéma, enseignant-chercheur, réalisateur de documentaires et spécialiste du cinéma et de la production artistique antillaise. Il est l’auteur de deux livres : Conquête de l’espace et du temps : le cinéma antillais (Éditions Jannink, “Hypothèses d’Art”, 2023) et Un cinéma décolonial : les personnages du cinéma antillais (Presses Universitaires des Antilles, “Arts et Esthétique”, 2024).
La sortie de Magma, film du réalisateur français Cyprien Vial s’inspirant fortement de l’éruption de la Soufrière de 1976 qui fit craindre l’anéantissement du chef-lieu Basse-Terre (Guadeloupe), puis de deux films réalisés par des Guadeloupéens, respectivement Fanon (Jean-Claude Barny) sur le célèbre intellectuel anticolonialiste dans sa période algérienne, et Zion, en moins d’un mois, a eu le mérite d’interpeller les médias français (Le Monde, Libération, etc.) sur le potentiel du cinéma antillais comme, plus largement, de films portant sur les outre-mer.
Série Histoires des cinémas caribéens. S5/10 est déjà disponible sur Richès Karayib. À suivre prochainement avec S7/10.
Nous arrivons à mi-parcours de la série Histoires des cinémas caribéens. Les quatre premiers épisodes ont parcouru près de trois décennies de cinéma, depuis Cuba dans les années 1960 jusqu’aux productions martiniquaises et curaciennes des années 1980. Ce cinquième volet entre dans les années 1990 avec deux films aux univers très différents. Siméon d’Euzhan Palcy plonge dans un imaginaire antillais où musique, fantôme et réalisme merveilleux se rencontrent. L’Homme sur les quais de Raoul Peck revient sur la dictature de François Duvalier en Haïti à travers le regard d’une enfant.
Vous êtes au cinquième épisode d’une série de dix. Quatre épisodes le précèdent déjà sur Richès Karayib et cinq autres poursuivront cette chronologie jusqu’en 2025.
1992: MARTINIQUE/GUADELOUPE - SIMÉON, D’EUZHAN PALCY
Suite à ses premières réalisations à Hollywood, Euzhan Palcy revient aux Antilles avec un film construit sur l’imaginaire magico-religieux caribéen à la manière d’un conte et tourné en Guadeloupe. Dans les vingt premières minutes, le professeur de musique Siméon, majestueusement interprété par Jean-Claude Duverger, décède. Dans l’incapacité de monter aux cieux, le fantôme de Siméon (nommé « l’esprit de la musique ») reste auprès de ses amis qui ont créé un groupe nommé « Jacaranda » et dont les différents membres sont joués par le véritable groupe Kassav’ (Jacob Desvarieux et Jocelyne Béroard en tête) qui inventa le zouk.
Il les aidera à faire valoir leur musique auprès de producteurs à Paris. En partie contée par la jeune Orélie (Lucinda Messager), l’intrigue de ce film nous présente la capitale française (reconstituée en studios) imaginée par une jeune Guadeloupéenne, en manière d’image d’Épinal, comme une « bascule » du regard : c’est désormais au centre hexagonal (et non plus aux territoires d’outre-mer) d’être vu comme une « carte postale ».
Surtout, ce film développe cinématographiquement un réalisme merveilleux, sorte de fantastique caribéen où les événements surnaturels sont vécus sans surprise et où les personnages interagissent en toute évidence avec un fantôme qu’ils ne voient pas (à la différence de la plupart des films de fantômes) mais entendent (en évidente consécration de l’oralité). Quelques années plus tard, Nord-Plage (2004), unique film réalisé par un Béké des Antilles françaises (descendant d’une famille esclavagiste) à ce jour, sur un scénario de Patrick Chamoiseau (Prix Goncourt 1992), s’inscrira brillamment dans cette veine qui palpite timidement depuis les premiers films du cinéma antillais. Siméon, entre jubilation et originalité !
1993: HAÏTI – L’HOMME SUR LES QUAIS, DE RAOUL PECK
Définir le cinéma haïtien est chose difficile. En effet, à la différence d’autres cinématographies caribéennes plus « encadrées », à Cuba comme en Jamaïque par exemple, ou à la production rare, telles que celle d’Antigua-et-Barbuda, à Haïti, de nombreux films sont tournés, parfois dans des conditions techniques fragiles, et rencontrent un franc succès auprès de la population malgré leur caractère semi-professionnel.
On peut penser, en particulier, à des films tels Le Président a-t-il le sida ? (2006), avec le célèbre Jimmy Jean-Louis qui joua l’« Haïtien » dans la série américaine Heroes (2006-2010), et Les Amours d’un zombi (2010) d’Arnold Antonin avec la future réalisatrice de Freda (2021) Gessica Généus, un réalisateur incontournable, surtout connu pour ses documentaires et son acharnement à rendre compte de la réalité haïtienne au quotidien.
Une date est souvent avancée : la sortie du moyen-métrage Anita de Rassoul Labuchin en 1980. Du côté des longs-métrages de fiction, L’Homme sur les quais est incontournable, ne serait-ce qu’au regard de sa distribution à l’international et de la carrière de Raoul Peck : entre autres, la fiction Lumumba (2000), les documentaires I Am Not Your Negro (2016) sur l’intellectuel James Baldwin et Orwell : 2+2 = 5 (2025) ou encore la série documentaire Exterminez toutes ces brutes (2021), sans compter son poste de directeur de la prestigieuse école de cinéma FÉMIS (2010-2019).
Sélectionné en compétition officielle au festival de Cannes, L’Homme sur les quais est un film rare dans les cinémas caribéens par son attachement à de nombreux effets de lenteur, via le jeu des comédiens et de nombreux mouvements-caméra (dès la première séquence), qui rendent compte de la tension permanente existant à la période de la dictature de François Duvalier (1957-1971) qui, parfois, explose sans crier gare dans une mise en scène toujours résolument sobre.
Vue par les yeux d’une jeune fille d’un opposant du régime, fermement défendue par sa grand-mère, interprétée avec dignité par la célèbre chanteuse Toto Bissainthe (décédée peu après le film), l’intrigue du film se conclut sur la voix-off de l’enfant : « alors même que mon histoire cesse d’être que la mienne propre et devient celle de tous… ». Un film majeur sur la dictature.
À propos de l'auteur
Guillaume Robillard est docteur en cinéma, enseignant-chercheur, réalisateur de documentaires et spécialiste du cinéma et de la production artistique antillaise. Il est l’auteur de deux livres : Conquête de l’espace et du temps : le cinéma antillais (Éditions Jannink, “Hypothèses d’Art”, 2023) et Un cinéma décolonial : les personnages du cinéma antillais (Presses Universitaires des Antilles, “Arts et Esthétique”, 2024).
La sortie de Magma, film du réalisateur français Cyprien Vial s’inspirant fortement de l’éruption de la Soufrière de 1976 qui fit craindre l’anéantissement du chef-lieu Basse-Terre (Guadeloupe), puis de deux films réalisés par des Guadeloupéens, respectivement Fanon (Jean-Claude Barny) sur le célèbre intellectuel anticolonialiste dans sa période algérienne, et Zion, en moins d’un mois, a eu le mérite d’interpeller les médias français (Le Monde, Libération, etc.) sur le potentiel du cinéma antillais comme, plus largement, de films portant sur les outre-mer.
Série Histoires des cinémas caribéens. S4/10 est déjà disponible sur Richès Karayib. À suivre prochainement avec S6/10.
L’histoire des cinémas caribéens poursuit sa traversée des années 1980. Après trois épisodes consacrés aux premiers développements de plusieurs cinémas de la région, ce quatrième volet réunit deux films martiniquais et une œuvre née à Curaçao.
Du marronnage du Sang du flamboyant à la trajectoire internationale de Rue Cases-Nègres, puis à l’univers singulier d’Almacita di Desolato, trois œuvres donnent à voir des rapports différents à la mémoire, à l’oralité, à l’Afrique et aux imaginaires caribéens. Cet article constitue le quatrième épisode d’une série de dix. Les trois premiers sont déjà disponibles sur Richès Karayib et six autres poursuivront cette histoire jusqu’aux années 2020.
1981: MARTINIQUE - LE SANG DU FLAMBOYANT, DE FRANÇOIS MIGEAT
Ce film est un cas à part dans le cinéma antillais. En effet, son réalisateur est un « Métropolitain » (à savoir un homme blanc de France hexagonale qui n’avait aucune attache primordiale avec les Antilles françaises) qui épousa la comédienne martiniquaise Émilie Benoît et fut invité par le poète et homme politique Aimé Césaire à animer la première formation en audiovisuel des Antilles au SERMAC (Service Municipal d’Action Culturelle) de la ville de Fort-de-France.
À la différence de Dérives ou la femme-jardin (1977), Le Sang du flamboyant, fortement soutenu par Césaire, connut une sortie commerciale en salles et eut même l’honneur d’être projeté dans la célèbre université Columbia à New York. Il se base sur un fait historique, à savoir le « marronnage » (à l’origine, fuite d’un esclave hors de la plantation) de Monsieur Beauregard (devenu Alban dans le film) qui fit courir les gendarmes du sud de la colonie post-esclavagiste de Martinique de 1942 à 1949, ce qui en fait l’un des derniers Marrons historiques de la Caraïbe.
Ce long-métrage se caractérise par le caractère central du Nègre marron, l’un des personnages récurrents du cinéma antillais ainsi que du conteur créole traditionnel à la source de la majorité de l’intrigue dans un cinéma au cœur duquel l’oralité continue de palpiter. Par ailleurs, il est l’un des premiers films à développer une « dimension magique » dans l’intrigue qui met en difficulté le Béké (descendant de famille esclavagiste), généreusement interprété par le célèbre comédien et producteur Jacques Perrin.
La « fémifocalité » n’est pas en reste avec le personnage d’Élia (interprétée avec prestance par Émilie Benoît qui était la comédienne principale de Dérives ou la femme-jardin), « femme-debout » qui conte l’histoire du film au côté de son compagnon conteur Gélus, présence féminine qui contrevient à la tradition historique voulant que les conteurs créoles ne soient que des hommes.
1983: MARTINIQUE - RUE CASES-NÈGRES, D’EUZHAN PALCY
À ce jour, il s’agit bien certainement du film antillais le plus connu au Monde. Il est l’adaptation d’un des classiques de la littérature antillaise, le roman autobiographique La Rue Cases-Nègres de Joseph Zobel, un des compagnons de route du poète de la Négritude Aimé Césaire. Ce film reçut le Lion d’Argent et la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine pour Darling Légitimus (grand-mère du célèbre Pascal Légitimus du trio comique « Les Inconnus »), consacrant cinquante ans de carrière, au festival de Venise en 1983.
Par ailleurs, la réalisatrice reçut le César de la meilleure révélation en 1984. La suite du parcours de celle-ci est exceptionnelle : partie travailler à Hollywood, elle y deviendra la première femme noire à diriger des films de studio hollywoodien, avec des œuvres telles qu’Une saison blanche et sèche (1989) sur l’apartheid en Afrique du Sud et qui fit revenir Marlon Brando au cinéma, ou encore la production Walt Disney Le Combat de Ruby Bridges (1998) sur la véritable histoire de la première fille noire à avoir intégré une école d’enfants blancs dans le sud des États-Unis.
Son parcours a récemment été consacré par un Oscar d’Honneur en 2022. Quant à Rue Cases-Nègres, il fit connaître le jeune cinéma antillais à l’international, des États-Unis au Japon. En suivant le parcours du jeune José (Garry Cadenat) dans la colonie post-esclavagiste de Martinique des années 1930, c’est en fait de la condition rude des travailleurs de la canne et des relents de la période esclavagiste qu’il est question. Comme dans Coco la Fleur, candidat (1979) et Le Sang du flamboyant (1981), on retrouve la figure du conteur créole, ici en la personne du vieux Médouze, ainsi que l’influence de la Négritude.
Par ailleurs, le parcours scolaire de cet enfant indique autant son émancipation sociale que le processus d’« assimilation culturelle » par la nature des cours prodigués, la grand-mère Man Tine (Darling Légitimus), véritable incarnation de la « fémifocalité » traditionnelle du cinéma antillais, disant à son petit-fils : « Tu iras à leur école ! ». Un véritable classique des cinémas caribéens !
1986: CURAÇAO – ALMACITA DI DESOLATO, DE FELIX DE ROOY
Après un premier long-métrage tourné à Brooklyn, Désirée (1984), basé sur l’histoire vraie d’une femme qui tua son bébé parce qu’elle était persuadée qu’il était possédé par le Diable, le couple homosexuel Felix De Rooy-Norman de Palm tourne son second film sur l’île de Curaçao, dont il est originaire, en s’inspirant d’un conte caribéen. Les paysages de cette petite île néerlandaise de 444 km2 face au Venezuela, entre grotte et désert, sont le lieu d’une fusion entre rites magiques et réalité miséreuse d’un village isolé à une époque indéterminée.
Cette légende met en avant la part africaine des identités caribéennes (qu’on peut apprécier dans l’architecture du village, l’habillement des femmes, les connaissances traditionnelles transmises par l’oralité, etc.) à travers une intrigue qui raconte, par un formidable détour fictionnel, la traite négrière et l’esclavage, une histoire « inscrite dans la peau » comme le précise la voix-off du film.
Outre son caractère fictionnel plus prononcé que nombre de films caribéens qui restent attachés à une certaine réalité sociale ou historique, ce long-métrage dénote par la pluridisciplinarité de ses références nourries par le parcours de poète, d’homme de théâtre et d’artiste-plasticien (entre autres) de son réalisateur Felix De Rooy qui octroie à cette oeuvre un talentueux maniérisme qui la distingue dans les cinémas de la Caraïbe.
Peu après, le couple De Rooy-De Palm proposera un autre film surprenant : Ava & Gabriel (1990), l’une des premières grandes histoires de désir amoureux, au sein d’un trio interethnique en période coloniale (combinaison « taboue », s’il en est), de ces cinémas, teintée d’homosexualité (sujet très rare dans la région) via des personnages secondaires et doublée d’une généreuse réflexion sur les arts caribéens.
Comme dans Almacita di desolato, le tout est baigné par la musicalité du papiamento (papiamentu), langue créole née du choc entre le néerlandais, le portugais, l’espagnol, l’anglais et des mots d’origine africaine et amérindienne (Arawak), ainsi que par les croyances magico-religieuses dans un efficace réalisme magique. Peu après, ce duo au talent effusif explosera donnant à ce second film un air de précieux testament artistique.
À propos de l'auteur
Guillaume Robillard est docteur en cinéma, enseignant-chercheur, réalisateur de documentaires et spécialiste du cinéma et de la production artistique antillaise. Il est l’auteur de deux livres : Conquête de l’espace et du temps : le cinéma antillais (Éditions Jannink, “Hypothèses d’Art”, 2023) et Un cinéma décolonial : les personnages du cinéma antillais (Presses Universitaires des Antilles, “Arts et Esthétique”, 2024).
La sortie de Magma, film du réalisateur français Cyprien Vial s’inspirant fortement de l’éruption de la Soufrière de 1976 qui fit craindre l’anéantissement du chef-lieu Basse-Terre (Guadeloupe), puis de deux films réalisés par des Guadeloupéens, respectivement Fanon (Jean-Claude Barny) sur le célèbre intellectuel anticolonialiste dans sa période algérienne, et Zion, en moins d’un mois, a eu le mérite d’interpeller les médias français (Le Monde, Libération, etc.) sur le potentiel du cinéma antillais comme, plus largement, de films portant sur les outre-mer.
Série Histoires des cinémas caribéens. S3/10 est déjà disponible sur Richès Karayib. À suivre prochainement avec S5/10.
Le 15 septembre, à 17 heures, la salle de la Direction des affaires culturelles de la Martinique est déjà pleine. Journalistes, responsables culturels, associations, artistes et acteurs du patrimoine se retrouvent pour découvrir ce que réserve la 43e édition. À quatre jours des Journées européennes du patrimoine 2026, prévues les 19 et 20 septembre, cette conférence de presse ressemble déjà à une traversée de la Martinique, de ses cases créoles à ses phares, de Saint-Pierre aux monuments que l’on croise parfois sans vraiment les regarder.
Journées européennes du patrimoine 2026, une conférence vivante
Johan-Hilel Hamel, directeur des affaires culturelles de la Martinique, ouvre la rencontre sans installer de distance. Il prévient même que la soirée ne sera pas un long monologue. La parole commence rapidement à circuler. Une représentante des Trois-Îlets intervient, puis Xavier Nicolas pour la Direction de la mer, Philippe Villard pour la Fondation du patrimoine, Florence Le Gal pour la Maison de l’Architecture de la Martinique, l’artiste photographe Adeline Rapon et Sabrina Ajax pour Richès Karayib. D’autres partenaires présents dans la salle viendront ensuite raconter leurs propres initiatives.
Le ton est donné. Ici, le patrimoine n’a pas une seule voix. Certaines interventions parlent de bâtiments fragilisés, d’autres de photographie, de mémoire, de plongée, d’architecture ou de transmission. À un moment, des chapeaux issus du travail de vannerie attirent même l’attention lorsque des participants prennent la parole pour présenter leur projet. La salle réagit, les intervenants se répondent et la conférence prend progressivement l’allure d’un inventaire vivant de ce que la Martinique cherche à conserver.
Derrière la programmation des Journées européennes du patrimoine 2026, une question revient alors presque naturellement. Que choisit-on de transmettre lorsque certains lieux sont devenus si familiers qu’on ne les regarde plus vraiment ?
Regarder les cases créoles avant qu’elles ne disparaissent
La question du patrimoine en péril traverse plusieurs prises de parole. Johan-Hilel Hamel s’arrête notamment sur la case créole. Sa présence dans le paysage martiniquais peut sembler évidente, presque ordinaire. C’est justement ce qui la rend parfois vulnérable au regard. On s’habitue à une maison, à une façade, à une forme d’architecture, jusqu’au jour où elle n’est plus là.
Aux Trois-Îlets, un travail consacré aux cases créoles doit permettre de les regarder autrement. Des bâtiments ont été recensés et dessinés, tandis que des paroles d’habitants ont été recueillies. Derrière les murs apparaissent ainsi des souvenirs, des familles et des façons d’habiter un territoire.
Philippe Villard, délégué départemental de la Fondation du patrimoine, ramène lui aussi cette question à quelque chose de très humain. Lorsqu’une maison disparaît, rappelle-t-il en substance, une part de mémoire disparaît avec elle. Pour lui, l’intérêt croissant porté au patrimoine est aussi une prise de conscience nécessaire, autant pour la mémoire de la Martinique que pour les activités liées à sa restauration.
Du phare de la Caravelle à la Maison du Bagnard
Quelques minutes plus tard, le regard quitte les maisons pour rejoindre la mer. Xavier Nicolas, directeur de la mer, prend la parole pour parler du phare de la Caravelle. Construit en 1861, le monument sera accessible au public samedi de 8 heures à 15 heures et dimanche de 8 heures à 13 heures. Les visiteurs pourront découvrir le bâtiment avec les agents de la Direction de la mer, mais aussi comprendre ses équipements et son fonctionnement.
Le phare n’est alors plus seulement une silhouette que l’on aperçoit dans le paysage. Pendant les Journées européennes du patrimoine 2026, il devient un lieu dans lequel on entre, que l’on observe de près et dont on découvre la dimension technique.
D’autres lieux apparaissent au fil de la soirée. La Maison du Bagnard, l’église du Gros-Morne, le Fort Saint-Louis ou encore l’église de Balata sont évoqués dans les échanges autour des travaux de sauvegarde et de réhabilitation. Derrière chacune de ces opérations se trouvent des financements, des partenaires, des spécialistes et du temps. La conservation du patrimoine ne commence donc pas le samedi matin pour s’arrêter le dimanche soir. Elle se construit tout au long de l’année.
À Saint-Pierre, regarder derrière les ruines
La photographie vient ensuite changer encore une fois la manière de parler du patrimoine. La conférence est suivie du vernissage de « Saint-Pierre n’est pas une ruine », une exposition d’Adeline Rapon présentée à la Direction des affaires culturelles de la Martinique en partenariat avec la Maison de l’Architecture de la Martinique. L’exposition questionne la mémoire, les traces et la manière dont les lieux continuent à vivre après les bouleversements qu’ils ont traversés.
Lorsque Adeline Rapon raconte son travail, Saint-Pierre cesse justement d’être seulement un ensemble de ruines. La photographe explique avoir voulu dépasser les images habituelles de la ville. Portraitiste, elle s’intéresse aux personnes, à leur quotidien, à leurs souvenirs et à leur relation avec les lieux. Une rencontre occupe une place particulière dans ce récit, celle d’un homme surnommé Café. Adeline Rapon raconte qu’il l’a accompagnée à travers Saint-Pierre, malgré les difficultés laissées par un AVC. Il lui a fait rencontrer des habitants et lui a permis d’aller regarder derrière certains murs.
Saint-Pierre apparaît alors autrement. Les traces du passé sont toujours présentes, mais elles cohabitent avec des personnes qui vivent aujourd’hui entre ces murs, ces rues et ces paysages. Les photographies demandent au visiteur de ne pas passer trop vite. Elles invitent à rester quelques secondes de plus, suffisamment longtemps pour se demander ce qui se trouve derrière l’image.
Journées européennes du patrimoine 2026, 122 monuments à portée de téléphone
Un écran fait finalement son apparition dans cette soirée consacrée à la transmission. Sabrina Ajax présente la cartographie développée par Richès Karayib avec la Direction des affaires culturelles. L’outil rassemble 122 monuments historiques répartis dans 29 communes de Martinique. Il permet de rechercher les lieux, de consulter des informations sur leur histoire et leur statut, mais aussi de les localiser pour aller les découvrir. Ces 122 correspondent aux monuments historiques recensés dans la cartographie Richès Karayib. Ils ne doivent pas être confondus avec les 127 actions et propositions annoncées dans le cadre des Journées européennes du patrimoine 2026.
L’anecdote racontée pendant la présentation résume peut-être mieux que n’importe quel discours l’intérêt de cette carte. En l’utilisant, Sabrina Ajax réalise qu’elle avait vécu non loin de la Maison Charlery sans savoir qu’elle faisait partie du patrimoine protégé.
Le patrimoine n’est donc pas toujours au bout d’une excursion prévue plusieurs semaines à l’avance. Il peut se trouver au coin d’une rue. Sur une route empruntée chaque matin. Derrière une façade devant laquelle on passe depuis des années sans se demander ce qu’elle raconte. Pendant les Journées européennes du patrimoine 2026, cette cartographie peut devenir une invitation toute simple à commencer par son propre environnement.
Un week-end pour regarder autrement la Martinique
Après près d’une heure de prises de parole, les derniers échanges laissent progressivement place au vernissage. Les participants sont invités à rejoindre les photographies d’Adeline Rapon et le moment convivial prévu dans les jardins de la Direction des affaires culturelles. La conférence se termine, mais les conversations continuent.
Il reste surtout une impression. Le patrimoine martiniquais ne tient pas dans une seule définition. Il peut être monumental comme un phare, fragile comme une case créole, intime comme une photographie, immergé sous la mer ou presque invisible simplement parce qu’il fait partie du quotidien.
Les Journées européennes du patrimoine 2026 rassemblent 127 actions et propositions annoncées dans le cadre du week-end. Mais derrière ce nombre, l’enjeu des Journées européennes du patrimoine 2026 semble finalement beaucoup plus simple. Regarder une deuxième fois. Et peut-être se demander ce qui, à quelques minutes de chez nous, mérite d’être découvert aujourd’hui avant de devenir seulement un souvenir.
Les Journées européennes du patrimoine 2026 ont lieu les 19 et 20 septembre en Martinique. Cette 43e édition propose des visites, expositions et rendez-vous autour du patrimoine martiniquais.
Les visiteurs pourront découvrir différentes facettes du patrimoine martiniquais, notamment les cases créoles, le patrimoine maritime, la photographie, l’architecture et plusieurs monuments du territoire. La programmation compte 127 actions et propositions.
La cartographie développée par Richès Karayib avec la Direction des affaires culturelles recense 122 monuments historiques répartis dans 29 communes de Martinique. Elle permet de découvrir les monuments et de mieux identifier le patrimoine situé à proximité.
Journées du patrimoine - commencer par sa commune
Choisir une histoire plutôt qu’une destination
Un patrimoine à partager
La découverte ne s’arrête pas aux JEP. Disponible gratuitement toute l’année dans l’espace RK Patrimoine de richeskarayib.com, la carte est proposée en français, anglais et espagnol, afin que le patrimoine martiniquais puisse aussi être découvert et compris par les visiteurs de l’île et par un public caribéen et international. Les Journées européennes du patrimoine peuvent donc être le point de départ.
Choisir sa commune. Repérer un lieu. Lire son histoire. Puis aller le voir. Et peut-être, en rentrant chez soi, ne plus regarder tout à fait de la même manière ce bâtiment devant lequel on passait depuis toujours.
La carte interactive du patrimoine de Richès Karayib réunit 122 monuments historiques répartis dans 29 communes de Martinique. Elle permet de rechercher les sites par commune et de découvrir des églises, habitations, forts, bâtiments civils, distilleries et vestiges industriels.
Pour les Journées européennes du patrimoine 2026, la carte interactive de Richès Karayib permet de rechercher une commune, d’identifier les monuments historiques situés à proximité et de construire son propre parcours. Six parcours thématiques permettent également d’explorer l’éruption de 1902, la route du rhum, le patrimoine sacré, les forts, les centres-villes et la mémoire de l’esclavage.
La carte interactive des monuments historiques de Martinique est accessible gratuitement toute l’année dans l’espace RK Patrimoine de Richès Karayib. Disponible en français, anglais et espagnol, elle permet aux habitants comme aux visiteurs de découvrir le patrimoine martiniquais et de préparer leurs visites, notamment pendant les Journées du patrimoine 2026.
Présentée le 10 septembre 2026 au Yacht Club de Fort-de-France, en Martinique, « Van Lévé » est une mini-yole de 4,10 mètres pensée pour rapprocher les jeunes et les novices de la voile traditionnelle. Porté par Passion Voile Traditionnelle avec le soutien de SFR Caraïbe, le projet doit désormais quitter le cadre de sa présentation pour aller à la rencontre du public dans toute la Martinique.
Le jeudi 10 septembre 2026, au Yacht Club de Fort-de-France, en Martinique, la soirée commence sans que la mini-yole ait encore de nom. Aude Pitavy, présidente et fondatrice de Passion Voile Traditionnelle, présente d’abord le projet, son origine et ce qu’elle veut en faire. Les prises de parole se succèdent, puis vient le moment du vote. Six noms sont proposés au public. De petits bulletins et des stylos circulent. Les invités font leur choix avant de descendre découvrir l’embarcation. Quelques minutes plus tard, la mini-yole a un nom, « Van Lévé ».
Ce vote résume déjà une partie de l’esprit du projet. Passion Voile Traditionnelle ne veut pas seulement présenter une embarcation au public. L’association veut faire participer, donner envie d’essayer et créer un lien entre ceux qui connaissent déjà la yole et ceux qui n’ont encore jamais navigué.
Une idée née en écoutant des anciens yoleurs
Aude Pitavy explique que le projet de mini-yole est né au fil d’interviews menées auprès des anciens yoleurs en Martinique. Certains lui racontent leurs navigations en mini-yole, notamment au Marin et au Robert, en Martinique. Un souvenir revient dans leurs témoignages. Avec moins de personnes à bord, chacun devait apprendre plusieurs postes et mieux comprendre l’embarcation.
Ces récits parlent particulièrement à Aude Pitavy. La mini-yole n’apparaît plus seulement comme un bateau de petite taille. Elle peut aussi devenir un outil d’apprentissage, un moyen de passer plus de temps sur l’eau et de progresser avant, pour ceux qui le souhaitent, de poursuivre vers d’autres embarcations de la voile traditionnelle.
« L’idée, c’est de pouvoir vraiment inspirer les jeunes à tester, à découvrir le monde de la voile traditionnelle », explique Aude Pitavy dans l’interview réalisée autour de la présentation de « Van Lévé ».
La démarche se veut simple. Une première navigation peut créer une curiosité. Cette curiosité peut ensuite conduire vers une école de voile, une association ou une pratique plus régulière. Passion Voile Traditionnelle imagine ainsi la mini-yole comme une première porte d’entrée, notamment pour les plus jeunes et les personnes qui ne connaissent pas encore cet univers.
« Van Lévé » doit aller là où se trouvent les jeunes
« Van Lévé », longue de 4,10 mètres et large de 1,20 mètre, n’a pas vocation à rester exposée au même endroit. Passion Voile Traditionnelle souhaite faire circuler la mini-yole en Martinique et multiplier les occasions de la découvrir.
Le programme présenté le 10 septembre 2026 à Fort-de-France, en Martinique, prévoit des initiations en lien avec des écoles de voile et des associations. Passion Voile Traditionnelle souhaite également toucher les établissements scolaires, les collèges et les lycées. Une tournée dans les communes fait partie des pistes annoncées, tout comme des présences lors de salons, de foires ou dans d’autres espaces fréquentés par le grand public.
Aude Pitavy imagine la découverte de la mini-yole dès l’enfance. Pendant les échanges avec le public, la présidente de Passion Voile Traditionnelle évoque un âge d’environ 7 ans, tout en rappelant que la pratique ne concerne pas uniquement les enfants. Des adultes peuvent eux aussi découvrir la mini-yole. Le projet cherche donc moins à attendre de futurs pratiquants qu’à provoquer la rencontre. « Van Lévé » doit pouvoir arriver dans une commune, une école de voile ou un événement et donner envie de poser des questions, de regarder de plus près, puis un jour de monter à bord.
Philippe Attely a choisi de laisser le bois parler
Philippe Attely, constructeur de « Van Lévé », apporte une autre dimension au projet. La mini-yole ne sert pas uniquement à parler de navigation. Sa construction permet aussi de montrer un savoir-faire. Philippe Attely construit des embarcations depuis les années 2000. Dans l’interview réalisée autour du projet, le constructeur explique travailler notamment sur des gommiers, des bébé-yoles et désormais des mini-yoles. Pour « Van Lévé », le choix d’une construction en bois s’accompagne d’une décision visible au premier regard, ne pas masquer le travail sous la peinture.
Philippe Attely explique également avoir voulu éviter les matériaux composites et la fibre de verre. Les planches, la structure et les assemblages restent ainsi visibles. Le public peut regarder la mini-yole et comprendre qu’avant la navigation, il y a d’abord un matériau, des gestes et un constructeur.
« Comme j’aime toucher le bois, tout ce qu’on me propose qui doit naviguer, j’adhère », résume Philippe Attely.
Passion Voile Traditionnelle souhaite prolonger cette dimension par des ateliers liés à la construction navale. « Van Lévé » pourrait donc servir à apprendre ce qui se passe sur l’eau, mais également à faire découvrir ce qui se passe avant la mise à l’eau.
SFR Caraïbe accompagne une transmission, pas seulement un bateau
Frédéric Hayot, Directeur Général de SFR Caraïbe, explique que le projet présenté par Aude Pitavy s’est distingué par son originalité. L’idée de construire une mini-yole, de la déplacer en Martinique et surtout d’aller vers les jeunes a retenu l’attention de l’entreprise.
« L’idée de fabriquer une mini-yole et de l’amener vers les gens, tout autour de la Martinique, et notamment d’aller chercher les jeunes, nous a beaucoup plu », explique Frédéric Hayot.
SFR Caraïbe a financé la construction de « Van Lévé ». Frédéric Hayot associe aussi le projet à des valeurs qu’il juge importantes à transmettre, notamment la performance, le dépassement de soi et « l’humilité face aux éléments ». L’accompagnement de SFR Caraïbe doit se poursuivre au-delà de la construction. Frédéric Hayot indique que l’entreprise mettra également ses moyens de communication à disposition de Passion Voile Traditionnelle afin de faire connaître les actions menées autour de la mini-yole.
« Van Lévé » pourrait ne pas rester seule longtemps
Aude Pitavy ne présente pas « Van Lévé » comme l’aboutissement du projet. Pendant les échanges organisés le 10 septembre 2026 à Fort-de-France, en Martinique, la présidente de Passion Voile Traditionnelle évoque déjà la possibilité de voir plusieurs mini-yoles naviguer ensemble. Aude Pitavy rappelle également que d’autres mini-yoles existent en Martinique et que certaines pourraient être réparées puis remises à l’eau. Le projet ne consiste donc pas uniquement à construire une nouvelle embarcation. Il peut aussi contribuer à remettre en circulation celles qui existent déjà.
La soirée du Yacht Club de Fort-de-France se termine ainsi sur une embarcation qui vient tout juste de recevoir son nom. « Van Lévé » n’a encore qu’une courte histoire, mais sa mission est déjà claire. La mini-yole doit naviguer, circuler et créer des premières fois. Pour un enfant ou un adolescent qui ne connaît la yole que de loin, la transmission ne commencera peut-être pas par un long discours sur le patrimoine. Elle commencera peut-être simplement par un pied posé à bord de « Van Lévé », une première sortie sur l’eau et l’envie de recommencer.
« Van Lévé » est une mini-yole de 4,10 mètres portée par Passion Voile Traditionnelle en Martinique. Elle a été conçue pour faciliter la découverte et la transmission de la voile traditionnelle.
Passion Voile Traditionnelle a créé « Van Lévé » pour aller à la rencontre des jeunes et des novices. La mini-yole doit servir aux initiations, aux actions avec les écoles de voile et aux rencontres organisées dans différentes communes de Martinique.
La mini-yole « Van Lévé » a été construite par Philippe Attely. Le bois et les éléments de construction ont été laissés visibles afin de mettre également en valeur le savoir-faire lié à la fabrication de l’embarcation.
À l’Orangerie du Sénat, Man Mélé ! a pris une dimension que Cécile Vernant ne pouvait pas entièrement prévoir avant l’ouverture des portes. Au fil des journées, l’exposition est devenue un espace de rencontres, de conversations et d’échanges entre artistes et visiteurs. Autour des œuvres ont circulé la Martinique, la nature, mais aussi des souvenirs, des cultures et des sensibilités venues de bien au-delà de l’île.
Le calme avant l’arrivée du public
Chaque matin, Cécile Vernant arrivait avant l’ouverture, prévue à 11 heures. Le jardin était calme. Elle croisait les joggeurs, observait les groupes de taï-chi entre les marronniers et profitait de l’odeur des fleurs. Elle aimait ce « calme avant la tempête ». Quelques heures plus tard, l’ambiance changeait. Cécile Vernant estime que l’Orangerie, d’environ 600 m², pouvait accueillir des pics de 400 visiteurs en trois à quatre heures. La journée la plus fréquentée aurait réuni 1 000 visiteurs.
Les trois salles étaient séparées par des cloisons, mais leur disposition incitait naturellement le public à passer d’un univers à l’autre. Elle estime également qu’environ 80 % des visiteurs étaient étrangers durant cette période.
Trois artistes, trois univers, une même nature
Cécile Vernant partageait l’Orangerie avec Anne Morgann et Shingiiiiii. Chacun présentait une exposition individuelle au sein d’une expérience collective. La nature constituait leur point commun. Avec Shingiiiiii, un lien s’est dessiné autour des volcans : la Montagne Pelée pour elle, le Mont Fuji et les volcans d’Hawaï pour lui. Ce rapprochement résonnait aussi avec l’usage qu’elle fait du papier d’art japonais dans ses photographies et ses tirages mutants.
Avec Anne Morgann, le dialogue se nouait davantage autour de la lumière et de la frontière entre la figuration et l’abstraction. Chaque matin, Cécile Vernant allait voir ses œuvres ; L’Heure d’or était devenue un rituel. Les deux artistes se sont encouragées, conseillées et ont parfois dirigé les visiteurs vers la salle de l’autre.
Une exposition qui change avec la lumière
Sous la verrière, la lumière évoluait au fil des heures. Des rayons traversaient parfois les fenêtres et venaient animer les œuvres. Avant l’exposition, Cécile Vernant avait observé la salle à différents moments de la journée. Elle a ensuite ajusté l’emplacement de certains tableaux en fonction de la lumière. Dans les derniers jours, elle a imaginé un espace « Atelier », avec plusieurs œuvres posées au sol. Les céramiques étaient installées dans des filets de pêche, en référence à la senne et aux prises ramenées à terre. Cette mise en scène lui permettait aussi d’évoquer la dimension collective et patrimoniale de cette pratique.
Les visiteurs au cœur de « Man Mélé ! »
Certaines rencontres ont particulièrement marqué Cécile Vernant. Un visiteur nonagénaire, ancien peintre à Montmartre, s’est approché d’un tableau et l’a senti. Il a alors affirmé qu’il avait été verni un an auparavant. Son intuition était juste. L’expérience a été renouvelée avec d’autres œuvres, avec la même précision. Une petite fille de cinq ou six ans s’est, elle, installée devant un tableau de 10 × 10 cm et semblait ne plus vouloir le quitter. Touchée par son attention, Cécile Vernant a choisi de le lui offrir.
Autre moment fort : une jeune cantatrice brésilienne a interprété un air d’opéra a cappella devant les toiles d’Anne Morgann. La scène a profondément ému les artistes, jusqu’aux larmes.
Quand la Martinique entre dans les conversations
Parmi les nombreux échanges suscités par Man Mélé !, certaines rencontres ont particulièrement marqué Cécile Vernant. La diaspora caribéenne a notamment occupé une place singulière dans ces conversations. Des visiteurs installés à Paris, en région parisienne ou plus loin encore sont venus avec leurs propres souvenirs et leur propre lien à la Caraïbe.
Une Martiniquaise vivant à New York est ainsi venue avec sa fille, tandis qu’un visiteur haïtien, attiré par le titre aperçu sur l’affiche, a rapidement fait glisser la conversation des tableaux vers d’autres références caribéennes : le djon djon, Tabou Combo ou Haitian Troubadour. Cécile Vernant raconte aussi que certains visiteurs ayant déjà séjourné en Martinique partageaient avec elle leurs souvenirs de l’île, tandis que d’autres la découvraient à travers ses œuvres.
Quand Man Mélé ! prend tout son sens
Peu avant l’exposition, Cécile Vernant a dû composer avec plusieurs imprévus. Une grande céramique murale, prévue pour Man Mélé !, s’est brisée pendant le tremblement de terre de mai alors qu’elle séchait au sol.
À Paris, elle a alors créé une œuvre sur papier à partir d’un tirage mutant unique. Faute de cadre adapté à ses dimensions, elle l’a simplement épinglée au mur, sans encadrement. Ces contretemps ont donné au titre Man Mélé ! une résonance très concrète : « je suis dans le pétrin », l’une des significations que Cécile Vernant donne à l’expression. Comme si, presque malgré elle, la réalité de l’exposition avait fini par donner corps au titre.
Ce que Cécile Vernant retient de Man Mélé !
Le bouche-à-oreille s’est fait naturellement. D’anciens clients sont revenus accompagnés d’amis, d’autres visiteurs ont parlé de Man Mélé ! autour d’eux, et certains liens se sont prolongés après le décrochage. De cette expérience, Cécile Vernant retient surtout les rencontres, le soutien reçu et la confiance apportée par cette sélection. Autodidacte, elle tient à préserver ce qui guide son travail : la liberté de créer sans chercher à se conformer aux attentes des autres ni renoncer à ses propres envies.
Man Mélé ! est l’exposition présentée par Cécile Vernant à l’Orangerie du Sénat à Paris. L’artiste y a développé un univers nourri par la Martinique, la nature, la lumière et les rencontres avec le public.
Selon Cécile Vernant, certains pics de fréquentation ont atteint environ 400 visiteurs en trois à quatre heures. La journée la plus fréquentée a compté jusqu’à 1 000 visiteurs.
La Martinique apparaît à travers plusieurs éléments du travail de Cécile Vernant, notamment la Montagne Pelée, la senne, la nature et les échanges avec des visiteurs liés à l’île et à la diaspora caribéenne.
La Martinique prend une nouvelle place au sein de l’Association des États de la Caraïbe. Pour 2026-2027, elle rejoint le Bureau exécutif du Comité spécial sur le développement du commerce et les relations économiques extérieures, en qualité de Rapporteur. Derrière cette fonction institutionnelle, un enjeu très concret se dessine : mieux relier transport, logistique et accès aux marchés de la Grande Caraïbe.
Sandra Casanova au cœur de cette nouvelle étape
La responsabilité sera assumée par Sandra Casanova, conseillère à l’Assemblée de Martinique et présidente de la Commission Stratégie logistique du territoire, Politique de la recherche et de l’innovation. Le Bureau exécutif réunit la République dominicaine à la présidence, la Colombie et le Guatemala aux vice-présidences, et la Martinique comme Rapporteur. Dans ce rôle, le territoire contribue notamment à formaliser les travaux du Comité et à restituer les positions et décisions issues des échanges.
Une première réunion du Bureau s’est tenue le 13 août, à l’invitation de la Direction des transports, du commerce et du développement durable de l’AEC. Elle a permis d’examiner le programme de travail et les prochaines priorités.
Du transport au commerce, une même logique
Cette désignation ne part pas de zéro. La Martinique a déjà exercé plusieurs mandats au Bureau exécutif du Comité spécial sur le transport, d’abord à la présidence puis à la vice-présidence. Le dernier s’est achevé en juin 2026. Passer du transport au commerce pourrait sembler marquer un changement de sujet. Au contraire, c’est l’idée d’une continuité. Car avant qu’un produit atteigne un marché, il doit circuler.
Transport maritime ou aérien, opérations portuaires, stockage, douane, contrôles sanitaires, documents, normes, certification, distribution: chaque étape peut faciliter ou ralentir l’accès à un marché. Pour un territoire insulaire, la compétitivité ne dépend donc pas seulement du prix d’un produit. Elle dépend aussi du coût du transport, des délais, de la fiabilité de la chaîne et de la fluidité des procédures.
Quand la proximité géographique ne suffit pas
Dans la Caraïbe, être voisin ne signifie pas automatiquement commercer facilement. Les distances peuvent être courtes, mais une marchandise doit tout de même franchir plusieurs étapes avant d’arriver chez son acheteur. L’AEC place justement le commerce, le transport et le développement durable dans une même direction de son Secrétariat. Son plan stratégique « Grande Caraïbe 2035 : un horizon partagé » considère également le commerce, les relations économiques extérieures, le transport et la connectivité comme des priorités interdépendantes.
La nouvelle fonction de la Martinique s’inscrit ainsi dans une question très concrète : comment rendre les échanges régionaux plus fluides et faciliter l’accès des entreprises aux marchés voisins ?
Caribéenne par sa géographie, européenne par son statut
Le sujet touche aussi à une singularité martiniquaise. Serge Letchimy résume cette position par une formule : la Martinique est « caribéenne par sa géographie et européenne par son statut ». Cette double appartenance peut créer des contraintes, mais la Collectivité souhaite aussi en faire un levier économique. L’objectif affiché est de mieux intégrer le territoire aux chaînes de valeur de la Grande Caraïbe, tout en poursuivant les travaux déjà engagés en matière de logistique.
Le projet européen eFTI4ALL, cité dans le communiqué, participe de cette orientation. Il porte sur la dématérialisation des informations réglementaires liées au transport de marchandises, un sujet technique qui rejoint directement la question de la fluidité des échanges.
Association des États de la Caraïbe (AEC): de la présence institutionnelle aux marchés caribéens
Créée en 1994, l’Association des États de la Caraïbe est un espace de consultation, de coopération et d’action concertée dans la Grande Caraïbe. La Martinique y siège comme membre associé. Son arrivée au Bureau exécutif du commerce renforce désormais sa présence dans un domaine directement lié aux échanges économiques. Mais un siège, à lui seul, ne transforme pas les flux commerciaux.
Le véritable enjeu commencera donc après la nomination : convertir cette présence institutionnelle en procédures plus simples, en connexions plus fiables et, surtout, en opportunités accessibles aux entreprises. C’est désormais le défi concret. La Martinique pourra-t-elle faire de sa place dans l’AEC un véritable pont entre proximité caribéenne et réalité économique ?
Pour 2026-2027, la Martinique siège au Bureau exécutif du Comité spécial sur le développement du commerce et les relations économiques extérieures de l’AEC, en qualité de Rapporteur. Elle contribue notamment à formaliser et restituer les positions et décisions issues des travaux du Comité.
La fonction de Rapporteur est assumée par Sandra Casanova, conseillère à l’Assemblée de Martinique et présidente de la Commission Stratégie logistique du territoire, Politique de la recherche et de l’innovation. Le Bureau comprend également la République dominicaine à la présidence, ainsi que la Colombie et le Guatemala aux vice-présidences.
Ce passage s’inscrit dans une continuité : le transport et la logistique conditionnent directement la capacité à commercer. Ports, transport maritime ou aérien, douanes, stockage, normes et procédures influencent les coûts, les délais et l’accès des entreprises aux marchés de la Grande Caraïbe.
Le 9 août 2026, Bélya dévoilera officiellement Adoumanman, un album de dix titres pensé comme un équilibre entre héritage bèlè et création contemporaine. Le groupe martiniquais y met en musique migration, mémoire, transmission, violences, résistance et espoir, sans détourner les yeux du présent.
Bélya : l’héritage comme point de départ
Avec Adoumanman, Bélya poursuit une idée qui traverse sa démarche artistique : rester profondément ancré dans le bèlè tout en laissant cette matière respirer avec son époque. Le groupe parle de « Bèlè Fusion » et pratique le k’bel, ou kadans bèlè, nourri notamment des rythmes du bèlè samaritain et arlésien, mais aussi des expériences de ses musiciens dans le carnaval, le gospel, le zouk ou le jazz.
Pour ce nouvel album, l’intention tient en quelques mots : « Enracinement, et ouverture aux souffles du monde ». Adoumanman porte aussi la formule « Mi Plézi dann ». L’enjeu n’est donc pas de placer la tradition sous vitrine, mais de puiser dans une richesse rythmique et musicale transmise par les anciens pour l’inscrire dans une dynamique contemporaine.
Dix titres, dix façons de regarder le présent
Les dix morceaux donnent corps à cette ambition.
– Migran suit une mère et son fils Ibrahim qui fuient leur pays vers l’Europe, traversant le désert, la mer et les dangers du voyage.
– Chape aborde une relation où les coups ont remplacé les moments de « kolé lapo » et où les proches appellent à sortir de l’engrenage.
– Zayann conduit vers le « Zayonn », les « grands bois », source d’inspiration et d’énergie créatrice de Bélya. Kokoye relie le tambour autrefois joué au danmié, la danse du même nom, à une histoire d’amitié fissurée par la rancune et la vengeance, où tambours, chants et musique ramènent la paix.
– Avriyet revisite un granbèlè de l’héritage bèlè dans une nouvelle orchestration.
– Dekolonial traverse le choc des cultures, la domination, les affrontements, la destruction, mais aussi la résistance, la résilience et les utopies à refonder.
– Lyannaj Bele prend la forme d’un medley de chants bèlè porté par la rythmique de Bélya.
– Depi Ventan rend hommage aux parents et à l’éducation transmise à l’enfant, tandis que Limina honore Lumina Sophie, héroïne de l’insurrection du Sud de 1870, et « toutes les Lumina du Monde ».
Enfin, Ich Madinina affirme l’attachement au pays Martinique dans un hymne à l’espoir, à la tolérance et au respect.
Quand le bèlè devient une matière vivante
Cette façon de raconter passe autant par les textes que par le son. Les instruments « racines » occupent une place centrale : tanboubèlè, tanboupak, doumpak et bwapitak dialoguent avec batterie, piano, basse et guitare. Les voix d’Ivy Jalta et Stella Gonis portent plusieurs titres, tandis que Bèbène et Metjo prennent le lead sur Kokoye.
La formation repose sur un ensemble où Jimmy Thomasi tient la batterie, Elizé Domergue le piano, Hervé Martini la basse, tandis que Krys Dachir et Harry Brédas sont aux guitares. Justin Lesalles, Jocelyn Bernadine, Henri Altorn et Eric Bertrand participent au socle percussif.
Ce croisement n’efface pas le bèlè. Il en fait le point d’appui. Même la disposition scénique de Bélya en dit quelque chose : les musiciens forment un demi-cercle ouvert au public, qui vient fermer le Wondi. La musique ne se limite alors plus à ce qui est joué ; elle devient relation, circulation et transmission.
Adoumanman, un nouveau chapitre pour Bélya
Adoumanman prolonge un parcours déjà marqué par Fondok, Djenm en 2010 et le single Konngo en 2023. Bélya a également porté sa musique hors de la Martinique, notamment en Guadeloupe, à Trinidad, en France, au Japon et au Sénégal. Cette circulation donne tout son sens à l’idée d’ouverture revendiquée par le groupe. Les « souffles du monde » n’éloignent pas Bélya de son socle : ils deviennent une manière supplémentaire de le faire résonner.
Avec Adoumanman, la question n’est finalement pas de choisir entre héritage et création contemporaine. Les dix titres montrent plutôt comment l’un peut nourrir l’autre. À deux jours de sa sortie officielle, l’album pose ainsi une question : comment les nouvelles générations feront-elles vivre le bèlè à leur tour ?
L’album Adoumanman de Bélya sort officiellement le 9 août 2026. Il réunit dix titres construits autour de l’héritage bèlè et de thématiques contemporaines.
Adoumanman comprend 10 titres : Migran, Chape, Zayann, Kokoye, Avriyet, Dekolonial, Lyannaj Bele, Depi Ventan, Limina et Ich Madinina.
Le bèlè constitue le socle musical de Bélya. Le groupe développe une approche contemporaine, appelée notamment « Bèlè Fusion » et k’bel ou kadans bèlè, où les rythmes et instruments bèlè rencontrent d’autres expériences musicales.