L’histoire des cinémas caribéens poursuit sa traversée des années 1980. Après trois épisodes consacrés aux premiers développements de plusieurs cinémas de la région, ce quatrième volet réunit deux films martiniquais et une œuvre née à Curaçao.

Du marronnage du Sang du flamboyant à la trajectoire internationale de Rue Cases-Nègres, puis à l’univers singulier d’Almacita di Desolato, trois œuvres donnent à voir des rapports différents à la mémoire, à l’oralité, à l’Afrique et aux imaginaires caribéens. Cet article constitue le quatrième épisode d’une série de dix. Les trois premiers sont déjà disponibles sur Richès Karayib et six autres poursuivront cette histoire jusqu’aux années 2020.

1981: MARTINIQUE - LE SANG DU FLAMBOYANT, DE FRANÇOIS MIGEAT

Ce film est un cas à part dans le cinéma antillais. En effet, son réalisateur est un « Métropolitain » (à savoir un homme blanc de France hexagonale qui n’avait aucune attache primordiale avec les Antilles françaises) qui épousa la comédienne martiniquaise Émilie Benoît et fut invité par le poète et homme politique Aimé Césaire à animer la première formation en audiovisuel des Antilles au SERMAC (Service Municipal d’Action Culturelle) de la ville de Fort-de-France.

À la différence de Dérives ou la femme-jardin (1977), Le Sang du flamboyant, fortement soutenu par Césaire, connut une sortie commerciale en salles et eut même l’honneur d’être projeté dans la célèbre université Columbia à New York. Il se base sur un fait historique, à savoir le « marronnage » (à l’origine, fuite d’un esclave hors de la plantation) de Monsieur Beauregard (devenu Alban dans le film) qui fit courir les gendarmes du sud de la colonie post-esclavagiste de Martinique de 1942 à 1949, ce qui en fait l’un des derniers Marrons historiques de la Caraïbe.

Ce long-métrage se caractérise par le caractère central du Nègre marron, l’un des personnages récurrents du cinéma antillais ainsi que du conteur créole traditionnel à la source de la majorité de l’intrigue dans un cinéma au cœur duquel l’oralité continue de palpiter. Par ailleurs, il est l’un des premiers films à développer une « dimension magique » dans l’intrigue qui met en difficulté le Béké (descendant de famille esclavagiste), généreusement interprété par le célèbre comédien et producteur Jacques Perrin.

La « fémifocalité » n’est pas en reste avec le personnage d’Élia (interprétée avec prestance par Émilie Benoît qui était la comédienne principale de Dérives ou la femme-jardin), « femme-debout » qui conte l’histoire du film au côté de son compagnon conteur Gélus, présence féminine qui contrevient à la tradition historique voulant que les conteurs créoles ne soient que des hommes.

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Le Sang du flamboyant de François Migeat, 1981 ©Films Molière/CINUCA – Martinique

1983: MARTINIQUE - RUE CASES-NÈGRES, D’EUZHAN PALCY

À ce jour, il s’agit bien certainement du film antillais le plus connu au Monde. Il est l’adaptation d’un des classiques de la littérature antillaise, le roman autobiographique La Rue Cases-Nègres de Joseph Zobel, un des compagnons de route du poète de la Négritude Aimé Césaire. Ce film reçut le Lion d’Argent et la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine pour Darling Légitimus (grand-mère du célèbre Pascal Légitimus du trio comique « Les Inconnus »), consacrant cinquante ans de carrière, au festival de Venise en 1983.

Par ailleurs, la réalisatrice reçut le César de la meilleure révélation en 1984. La suite du parcours de celle-ci est exceptionnelle : partie travailler à Hollywood, elle y deviendra la première femme noire à diriger des films de studio hollywoodien, avec des œuvres telles qu’Une saison blanche et sèche (1989) sur l’apartheid en Afrique du Sud et qui fit revenir Marlon Brando au cinéma, ou encore la production Walt Disney Le Combat de Ruby Bridges (1998) sur la véritable histoire de la première fille noire à avoir intégré une école d’enfants blancs dans le sud des États-Unis.

Son parcours a récemment été consacré par un Oscar d’Honneur en 2022. Quant à Rue Cases-Nègres, il fit connaître le jeune cinéma antillais à l’international, des États-Unis au Japon. En suivant le parcours du jeune José (Garry Cadenat) dans la colonie post-esclavagiste de Martinique des années 1930, c’est en fait de la condition rude des travailleurs de la canne et des relents de la période esclavagiste qu’il est question. Comme dans Coco la Fleur, candidat (1979) et Le Sang du flamboyant (1981), on retrouve la figure du conteur créole, ici en la personne du vieux Médouze, ainsi que l’influence de la Négritude.

Par ailleurs, le parcours scolaire de cet enfant indique autant son émancipation sociale que le processus d’« assimilation culturelle » par la nature des cours prodigués, la grand-mère Man Tine (Darling Légitimus), véritable incarnation de la « fémifocalité » traditionnelle du cinéma antillais, disant à son petit-fils : « Tu iras à leur école ! ». Un véritable classique des cinémas caribéens !

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Rue Cases-Nègres d’Euzhan Palcy, 1983 ©NEF Diffusion/JMJ Productions – Martinique

1986: CURAÇAO – ALMACITA DI DESOLATO, DE FELIX DE ROOY

Après un premier long-métrage tourné à Brooklyn, Désirée (1984), basé sur l’histoire vraie d’une femme qui tua son bébé parce qu’elle était persuadée qu’il était possédé par le Diable, le couple homosexuel Felix De Rooy-Norman de Palm tourne son second film sur l’île de Curaçao, dont il est originaire, en s’inspirant d’un conte caribéen. Les paysages de cette petite île néerlandaise de 444 km2 face au Venezuela, entre grotte et désert, sont le lieu d’une fusion entre rites magiques et réalité miséreuse d’un village isolé à une époque indéterminée.

Cette légende met en avant la part africaine des identités caribéennes (qu’on peut apprécier dans l’architecture du village, l’habillement des femmes, les connaissances traditionnelles transmises par l’oralité, etc.) à travers une intrigue qui raconte, par un formidable détour fictionnel, la traite négrière et l’esclavage, une histoire « inscrite dans la peau » comme le précise la voix-off du film.

Outre son caractère fictionnel plus prononcé que nombre de films caribéens qui restent attachés à une certaine réalité sociale ou historique, ce long-métrage dénote par la pluridisciplinarité de ses références nourries par le parcours de poète, d’homme de théâtre et d’artiste-plasticien (entre autres) de son réalisateur Felix De Rooy qui octroie à cette oeuvre un talentueux maniérisme qui la distingue dans les cinémas de la Caraïbe.

Peu après, le couple De Rooy-De Palm proposera un autre film surprenant : Ava & Gabriel (1990), l’une des premières grandes histoires de désir amoureux, au sein d’un trio interethnique en période coloniale (combinaison « taboue », s’il en est), de ces cinémas, teintée d’homosexualité (sujet très rare dans la région) via des personnages secondaires et doublée d’une généreuse réflexion sur les arts caribéens.

Comme dans Almacita di desolato, le tout est baigné par la musicalité du papiamento (papiamentu), langue créole née du choc entre le néerlandais, le portugais, l’espagnol, l’anglais et des mots d’origine africaine et amérindienne (Arawak), ainsi que par les croyances magico-religieuses dans un efficace réalisme magique. Peu après, ce duo au talent effusif explosera donnant à ce second film un air de précieux testament artistique.

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Almacita di Desolato de Felix de Rooy, 1986 ©Hungry Eye Pictures – Curaçao

À propos de l'auteur

Guillaume Robillard est docteur en cinéma, enseignant-chercheur, réalisateur de documentaires et spécialiste du cinéma et de la production artistique antillaise. Il est l’auteur de deux livres : Conquête de l’espace et du temps : le cinéma antillais (Éditions Jannink, “Hypothèses d’Art”, 2023) et Un cinéma décolonial : les personnages du cinéma antillais (Presses Universitaires des Antilles, “Arts et Esthétique”, 2024).

La sortie de Magma, film du réalisateur français Cyprien Vial s’inspirant fortement de l’éruption de la Soufrière de 1976 qui fit craindre l’anéantissement du chef-lieu Basse-Terre (Guadeloupe), puis de deux films réalisés par des Guadeloupéens, respectivement Fanon (Jean-Claude Barny) sur le célèbre intellectuel anticolonialiste dans sa période algérienne, et Zion, en moins d’un mois, a eu le mérite d’interpeller les médias français (Le Monde, Libération, etc.) sur le potentiel du cinéma antillais comme, plus largement, de films portant sur les outre-mer.

Série Histoires des cinémas caribéens. S3/10 est déjà disponible sur Richès Karayib. À suivre prochainement avec S5/10.

Le 15 septembre, à 17 heures, la salle de la Direction des affaires culturelles de la Martinique est déjà pleine. Journalistes, responsables culturels, associations, artistes et acteurs du patrimoine se retrouvent pour découvrir ce que réserve la 43e édition. À quatre jours des Journées européennes du patrimoine 2026, prévues les 19 et 20 septembre, cette conférence de presse ressemble déjà à une traversée de la Martinique, de ses cases créoles à ses phares, de Saint-Pierre aux monuments que l’on croise parfois sans vraiment les regarder.

Journées européennes du patrimoine 2026, une conférence vivante

Johan-Hilel Hamel, directeur des affaires culturelles de la Martinique, ouvre la rencontre sans installer de distance. Il prévient même que la soirée ne sera pas un long monologue. La parole commence rapidement à circuler. Une représentante des Trois-Îlets intervient, puis Xavier Nicolas pour la Direction de la mer, Philippe Villard pour la Fondation du patrimoine, Florence Le Gal pour la Maison de l’Architecture de la Martinique, l’artiste photographe Adeline Rapon et Sabrina Ajax pour Richès Karayib. D’autres partenaires présents dans la salle viendront ensuite raconter leurs propres initiatives.

Journées européennes du patrimoine 2026

Le ton est donné. Ici, le patrimoine n’a pas une seule voix. Certaines interventions parlent de bâtiments fragilisés, d’autres de photographie, de mémoire, de plongée, d’architecture ou de transmission. À un moment, des chapeaux issus du travail de vannerie attirent même l’attention lorsque des participants prennent la parole pour présenter leur projet. La salle réagit, les intervenants se répondent et la conférence prend progressivement l’allure d’un inventaire vivant de ce que la Martinique cherche à conserver.

Journées européennes du patrimoine 2026

Derrière la programmation des Journées européennes du patrimoine 2026, une question revient alors presque naturellement. Que choisit-on de transmettre lorsque certains lieux sont devenus si familiers qu’on ne les regarde plus vraiment ?

Regarder les cases créoles avant qu’elles ne disparaissent

La question du patrimoine en péril traverse plusieurs prises de parole. Johan-Hilel Hamel s’arrête notamment sur la case créole. Sa présence dans le paysage martiniquais peut sembler évidente, presque ordinaire. C’est justement ce qui la rend parfois vulnérable au regard. On s’habitue à une maison, à une façade, à une forme d’architecture, jusqu’au jour où elle n’est plus là.

Aux Trois-Îlets, un travail consacré aux cases créoles doit permettre de les regarder autrement. Des bâtiments ont été recensés et dessinés, tandis que des paroles d’habitants ont été recueillies. Derrière les murs apparaissent ainsi des souvenirs, des familles et des façons d’habiter un territoire.

Philippe Villard, délégué départemental de la Fondation du patrimoine, ramène lui aussi cette question à quelque chose de très humain. Lorsqu’une maison disparaît, rappelle-t-il en substance, une part de mémoire disparaît avec elle. Pour lui, l’intérêt croissant porté au patrimoine est aussi une prise de conscience nécessaire, autant pour la mémoire de la Martinique que pour les activités liées à sa restauration.

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Du phare de la Caravelle à la Maison du Bagnard

Quelques minutes plus tard, le regard quitte les maisons pour rejoindre la mer. Xavier Nicolas, directeur de la mer, prend la parole pour parler du phare de la Caravelle. Construit en 1861, le monument sera accessible au public samedi de 8 heures à 15 heures et dimanche de 8 heures à 13 heures. Les visiteurs pourront découvrir le bâtiment avec les agents de la Direction de la mer, mais aussi comprendre ses équipements et son fonctionnement.

Le phare n’est alors plus seulement une silhouette que l’on aperçoit dans le paysage. Pendant les Journées européennes du patrimoine 2026, il devient un lieu dans lequel on entre, que l’on observe de près et dont on découvre la dimension technique.

D’autres lieux apparaissent au fil de la soirée. La Maison du Bagnard, l’église du Gros-Morne, le Fort Saint-Louis ou encore l’église de Balata sont évoqués dans les échanges autour des travaux de sauvegarde et de réhabilitation. Derrière chacune de ces opérations se trouvent des financements, des partenaires, des spécialistes et du temps. La conservation du patrimoine ne commence donc pas le samedi matin pour s’arrêter le dimanche soir. Elle se construit tout au long de l’année.

Journées européennes du patrimoine 2026
Journées européennes du patrimoine 2026

À Saint-Pierre, regarder derrière les ruines

La photographie vient ensuite changer encore une fois la manière de parler du patrimoine. La conférence est suivie du vernissage de « Saint-Pierre n’est pas une ruine », une exposition d’Adeline Rapon présentée à la Direction des affaires culturelles de la Martinique en partenariat avec la Maison de l’Architecture de la Martinique. L’exposition questionne la mémoire, les traces et la manière dont les lieux continuent à vivre après les bouleversements qu’ils ont traversés.

Lorsque Adeline Rapon raconte son travail, Saint-Pierre cesse justement d’être seulement un ensemble de ruines. La photographe explique avoir voulu dépasser les images habituelles de la ville. Portraitiste, elle s’intéresse aux personnes, à leur quotidien, à leurs souvenirs et à leur relation avec les lieux. Une rencontre occupe une place particulière dans ce récit, celle d’un homme surnommé Café. Adeline Rapon raconte qu’il l’a accompagnée à travers Saint-Pierre, malgré les difficultés laissées par un AVC. Il lui a fait rencontrer des habitants et lui a permis d’aller regarder derrière certains murs.

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Saint-Pierre apparaît alors autrement. Les traces du passé sont toujours présentes, mais elles cohabitent avec des personnes qui vivent aujourd’hui entre ces murs, ces rues et ces paysages. Les photographies demandent au visiteur de ne pas passer trop vite. Elles invitent à rester quelques secondes de plus, suffisamment longtemps pour se demander ce qui se trouve derrière l’image.

Journées européennes du patrimoine 2026, 122 monuments à portée de téléphone

Un écran fait finalement son apparition dans cette soirée consacrée à la transmission. Sabrina Ajax présente la cartographie développée par Richès Karayib avec la Direction des affaires culturelles. L’outil rassemble 122 monuments historiques répartis dans 29 communes de Martinique. Il permet de rechercher les lieux, de consulter des informations sur leur histoire et leur statut, mais aussi de les localiser pour aller les découvrir. Ces 122 correspondent aux monuments historiques recensés dans la cartographie Richès Karayib. Ils ne doivent pas être confondus avec les 127 actions et propositions annoncées dans le cadre des Journées européennes du patrimoine 2026.

L’anecdote racontée pendant la présentation résume peut-être mieux que n’importe quel discours l’intérêt de cette carte. En l’utilisant, Sabrina Ajax réalise qu’elle avait vécu non loin de la Maison Charlery sans savoir qu’elle faisait partie du patrimoine protégé.

Le patrimoine n’est donc pas toujours au bout d’une excursion prévue plusieurs semaines à l’avance. Il peut se trouver au coin d’une rue. Sur une route empruntée chaque matin. Derrière une façade devant laquelle on passe depuis des années sans se demander ce qu’elle raconte. Pendant les Journées européennes du patrimoine 2026, cette cartographie peut devenir une invitation toute simple à commencer par son propre environnement.

Journées du patrimoine

Un week-end pour regarder autrement la Martinique

Après près d’une heure de prises de parole, les derniers échanges laissent progressivement place au vernissage. Les participants sont invités à rejoindre les photographies d’Adeline Rapon et le moment convivial prévu dans les jardins de la Direction des affaires culturelles. La conférence se termine, mais les conversations continuent.

Il reste surtout une impression. Le patrimoine martiniquais ne tient pas dans une seule définition. Il peut être monumental comme un phare, fragile comme une case créole, intime comme une photographie, immergé sous la mer ou presque invisible simplement parce qu’il fait partie du quotidien.

Les Journées européennes du patrimoine 2026 rassemblent 127 actions et propositions annoncées dans le cadre du week-end. Mais derrière ce nombre, l’enjeu des Journées européennes du patrimoine 2026 semble finalement beaucoup plus simple. Regarder une deuxième fois. Et peut-être se demander ce qui, à quelques minutes de chez nous, mérite d’être découvert aujourd’hui avant de devenir seulement un souvenir.

Journées du patrimoine

Les Journées européennes du patrimoine 2026 ont lieu les 19 et 20 septembre en Martinique. Cette 43e édition propose des visites, expositions et rendez-vous autour du patrimoine martiniquais.

Les visiteurs pourront découvrir différentes facettes du patrimoine martiniquais, notamment les cases créoles, le patrimoine maritime, la photographie, l’architecture et plusieurs monuments du territoire. La programmation compte 127 actions et propositions.

La cartographie développée par Richès Karayib avec la Direction des affaires culturelles recense 122 monuments historiques répartis dans 29 communes de Martinique. Elle permet de découvrir les monuments et de mieux identifier le patrimoine situé à proximité.

À l’occasion des Journées du patrimoine 2026, Richès Karayib, en collaboration avec la Direction des Affaires Culturelles (DAC) de Martinique, invite chacun à partir à la découverte des monuments historiques de l’île grâce à sa carte interactive du patrimoine.
Il n’est pas toujours nécessaire de traverser la Martinique pour faire une découverte.
À quelques rues de chez soi peut se trouver une église dont on ignore l’histoire. Sur une route empruntée chaque semaine, une ancienne habitation raconte peut-être plusieurs siècles d’évolution économique et sociale. Un bâtiment public, un marché, une distillerie ou les vestiges d’un site industriel peuvent faire partie du patrimoine protégé sans que ceux qui les côtoient quotidiennement le sachent.
C’est précisément ce que les Journées européennes du patrimoine permettent, chaque année, de rappeler : le patrimoine n’est pas seulement ce que l’on visite. C’est aussi ce qui nous entoure.

Journées du patrimoine - commencer par sa commune

Pour les JEP 2026, la carte interactive développée par Richès Karayib permet de changer très simplement de perspective. On peut commencer par rechercher sa commune et découvrir les monuments historiques qui y sont protégés. Puis regarder ce qui se trouve dans la commune voisine. Et, de découverte en découverte, élargir progressivement son parcours. Au total, 122 monuments historiques répartis dans 29 communes sont réunis dans l’outil.
L’intérêt est justement de faire apparaître une Martinique que l’on ne regarde pas toujours sous cet angle : celle des édifices religieux, des habitations, des forts, des bâtiments civils, des traces de l’activité industrielle ou encore des vestiges laissés par les grands événements qui ont marqué l’île.

Choisir une histoire plutôt qu’une destination

Pour ceux qui ne savent pas par où commencer, six parcours proposent une autre façon d’explorer la Martinique. L’éruption de 1902 permet de suivre les traces de l’une des ruptures majeures de l’histoire martiniquaise. La route du rhum replace habitations, distilleries et patrimoine lié à la canne dans leur contexte. Le patrimoine sacré invite à regarder autrement églises et édifices religieux. Les forts racontent la position stratégique occupée par la Martinique au fil des siècles.
Les centres-villes permettent de redécouvrir des bâtiments devant lesquels nous passons parfois sans même lever les yeux.
Enfin, la mémoire de l’esclavage invite à parcourir les lieux qui témoignent de cette histoire et de son empreinte dans le patrimoine martiniquais. La carte peut ainsi servir à préparer une journée entière, mais aussi simplement à choisir un ou deux lieux à découvrir près de chez soi.
« J’aimerais que la carte provoque ce petit étonnement : “Je passe devant depuis des années et je ne savais même pas que c’était un monument historique.” Parce qu’on connaît souvent les lieux sans vraiment connaître leur histoire. »
Sabrina Ajax, fondatrice de Richès Karayib.

Un patrimoine à partager

La découverte ne s’arrête pas aux JEP. Disponible gratuitement toute l’année dans l’espace RK Patrimoine de richeskarayib.com, la carte est proposée en français, anglais et espagnol, afin que le patrimoine martiniquais puisse aussi être découvert et compris par les visiteurs de l’île et par un public caribéen et international. Les Journées européennes du patrimoine peuvent donc être le point de départ. 

Choisir sa commune. Repérer un lieu. Lire son histoire. Puis aller le voir. Et peut-être, en rentrant chez soi, ne plus regarder tout à fait de la même manière ce bâtiment devant lequel on passait depuis toujours.

Journées du patrimoine

La carte interactive du patrimoine de Richès Karayib réunit 122 monuments historiques répartis dans 29 communes de Martinique. Elle permet de rechercher les sites par commune et de découvrir des églises, habitations, forts, bâtiments civils, distilleries et vestiges industriels.

Pour les Journées européennes du patrimoine 2026, la carte interactive de Richès Karayib permet de rechercher une commune, d’identifier les monuments historiques situés à proximité et de construire son propre parcours. Six parcours thématiques permettent également d’explorer l’éruption de 1902, la route du rhum, le patrimoine sacré, les forts, les centres-villes et la mémoire de l’esclavage.

La carte interactive des monuments historiques de Martinique est accessible gratuitement toute l’année dans l’espace RK Patrimoine de Richès Karayib. Disponible en français, anglais et espagnol, elle permet aux habitants comme aux visiteurs de découvrir le patrimoine martiniquais et de préparer leurs visites, notamment pendant les Journées du patrimoine 2026.

Présentée le 10 septembre 2026 au Yacht Club de Fort-de-France, en Martinique, « Van Lévé » est une mini-yole de 4,10 mètres pensée pour rapprocher les jeunes et les novices de la voile traditionnelle. Porté par Passion Voile Traditionnelle avec le soutien de SFR Caraïbe, le projet doit désormais quitter le cadre de sa présentation pour aller à la rencontre du public dans toute la Martinique.

Le jeudi 10 septembre 2026, au Yacht Club de Fort-de-France, en Martinique, la soirée commence sans que la mini-yole ait encore de nom. Aude Pitavy, présidente et fondatrice de Passion Voile Traditionnelle, présente d’abord le projet, son origine et ce qu’elle veut en faire. Les prises de parole se succèdent, puis vient le moment du vote. Six noms sont proposés au public. De petits bulletins et des stylos circulent. Les invités font leur choix avant de descendre découvrir l’embarcation. Quelques minutes plus tard, la mini-yole a un nom, « Van Lévé ».

Ce vote résume déjà une partie de l’esprit du projet. Passion Voile Traditionnelle ne veut pas seulement présenter une embarcation au public. L’association veut faire participer, donner envie d’essayer et créer un lien entre ceux qui connaissent déjà la yole et ceux qui n’ont encore jamais navigué.

Van Lévé
Van Lévé

Une idée née en écoutant des anciens yoleurs

Aude Pitavy explique que le projet de mini-yole est né au fil d’interviews menées auprès des anciens yoleurs en Martinique. Certains lui racontent leurs navigations en mini-yole, notamment au Marin et au Robert, en Martinique. Un souvenir revient dans leurs témoignages. Avec moins de personnes à bord, chacun devait apprendre plusieurs postes et mieux comprendre l’embarcation.

Ces récits parlent particulièrement à Aude Pitavy. La mini-yole n’apparaît plus seulement comme un bateau de petite taille. Elle peut aussi devenir un outil d’apprentissage, un moyen de passer plus de temps sur l’eau et de progresser avant, pour ceux qui le souhaitent, de poursuivre vers d’autres embarcations de la voile traditionnelle.

« L’idée, c’est de pouvoir vraiment inspirer les jeunes à tester, à découvrir le monde de la voile traditionnelle », explique Aude Pitavy dans l’interview réalisée autour de la présentation de « Van Lévé ».

Van Lévé

La démarche se veut simple. Une première navigation peut créer une curiosité. Cette curiosité peut ensuite conduire vers une école de voile, une association ou une pratique plus régulière. Passion Voile Traditionnelle imagine ainsi la mini-yole comme une première porte d’entrée, notamment pour les plus jeunes et les personnes qui ne connaissent pas encore cet univers.

« Van Lévé » doit aller là où se trouvent les jeunes

« Van Lévé », longue de 4,10 mètres et large de 1,20 mètre, n’a pas vocation à rester exposée au même endroit. Passion Voile Traditionnelle souhaite faire circuler la mini-yole en Martinique et multiplier les occasions de la découvrir.

Le programme présenté le 10 septembre 2026 à Fort-de-France, en Martinique, prévoit des initiations en lien avec des écoles de voile et des associations. Passion Voile Traditionnelle souhaite également toucher les établissements scolaires, les collèges et les lycées. Une tournée dans les communes fait partie des pistes annoncées, tout comme des présences lors de salons, de foires ou dans d’autres espaces fréquentés par le grand public.

Van Lévé
Van Lévé

Aude Pitavy imagine la découverte de la mini-yole dès l’enfance. Pendant les échanges avec le public, la présidente de Passion Voile Traditionnelle évoque un âge d’environ 7 ans, tout en rappelant que la pratique ne concerne pas uniquement les enfants. Des adultes peuvent eux aussi découvrir la mini-yole. Le projet cherche donc moins à attendre de futurs pratiquants qu’à provoquer la rencontre. « Van Lévé » doit pouvoir arriver dans une commune, une école de voile ou un événement et donner envie de poser des questions, de regarder de plus près, puis un jour de monter à bord.

Van Lévé
Van Lévé

Philippe Attely a choisi de laisser le bois parler

Philippe Attely, constructeur de « Van Lévé », apporte une autre dimension au projet. La mini-yole ne sert pas uniquement à parler de navigation. Sa construction permet aussi de montrer un savoir-faire. Philippe Attely construit des embarcations depuis les années 2000. Dans l’interview réalisée autour du projet, le constructeur explique travailler notamment sur des gommiers, des bébé-yoles et désormais des mini-yoles. Pour « Van Lévé », le choix d’une construction en bois s’accompagne d’une décision visible au premier regard, ne pas masquer le travail sous la peinture.

Philippe Attely explique également avoir voulu éviter les matériaux composites et la fibre de verre. Les planches, la structure et les assemblages restent ainsi visibles. Le public peut regarder la mini-yole et comprendre qu’avant la navigation, il y a d’abord un matériau, des gestes et un constructeur.

« Comme j’aime toucher le bois, tout ce qu’on me propose qui doit naviguer, j’adhère », résume Philippe Attely.

Van Lévé

Passion Voile Traditionnelle souhaite prolonger cette dimension par des ateliers liés à la construction navale. « Van Lévé » pourrait donc servir à apprendre ce qui se passe sur l’eau, mais également à faire découvrir ce qui se passe avant la mise à l’eau.

SFR Caraïbe accompagne une transmission, pas seulement un bateau

Frédéric Hayot, Directeur Général de SFR Caraïbe, explique que le projet présenté par Aude Pitavy s’est distingué par son originalité. L’idée de construire une mini-yole, de la déplacer en Martinique et surtout d’aller vers les jeunes a retenu l’attention de l’entreprise.

« L’idée de fabriquer une mini-yole et de l’amener vers les gens, tout autour de la Martinique, et notamment d’aller chercher les jeunes, nous a beaucoup plu », explique Frédéric Hayot.

Van Lévé

SFR Caraïbe a financé la construction de « Van Lévé ». Frédéric Hayot associe aussi le projet à des valeurs qu’il juge importantes à transmettre, notamment la performance, le dépassement de soi et « l’humilité face aux éléments ». L’accompagnement de SFR Caraïbe doit se poursuivre au-delà de la construction. Frédéric Hayot indique que l’entreprise mettra également ses moyens de communication à disposition de Passion Voile Traditionnelle afin de faire connaître les actions menées autour de la mini-yole.

« Van Lévé » pourrait ne pas rester seule longtemps

Aude Pitavy ne présente pas « Van Lévé » comme l’aboutissement du projet. Pendant les échanges organisés le 10 septembre 2026 à Fort-de-France, en Martinique, la présidente de Passion Voile Traditionnelle évoque déjà la possibilité de voir plusieurs mini-yoles naviguer ensemble. Aude Pitavy rappelle également que d’autres mini-yoles existent en Martinique et que certaines pourraient être réparées puis remises à l’eau. Le projet ne consiste donc pas uniquement à construire une nouvelle embarcation. Il peut aussi contribuer à remettre en circulation celles qui existent déjà.

La soirée du Yacht Club de Fort-de-France se termine ainsi sur une embarcation qui vient tout juste de recevoir son nom. « Van Lévé » n’a encore qu’une courte histoire, mais sa mission est déjà claire. La mini-yole doit naviguer, circuler et créer des premières fois. Pour un enfant ou un adolescent qui ne connaît la yole que de loin, la transmission ne commencera peut-être pas par un long discours sur le patrimoine. Elle commencera peut-être simplement par un pied posé à bord de « Van Lévé », une première sortie sur l’eau et l’envie de recommencer.

Van Lévé

 « Van Lévé » est une mini-yole de 4,10 mètres portée par Passion Voile Traditionnelle en Martinique. Elle a été conçue pour faciliter la découverte et la transmission de la voile traditionnelle.

 Passion Voile Traditionnelle a créé « Van Lévé » pour aller à la rencontre des jeunes et des novices. La mini-yole doit servir aux initiations, aux actions avec les écoles de voile et aux rencontres organisées dans différentes communes de Martinique.

 La mini-yole « Van Lévé » a été construite par Philippe Attely. Le bois et les éléments de construction ont été laissés visibles afin de mettre également en valeur le savoir-faire lié à la fabrication de l’embarcation.

À l’Orangerie du Sénat, Man Mélé ! a pris une dimension que Cécile Vernant ne pouvait pas entièrement prévoir avant l’ouverture des portes. Au fil des journées, l’exposition est devenue un espace de rencontres, de conversations et d’échanges entre artistes et visiteurs. Autour des œuvres ont circulé la Martinique, la nature, mais aussi des souvenirs, des cultures et des sensibilités venues de bien au-delà de l’île.

Le calme avant l’arrivée du public

Chaque matin, Cécile Vernant arrivait avant l’ouverture, prévue à 11 heures. Le jardin était calme. Elle croisait les joggeurs, observait les groupes de taï-chi entre les marronniers et profitait de l’odeur des fleurs. Elle aimait ce « calme avant la tempête ». Quelques heures plus tard, l’ambiance changeait. Cécile Vernant estime que l’Orangerie, d’environ 600 m², pouvait accueillir des pics de 400 visiteurs en trois à quatre heures. La journée la plus fréquentée aurait réuni 1 000 visiteurs.

Les trois salles étaient séparées par des cloisons, mais leur disposition incitait naturellement le public à passer d’un univers à l’autre. Elle estime également qu’environ 80 % des visiteurs étaient étrangers durant cette période.

Man Mélé

Trois artistes, trois univers, une même nature

Cécile Vernant partageait l’Orangerie avec Anne Morgann et Shingiiiiii. Chacun présentait une exposition individuelle au sein d’une expérience collective. La nature constituait leur point commun. Avec Shingiiiiii, un lien s’est dessiné autour des volcans : la Montagne Pelée pour elle, le Mont Fuji et les volcans d’Hawaï pour lui. Ce rapprochement résonnait aussi avec l’usage qu’elle fait du papier d’art japonais dans ses photographies et ses tirages mutants.

Avec Anne Morgann, le dialogue se nouait davantage autour de la lumière et de la frontière entre la figuration et l’abstraction. Chaque matin, Cécile Vernant allait voir ses œuvres ; L’Heure d’or était devenue un rituel. Les deux artistes se sont encouragées, conseillées et ont parfois dirigé les visiteurs vers la salle de l’autre.

Une exposition qui change avec la lumière

Sous la verrière, la lumière évoluait au fil des heures. Des rayons traversaient parfois les fenêtres et venaient animer les œuvres. Avant l’exposition, Cécile Vernant avait observé la salle à différents moments de la journée. Elle a ensuite ajusté l’emplacement de certains tableaux en fonction de la lumière. Dans les derniers jours, elle a imaginé un espace « Atelier », avec plusieurs œuvres posées au sol. Les céramiques étaient installées dans des filets de pêche, en référence à la senne et aux prises ramenées à terre. Cette mise en scène lui permettait aussi d’évoquer la dimension collective et patrimoniale de cette pratique.

Man Mélé

Les visiteurs au cœur de « Man Mélé ! »

Certaines rencontres ont particulièrement marqué Cécile Vernant. Un visiteur nonagénaire, ancien peintre à Montmartre, s’est approché d’un tableau et l’a senti. Il a alors affirmé qu’il avait été verni un an auparavant. Son intuition était juste. L’expérience a été renouvelée avec d’autres œuvres, avec la même précision. Une petite fille de cinq ou six ans s’est, elle, installée devant un tableau de 10 × 10 cm et semblait ne plus vouloir le quitter. Touchée par son attention, Cécile Vernant a choisi de le lui offrir.

Autre moment fort : une jeune cantatrice brésilienne a interprété un air d’opéra a cappella devant les toiles d’Anne Morgann. La scène a profondément ému les artistes, jusqu’aux larmes.

Quand la Martinique entre dans les conversations

Parmi les nombreux échanges suscités par Man Mélé !, certaines rencontres ont particulièrement marqué Cécile Vernant. La diaspora caribéenne a notamment occupé une place singulière dans ces conversations. Des visiteurs installés à Paris, en région parisienne ou plus loin encore sont venus avec leurs propres souvenirs et leur propre lien à la Caraïbe.

Une Martiniquaise vivant à New York est ainsi venue avec sa fille, tandis qu’un visiteur haïtien, attiré par le titre aperçu sur l’affiche, a rapidement fait glisser la conversation des tableaux vers d’autres références caribéennes : le djon djon, Tabou Combo ou Haitian Troubadour. Cécile Vernant raconte aussi que certains visiteurs ayant déjà séjourné en Martinique partageaient avec elle leurs souvenirs de l’île, tandis que d’autres la découvraient à travers ses œuvres.

Quand Man Mélé ! prend tout son sens

Peu avant l’exposition, Cécile Vernant a dû composer avec plusieurs imprévus. Une grande céramique murale, prévue pour Man Mélé !, s’est brisée pendant le tremblement de terre de mai alors qu’elle séchait au sol.

À Paris, elle a alors créé une œuvre sur papier à partir d’un tirage mutant unique. Faute de cadre adapté à ses dimensions, elle l’a simplement épinglée au mur, sans encadrement. Ces contretemps ont donné au titre Man Mélé ! une résonance très concrète : « je suis dans le pétrin », l’une des significations que Cécile Vernant donne à l’expression. Comme si, presque malgré elle, la réalité de l’exposition avait fini par donner corps au titre.

Ce que Cécile Vernant retient de Man Mélé !

Le bouche-à-oreille s’est fait naturellement. D’anciens clients sont revenus accompagnés d’amis, d’autres visiteurs ont parlé de Man Mélé ! autour d’eux, et certains liens se sont prolongés après le décrochage. De cette expérience, Cécile Vernant retient surtout les rencontres, le soutien reçu et la confiance apportée par cette sélection. Autodidacte, elle tient à préserver ce qui guide son travail : la liberté de créer sans chercher à se conformer aux attentes des autres ni renoncer à ses propres envies.

Man Mélé ! est l’exposition présentée par Cécile Vernant à l’Orangerie du Sénat à Paris. L’artiste y a développé un univers nourri par la Martinique, la nature, la lumière et les rencontres avec le public.

Selon Cécile Vernant, certains pics de fréquentation ont atteint environ 400 visiteurs en trois à quatre heures. La journée la plus fréquentée a compté jusqu’à 1 000 visiteurs.

La Martinique apparaît à travers plusieurs éléments du travail de Cécile Vernant, notamment la Montagne Pelée, la senne, la nature et les échanges avec des visiteurs liés à l’île et à la diaspora caribéenne.

La Martinique prend une nouvelle place au sein de l’Association des États de la Caraïbe. Pour 2026-2027, elle rejoint le Bureau exécutif du Comité spécial sur le développement du commerce et les relations économiques extérieures, en qualité de Rapporteur. Derrière cette fonction institutionnelle, un enjeu très concret se dessine : mieux relier transport, logistique et accès aux marchés de la Grande Caraïbe.

Sandra Casanova au cœur de cette nouvelle étape

La responsabilité sera assumée par Sandra Casanova, conseillère à l’Assemblée de Martinique et présidente de la Commission Stratégie logistique du territoire, Politique de la recherche et de l’innovation. Le Bureau exécutif réunit la République dominicaine à la présidence, la Colombie et le Guatemala aux vice-présidences, et la Martinique comme Rapporteur. Dans ce rôle, le territoire contribue notamment à formaliser les travaux du Comité et à restituer les positions et décisions issues des échanges.

Une première réunion du Bureau s’est tenue le 13 août, à l’invitation de la Direction des transports, du commerce et du développement durable de l’AEC. Elle a permis d’examiner le programme de travail et les prochaines priorités.

Association des États de la Caraïbe (AEC)
@Sandra Casanova

Du transport au commerce, une même logique

Cette désignation ne part pas de zéro. La Martinique a déjà exercé plusieurs mandats au Bureau exécutif du Comité spécial sur le transport, d’abord à la présidence puis à la vice-présidence. Le dernier s’est achevé en juin 2026. Passer du transport au commerce pourrait sembler marquer un changement de sujet. Au contraire, c’est l’idée d’une continuité. Car avant qu’un produit atteigne un marché, il doit circuler.

Transport maritime ou aérien, opérations portuaires, stockage, douane, contrôles sanitaires, documents, normes, certification, distribution: chaque étape peut faciliter ou ralentir l’accès à un marché. Pour un territoire insulaire, la compétitivité ne dépend donc pas seulement du prix d’un produit. Elle dépend aussi du coût du transport, des délais, de la fiabilité de la chaîne et de la fluidité des procédures.

Association des États de la Caraïbe (AEC)

Quand la proximité géographique ne suffit pas

Dans la Caraïbe, être voisin ne signifie pas automatiquement commercer facilement. Les distances peuvent être courtes, mais une marchandise doit tout de même franchir plusieurs étapes avant d’arriver chez son acheteur. L’AEC place justement le commerce, le transport et le développement durable dans une même direction de son Secrétariat. Son plan stratégique « Grande Caraïbe 2035 : un horizon partagé » considère également le commerce, les relations économiques extérieures, le transport et la connectivité comme des priorités interdépendantes.

La nouvelle fonction de la Martinique s’inscrit ainsi dans une question très concrète : comment rendre les échanges régionaux plus fluides et faciliter l’accès des entreprises aux marchés voisins ?

Caribéenne par sa géographie, européenne par son statut

Le sujet touche aussi à une singularité martiniquaise. Serge Letchimy résume cette position par une formule : la Martinique est « caribéenne par sa géographie et européenne par son statut ». Cette double appartenance peut créer des contraintes, mais la Collectivité souhaite aussi en faire un levier économique. L’objectif affiché est de mieux intégrer le territoire aux chaînes de valeur de la Grande Caraïbe, tout en poursuivant les travaux déjà engagés en matière de logistique.

Le projet européen eFTI4ALL, cité dans le communiqué, participe de cette orientation. Il porte sur la dématérialisation des informations réglementaires liées au transport de marchandises, un sujet technique qui rejoint directement la question de la fluidité des échanges.

Association des États de la Caraïbe (AEC): de la présence institutionnelle aux marchés caribéens

Créée en 1994, l’Association des États de la Caraïbe est un espace de consultation, de coopération et d’action concertée dans la Grande Caraïbe. La Martinique y siège comme membre associé. Son arrivée au Bureau exécutif du commerce renforce désormais sa présence dans un domaine directement lié aux échanges économiques. Mais un siège, à lui seul, ne transforme pas les flux commerciaux.

Le véritable enjeu commencera donc après la nomination : convertir cette présence institutionnelle en procédures plus simples, en connexions plus fiables et, surtout, en opportunités accessibles aux entreprises. C’est désormais le défi concret. La Martinique pourra-t-elle faire de sa place dans l’AEC un véritable pont entre proximité caribéenne et réalité économique ?

Pour 2026-2027, la Martinique siège au Bureau exécutif du Comité spécial sur le développement du commerce et les relations économiques extérieures de l’AEC, en qualité de Rapporteur. Elle contribue notamment à formaliser et restituer les positions et décisions issues des travaux du Comité.

La fonction de Rapporteur est assumée par Sandra Casanova, conseillère à l’Assemblée de Martinique et présidente de la Commission Stratégie logistique du territoire, Politique de la recherche et de l’innovation. Le Bureau comprend également la République dominicaine à la présidence, ainsi que la Colombie et le Guatemala aux vice-présidences.

Ce passage s’inscrit dans une continuité : le transport et la logistique conditionnent directement la capacité à commercer. Ports, transport maritime ou aérien, douanes, stockage, normes et procédures influencent les coûts, les délais et l’accès des entreprises aux marchés de la Grande Caraïbe.

Le 9 août 2026, Bélya dévoilera officiellement Adoumanman, un album de dix titres pensé comme un équilibre entre héritage bèlè et création contemporaine. Le groupe martiniquais y met en musique migration, mémoire, transmission, violences, résistance et espoir, sans détourner les yeux du présent.

Bélya : l’héritage comme point de départ

Avec Adoumanman, Bélya poursuit une idée qui traverse sa démarche artistique : rester profondément ancré dans le bèlè tout en laissant cette matière respirer avec son époque. Le groupe parle de « Bèlè Fusion » et pratique le k’bel, ou kadans bèlè, nourri notamment des rythmes du bèlè samaritain et arlésien, mais aussi des expériences de ses musiciens dans le carnaval, le gospel, le zouk ou le jazz.

Pour ce nouvel album, l’intention tient en quelques mots : « Enracinement, et ouverture aux souffles du monde ». Adoumanman porte aussi la formule « Mi Plézi dann ». L’enjeu n’est donc pas de placer la tradition sous vitrine, mais de puiser dans une richesse rythmique et musicale transmise par les anciens pour l’inscrire dans une dynamique contemporaine.

Bélya

Dix titres, dix façons de regarder le présent

Les dix morceaux donnent corps à cette ambition.

– Migran suit une mère et son fils Ibrahim qui fuient leur pays vers l’Europe, traversant le désert, la mer et les dangers du voyage.

– Chape aborde une relation où les coups ont remplacé les moments de « kolé lapo » et où les proches appellent à sortir de l’engrenage.

– Zayann conduit vers le « Zayonn », les « grands bois », source d’inspiration et d’énergie créatrice de Bélya. Kokoye relie le tambour autrefois joué au danmié, la danse du même nom, à une histoire d’amitié fissurée par la rancune et la vengeance, où tambours, chants et musique ramènent la paix.

– Avriyet revisite un granbèlè de l’héritage bèlè dans une nouvelle orchestration.

– Dekolonial traverse le choc des cultures, la domination, les affrontements, la destruction, mais aussi la résistance, la résilience et les utopies à refonder.

– Lyannaj Bele prend la forme d’un medley de chants bèlè porté par la rythmique de Bélya.

– Depi Ventan rend hommage aux parents et à l’éducation transmise à l’enfant, tandis que Limina honore Lumina Sophie, héroïne de l’insurrection du Sud de 1870, et « toutes les Lumina du Monde ».

Enfin, Ich Madinina affirme l’attachement au pays Martinique dans un hymne à l’espoir, à la tolérance et au respect.

Quand le bèlè devient une matière vivante

Cette façon de raconter passe autant par les textes que par le son. Les instruments « racines » occupent une place centrale : tanboubèlè, tanboupak, doumpak et bwapitak dialoguent avec batterie, piano, basse et guitare. Les voix d’Ivy Jalta et Stella Gonis portent plusieurs titres, tandis que Bèbène et Metjo prennent le lead sur Kokoye.

La formation repose sur un ensemble où Jimmy Thomasi tient la batterie, Elizé Domergue le piano, Hervé Martini la basse, tandis que Krys Dachir et Harry Brédas sont aux guitares. Justin Lesalles, Jocelyn Bernadine, Henri Altorn et Eric Bertrand participent au socle percussif.

Ce croisement n’efface pas le bèlè. Il en fait le point d’appui. Même la disposition scénique de Bélya en dit quelque chose : les musiciens forment un demi-cercle ouvert au public, qui vient fermer le Wondi. La musique ne se limite alors plus à ce qui est joué ; elle devient relation, circulation et transmission.

Bélya

Adoumanman, un nouveau chapitre pour Bélya

Adoumanman prolonge un parcours déjà marqué par Fondok, Djenm en 2010 et le single Konngo en 2023. Bélya a également porté sa musique hors de la Martinique, notamment en Guadeloupe, à Trinidad, en France, au Japon et au Sénégal. Cette circulation donne tout son sens à l’idée d’ouverture revendiquée par le groupe. Les « souffles du monde » n’éloignent pas Bélya de son socle : ils deviennent une manière supplémentaire de le faire résonner.

Avec Adoumanman, la question n’est finalement pas de choisir entre héritage et création contemporaine. Les dix titres montrent plutôt comment l’un peut nourrir l’autre. À deux jours de sa sortie officielle, l’album pose ainsi une question : comment les nouvelles générations feront-elles vivre le bèlè à leur tour ?

L’album Adoumanman de Bélya sort officiellement le 9 août 2026. Il réunit dix titres construits autour de l’héritage bèlè et de thématiques contemporaines.

Adoumanman comprend 10 titres : Migran, Chape, Zayann, Kokoye, Avriyet, Dekolonial, Lyannaj Bele, Depi Ventan, Limina et Ich Madinina.

Le bèlè constitue le socle musical de Bélya. Le groupe développe une approche contemporaine, appelée notamment « Bèlè Fusion » et k’bel ou kadans bèlè, où les rythmes et instruments bèlè rencontrent d’autres expériences musicales.

Du 11 décembre 2026 au 5 mars 2027, la liaison Martinique – Panama City sera proposée deux fois par semaine par Air France, avec un passage par Pointe-à-Pitre. Plus qu’une nouvelle destination, cette route pourrait transformer la manière dont les Martiniquais rejoignent l’Amérique centrale, l’Amérique du Sud et plusieurs territoires caribéens.

Martinique – Panama City redessine la carte du voyage

Depuis la Martinique, certaines villes du continent américain paraissent proches sur une carte et pourtant difficiles à atteindre. Pour rejoindre Quito, Lima, San José ou Tegucigalpa, les voyageurs doivent souvent composer avec des itinéraires longs et des correspondances peu pratiques. La nouvelle desserte doit réduire cette impression d’isolement. Les passagers partiront de Fort-de-France avant une étape à Pointe-à-Pitre, puis poursuivront vers Panama City. Il ne s’agit donc pas d’un vol direct, mais d’un nouvel itinéraire régional reliant les Antilles françaises à l’un des principaux points de connexion du continent américain.

Cette évolution dépasse la seule question du tourisme. Elle concerne aussi les familles, les étudiants, les professionnels, les artistes ou les entrepreneurs qui entretiennent des relations avec les espaces hispanophones et anglophones des Amériques.

Martinique – Panama City
Martinique – Panama City
Martinique – Panama City
Martinique – Panama City

Deux vols par semaine pour ouvrir de nouveaux itinéraires

La liaison sera exploitée en Airbus A320, avec 170 sièges répartis entre les cabines Business et Economy. Une connexion Wi-Fi haut débit est également annoncée à bord. Les réservations sont ouvertes, avec un tarif promotionnel aller-retour proposé à partir de 499 euros TTC, hors frais de service. Ce montant reste un prix d’appel. Il pourra varier selon les dates, les disponibilités et les conditions de réservation. Le programme demeure soumis à l’obtention des autorisations gouvernementales requises. Cette première saison de Martinique – Panama City doit donc être considérée comme une phase de lancement.

Martinique – Panama City
Martinique – Panama City

Panama City, une destination et un point de passage

L’intérêt de cette route aérienne réside dans la double fonction de Panama City. La capitale peut être visitée pour elle-même, avec son canal, son quartier historique et Panamá Viejo, site archéologique qui rappelle le rôle ancien de l’isthme dans les échanges interocéaniques. L’ensemble formé par Panamá Viejo et le district historique figure sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Panama City permet aussi de poursuivre son voyage vers d’autres territoires. Les possibilités annoncées comprennent notamment Asunción, Guatemala City, Guayaquil, Quito, Lima, Managua, Montevideo, San José et Tegucigalpa. La Havane, Georgetown, Port of Spain, Punta Cana et Saint-Domingue figurent également parmi les destinations accessibles par correspondance.

Cette nouvelle géographie peut rapprocher la Martinique de pays avec lesquels les échanges existent déjà, mais restent parfois freinés par le manque de liaisons simples. Martinique – Panama City devient ainsi une porte d’entrée vers plusieurs Amériques et offre une nouvelle alternative pour organiser certains déplacements régionaux.

Martinique – Panama City

Martinique – Panama City réveille une mémoire antillaise

Le lien entre les Antilles françaises et le Panama ne commence pas avec l’aviation. Il traverse l’histoire du canal et les grandes migrations de travail caribéennes du début du XXe siècle. L’Autorité du canal de Panama indique qu’environ 7 500 hommes furent recrutés en 1907 dans les îles françaises de Martinique et de Guadeloupe. Ils rejoignirent l’isthme pour participer au chantier conduit par les États-Unis. Derrière ce chiffre se trouvent des trajectoires individuelles, des familles séparées, des départs parfois définitifs et une présence antillaise qui a contribué à l’histoire moderne du Panama.

Ce mémoire donne une profondeur particulière à la nouvelle liaison. Plus d’un siècle après ces traversées, les moyens de transport ont changé, mais les circulations humaines continuent de relier les territoires caribéens au continent. La route aérienne s’inscrit ainsi dans une histoire plus ancienne que les horaires de vol et les correspondances. Elle rappelle que les sociétés caribéennes ont longtemps été façonnées par les départs, les retours, le travail et les rencontres entre les îles et les terres continentales.

Martinique – Panama City

Une saison test pour la Martinique

Pour Nathalie Sébastien, présidente du Directoire de la SAMAC, cette desserte doit renforcer les échanges touristiques, économiques et culturels avec les Amériques. L’ambition devra être mesurée à l’usage : prix accessibles, horaires adaptés, correspondances fluides et capacité à répondre aux besoins des voyageurs martiniquais. La première saison de Martinique – Panama City montrera si cette ouverture restera limitée à l’hiver ou si elle peut s’inscrire dans la durée. Derrière deux vols hebdomadaires se joue une question plus large : la Martinique peut-elle retrouver une place plus centrale dans les circulations caribéennes et américaines ?

La liaison Martinique – Panama City sera proposée du 11 décembre 2026 au 5 mars 2027. Air France prévoit deux vols par semaine au départ de Fort-de-France, avec un passage par Pointe-à-Pitre. Le programme reste soumis aux autorisations gouvernementales requises.

Non. Les voyageurs partiront de l’aéroport Martinique Aimé Césaire et effectueront une étape à Pointe-à-Pitre avant de rejoindre Panama City. Il est donc préférable de parler d’une nouvelle desserte aérienne plutôt que d’un vol direct.

Les correspondances annoncées permettront notamment de poursuivre vers Lima, Quito, San José, Guatemala City, Port of Spain, La Havane, Saint-Domingue et plusieurs autres villes d’Amérique centrale, d’Amérique du Sud et de la Caraïbe.

Entre les départs en vacances, les retours familiaux et l’arrivée de visiteurs, l’Aéroport Martinique Aimé Césaire traverse l’une des périodes les plus intenses de l’année. Jusqu’au 6 septembre 2026, un dispositif renforcé doit permettre d’absorber la hausse du trafic sans réduire la qualité de l’accueil. Derrière les files, les contrôles et les valises, un autre enjeu se dessine : préserver une hospitalité martiniquaise visible dès les premières minutes.

Aéroport Martinique Aimé Césaire : préserver la qualité de l’accueil pendant la haute saison

La haute saison a débuté le 26 juin. Selon la SAMAC, plusieurs centaines de milliers de passagers doivent transiter par la plateforme durant l’été, avec un trafic annoncé supérieur à celui de l’année précédente. Les compagnies aériennes, les assistants en escale, la Police aux frontières, les Douanes et les équipes aéroportuaires ont donc renforcé leur coordination.

Cette mobilisation répond à un besoin opérationnel évident. Elle touche aussi à l’image du territoire. Pour certains voyageurs, l’aérogare constitue le premier contact concret avec la Martinique. Pour d’autres, elle marque le retour au pays, les retrouvailles familiales ou le départ après plusieurs semaines sur l’île. Dans ces moments chargés d’émotion, l’accueil ne se limite pas à faire avancer une file.

Aéroport Martinique Aimé Césaire

L’hospitalité martiniquaise se joue aussi dans l’orientation

Depuis le 9 juillet, une dizaine de saisonniers reconnaissables à leurs polos orange accompagnent les passagers au départ comme à l’arrivée. Leur mission paraît simple : indiquer un comptoir, expliquer un parcours ou orienter vers le bon service. Pourtant, dans une aérogare sous pression, cette présence humaine peut éviter beaucoup de confusion.

À l’Aéroport Martinique Aimé Césaire, préserver l’hospitalité revient donc à ne pas laisser un voyageur seul face aux procédures. Une famille avec de jeunes enfants, une personne âgée ou un passager ayant besoin d’assistance ne vit pas le rush comme un habitué des déplacements aériens. La qualité de l’accueil se mesure alors à la clarté des informations et à la capacité de rassurer.

Quatre heures d’avance pour voyager plus sereinement

Pour les vols internationaux, les passagers sont invités à se présenter au moins quatre heures avant le départ. Ce délai doit permettre d’effectuer l’enregistrement, les contrôles de sûreté et les formalités de police aux frontières sans précipitation excessive.

Avant de rejoindre l’Aéroport Martinique Aimé Césaire, chacun doit également vérifier la validité de ses documents et les règles de sa compagnie concernant les bagages. Les liquides, les appareils électroniques et les objets interdits doivent être préparés conformément aux consignes. Les voyageurs ayant besoin d’une assistance particulière sont encouragés à se signaler auprès de leur compagnie avant le départ.

Ces précautions participent à la fluidité collective. Un document manquant, un bagage non conforme ou une arrivée tardive peut ralentir plusieurs étapes du parcours et ajouter du stress à une période déjà dense.

L’accueil commence avant l’entrée dans l’aérogare

La SAMAC appelle aussi les accompagnants à respecter les zones de stationnement. L’attente sur les voies d’accès ou près des entrées et sorties des parkings peut provoquer des ralentissements importants, jusque sur la RN5.

Autour de l’Aéroport Martinique Aimé Césaire, l’expérience dépend donc des comportements de chacun. Utiliser les parkings dédiés, préparer les bagages et arriver suffisamment tôt aide les équipes à mieux accompagner les voyageurs. L’hospitalité devient une responsabilité partagée entre l’institution, les professionnels et le public.

Aéroport Martinique Aimé Césaire

Moderniser sans déshumaniser

La SAMAC souligne les investissements réalisés ces dernières années pour améliorer le parcours passager. Les équipements ne suffisent toutefois pas à créer un accueil réussi. Une signalétique claire, des procédures maîtrisées et des infrastructures adaptées prennent tout leur sens lorsqu’elles sont complétées par une présence humaine attentive.

Le rush estival constitue ainsi un test grandeur nature pour l’Aéroport Martinique Aimé Césaire. Il mesure sa capacité à absorber un trafic dense, tout en préservant une manière martiniquaise de recevoir : expliquer, orienter et accompagner. Dans un lieu où tout le monde semble pressé, l’hospitalité se reconnaît parfois à un geste simple : ne laisser personne chercher seul son chemin.

Pour un vol international, la SAMAC recommande d’arriver à l’Aéroport Martinique Aimé Césaire au moins quatre heures avant le départ. Ce délai permet d’anticiper l’enregistrement, les contrôles de sûreté et les formalités de police aux frontières.

Un dispositif renforcé est déployé jusqu’au 6 septembre 2026. Les équipes de l’aéroport, des compagnies aériennes, de la Police aux frontières et des Douanes sont mobilisées. Une dizaine de saisonniers en polos orange orientent également les voyageurs dans l’aérogare.

Les voyageurs doivent vérifier leurs documents, préparer leurs bagages selon les règles de leur compagnie et signaler à l’avance tout besoin d’assistance. Les accompagnants doivent utiliser les parkings dédiés afin de ne pas encombrer les voies d’accès et la circulation vers la RN5.

À Sainte-Lucie, lors de la 51e réunion des chefs de gouvernement de la CARICOM, Dr Hyginus « Gene » Leon, directeur exécutif du DBRP/The Nature Bank, a présenté, au cours d’un événement parallèle consacré aux réparations, une idée ambitieuse : utiliser la justice réparatrice pour repenser le développement caribéen. Ici, elle ne désigne pas uniquement une compensation financière. Elle vise à reconnaître les conséquences de l’esclavage et de la colonisation, à réparer les dommages et à transformer les mécanismes qui continuent à les reproduire.

Quatre richesses pour mesurer le développement

Le développement est souvent évalué à travers la croissance, les investissements et les infrastructures. Cette lecture reste incomplète. Une économie peut construire des routes, des ports ou des hôtels tout en affaiblissant ses ressources naturelles, sa population ou ses institutions. La réflexion repose sur quatre formes de richesse. Le capital produit comprend les infrastructures, les entreprises et les ressources financières. Le capital naturel réunit les sols, les forêts, l’eau, les récifs et le climat. Le capital humain englobe la santé, l’éducation, les compétences et la dignité. Enfin, le capital sociétal concerne les institutions, la cohésion et la confiance.

justice réparatrice

Le progrès suppose que ces quatre richesses avancent ensemble. Lorsqu’une forme de capital se développe en détruisant les autres, la croissance devient fragile. Un territoire peut afficher de bons résultats économiques tout en épuisant les bases qui rendent cette prospérité possible.

justice réparatrice

Une erreur économique vieille de cinq siècles

La justice réparatrice prend ici une dimension plus large. Elle part d’un constat historique : pendant des siècles, le système économique a donné un prix aux biens produits tout en réduisant les personnes et la nature à des ressources disponibles. La loi britannique d’abolition de 1833 illustre cette logique. Plus de 800 000 personnes réduites en esclavage ont été libérées. Pourtant, les 20 millions de livres mobilisés ont indemnisé les propriétaires, tandis que les personnes libérées n’ont reçu aucune compensation. La valeur financière de la propriété a été reconnue ; celle de la vie humaine est restée absente du bilan.

justice réparatrice

Cette logique d’extraction n’a pas entièrement disparu. Le cacao produit au Ghana et en Côte d’Ivoire alimente une industrie mondiale, alors que les producteurs et les territoires d’origine ne conservent qu’une faible part de la valeur créée. Les revenus restent bas, les forêts reculent et l’essentiel des profits se concentre ailleurs.

justice réparatrice

Réparations, climat et inégalités : une même racine

Les réparations liées à l’esclavage, les pertes et dommages climatiques et la lutte contre les inégalités sont souvent traitées séparément. Pourtant, ces enjeux reposent sur une même erreur : ne compter qu’une partie de la richesse réelle. Dans la Caraïbe, cette contradiction est visible. Une mangrove peut être détruite pour rendre un projet rentable à court terme. Sa capacité à protéger les côtes, à limiter les dégâts d’une tempête ou à soutenir la pêche n’apparaît pas toujours dans le calcul initial. Lorsque la catastrophe survient, le territoire doit financer la reconstruction, souvent par la dette. La valeur de la nature est ignorée au départ, puis son absence devient une facture collective.

justice réparatrice

La justice réparatrice relie ainsi mémoire, économie et environnement. Elle pose une question concrète : comment réparer une injustice historique sans reproduire les mêmes déséquilibres dans les décisions présentes ?

justice réparatrice

Secourir, reconstruire et transformer

Trois étapes structurent la justice réparatrice : secourir, reconstruire et repositionner. La première répond aux urgences immédiates. La deuxième restaure ce qui a été perdu. La troisième transforme les règles afin que les dommages ne se répètent pas. Cette dernière étape est décisive. Reconstruire une maison sur la même faille revient à préparer son prochain effondrement. De même, une compensation dispersée dans des projets isolés peut produire des résultats temporaires sans corriger les causes profondes de la vulnérabilité.

justice réparatrice

La justice réparatrice pourrait donc financer des investissements complémentaires : éducation, santé, protection des écosystèmes, infrastructures résistantes, institutions solides et économies capables de conserver davantage de valeur dans les territoires caribéens. L’objectif serait de compenser une perte tout en rendant sa répétition moins probable.

justice réparatrice

Trois changements possibles pour la CARICOM

La justice réparatrice ouvre trois pistes pour la région. D’abord, chaque grande décision publique ou financière pourrait mesurer ce qu’elle crée et ce qu’elle détruit dans les quatre formes de richesse. Ensuite, les réparations pourraient être organisées comme un portefeuille cohérent de reconstruction et de transformation. Enfin, les coûts humains et environnementaux pourraient être intégrés dans l’évaluation des projets, des prêts et des investissements.

La justice réparatrice déplacerait ainsi le débat. Pour la Caraïbe, réparer le passé pourrait devenir une manière de protéger l’avenir, en donnant enfin une valeur égale aux personnes, à la nature, aux institutions et aux infrastructures.

Dans ce contexte, la justice réparatrice désigne une démarche visant à reconnaître et à réparer les conséquences durables de l’esclavage et de la colonisation. Elle ne se limite pas au versement d’une compensation financière : elle cherche aussi à investir dans les populations, les institutions, l’environnement et l’économie afin que les mêmes inégalités ne continuent pas à se reproduire.

Les quatre richesses sont le capital produit, qui comprend les infrastructures et les entreprises ; le capital naturel, comme les forêts, les récifs et l’eau ; le capital humain, qui englobe la santé, l’éducation et les compétences ; et le capital sociétal, fondé sur les institutions, la confiance et la cohésion. Un développement durable suppose de faire progresser ces quatre capitaux ensemble, sans enrichir l’un en détruisant les autres.

Elle pourrait permettre de financer un ensemble cohérent d’actions dans l’éducation, la santé, la protection des écosystèmes, la résilience climatique et les infrastructures. Elle suppose aussi d’intégrer les coûts humains et environnementaux dans les décisions financières et de mesurer ce que chaque projet crée ou détruit. Ces orientations ont été présentées comme des propositions à la CARICOM, et non comme des décisions déjà adoptées.