À l’Orangerie du Sénat, Man Mélé ! a pris une dimension que Cécile Vernant ne pouvait pas entièrement prévoir avant l’ouverture des portes. Au fil des journées, l’exposition est devenue un espace de rencontres, de conversations et d’échanges entre artistes et visiteurs. Autour des œuvres ont circulé la Martinique, la nature, mais aussi des souvenirs, des cultures et des sensibilités venues de bien au-delà de l’île.
Le calme avant l’arrivée du public
Chaque matin, Cécile Vernant arrivait avant l’ouverture, prévue à 11 heures. Le jardin était calme. Elle croisait les joggeurs, observait les groupes de taï-chi entre les marronniers et profitait de l’odeur des fleurs. Elle aimait ce « calme avant la tempête ». Quelques heures plus tard, l’ambiance changeait. Cécile Vernant estime que l’Orangerie, d’environ 600 m², pouvait accueillir des pics de 400 visiteurs en trois à quatre heures. La journée la plus fréquentée aurait réuni 1 000 visiteurs.
Les trois salles étaient séparées par des cloisons, mais leur disposition incitait naturellement le public à passer d’un univers à l’autre. Elle estime également qu’environ 80 % des visiteurs étaient étrangers durant cette période.
Trois artistes, trois univers, une même nature
Cécile Vernant partageait l’Orangerie avec Anne Morgann et Shingiiiiii. Chacun présentait une exposition individuelle au sein d’une expérience collective. La nature constituait leur point commun. Avec Shingiiiiii, un lien s’est dessiné autour des volcans : la Montagne Pelée pour elle, le Mont Fuji et les volcans d’Hawaï pour lui. Ce rapprochement résonnait aussi avec l’usage qu’elle fait du papier d’art japonais dans ses photographies et ses tirages mutants.
Avec Anne Morgann, le dialogue se nouait davantage autour de la lumière et de la frontière entre la figuration et l’abstraction. Chaque matin, Cécile Vernant allait voir ses œuvres ; L’Heure d’or était devenue un rituel. Les deux artistes se sont encouragées, conseillées et ont parfois dirigé les visiteurs vers la salle de l’autre.
Une exposition qui change avec la lumière
Sous la verrière, la lumière évoluait au fil des heures. Des rayons traversaient parfois les fenêtres et venaient animer les œuvres. Avant l’exposition, Cécile Vernant avait observé la salle à différents moments de la journée. Elle a ensuite ajusté l’emplacement de certains tableaux en fonction de la lumière. Dans les derniers jours, elle a imaginé un espace « Atelier », avec plusieurs œuvres posées au sol. Les céramiques étaient installées dans des filets de pêche, en référence à la senne et aux prises ramenées à terre. Cette mise en scène lui permettait aussi d’évoquer la dimension collective et patrimoniale de cette pratique.
Les visiteurs au cœur de « Man Mélé ! »
Certaines rencontres ont particulièrement marqué Cécile Vernant. Un visiteur nonagénaire, ancien peintre à Montmartre, s’est approché d’un tableau et l’a senti. Il a alors affirmé qu’il avait été verni un an auparavant. Son intuition était juste. L’expérience a été renouvelée avec d’autres œuvres, avec la même précision. Une petite fille de cinq ou six ans s’est, elle, installée devant un tableau de 10 × 10 cm et semblait ne plus vouloir le quitter. Touchée par son attention, Cécile Vernant a choisi de le lui offrir.
Autre moment fort : une jeune cantatrice brésilienne a interprété un air d’opéra a cappella devant les toiles d’Anne Morgann. La scène a profondément ému les artistes, jusqu’aux larmes.
Quand la Martinique entre dans les conversations
Parmi les nombreux échanges suscités par Man Mélé !, certaines rencontres ont particulièrement marqué Cécile Vernant. La diaspora caribéenne a notamment occupé une place singulière dans ces conversations. Des visiteurs installés à Paris, en région parisienne ou plus loin encore sont venus avec leurs propres souvenirs et leur propre lien à la Caraïbe.
Une Martiniquaise vivant à New York est ainsi venue avec sa fille, tandis qu’un visiteur haïtien, attiré par le titre aperçu sur l’affiche, a rapidement fait glisser la conversation des tableaux vers d’autres références caribéennes : le djon djon, Tabou Combo ou Haitian Troubadour. Cécile Vernant raconte aussi que certains visiteurs ayant déjà séjourné en Martinique partageaient avec elle leurs souvenirs de l’île, tandis que d’autres la découvraient à travers ses œuvres.
Quand Man Mélé ! prend tout son sens
Peu avant l’exposition, Cécile Vernant a dû composer avec plusieurs imprévus. Une grande céramique murale, prévue pour Man Mélé !, s’est brisée pendant le tremblement de terre de mai alors qu’elle séchait au sol.
À Paris, elle a alors créé une œuvre sur papier à partir d’un tirage mutant unique. Faute de cadre adapté à ses dimensions, elle l’a simplement épinglée au mur, sans encadrement. Ces contretemps ont donné au titre Man Mélé ! une résonance très concrète : « je suis dans le pétrin », l’une des significations que Cécile Vernant donne à l’expression. Comme si, presque malgré elle, la réalité de l’exposition avait fini par donner corps au titre.
Ce que Cécile Vernant retient de Man Mélé !
Le bouche-à-oreille s’est fait naturellement. D’anciens clients sont revenus accompagnés d’amis, d’autres visiteurs ont parlé de Man Mélé ! autour d’eux, et certains liens se sont prolongés après le décrochage. De cette expérience, Cécile Vernant retient surtout les rencontres, le soutien reçu et la confiance apportée par cette sélection. Autodidacte, elle tient à préserver ce qui guide son travail : la liberté de créer sans chercher à se conformer aux attentes des autres ni renoncer à ses propres envies.
Man Mélé ! est l’exposition présentée par Cécile Vernant à l’Orangerie du Sénat à Paris. L’artiste y a développé un univers nourri par la Martinique, la nature, la lumière et les rencontres avec le public.
Selon Cécile Vernant, certains pics de fréquentation ont atteint environ 400 visiteurs en trois à quatre heures. La journée la plus fréquentée a compté jusqu’à 1 000 visiteurs.
La Martinique apparaît à travers plusieurs éléments du travail de Cécile Vernant, notamment la Montagne Pelée, la senne, la nature et les échanges avec des visiteurs liés à l’île et à la diaspora caribéenne.
La Martinique prend une nouvelle place au sein de l’Association des États de la Caraïbe. Pour 2026-2027, elle rejoint le Bureau exécutif du Comité spécial sur le développement du commerce et les relations économiques extérieures, en qualité de Rapporteur. Derrière cette fonction institutionnelle, un enjeu très concret se dessine : mieux relier transport, logistique et accès aux marchés de la Grande Caraïbe.
Sandra Casanova au cœur de cette nouvelle étape
La responsabilité sera assumée par Sandra Casanova, conseillère à l’Assemblée de Martinique et présidente de la Commission Stratégie logistique du territoire, Politique de la recherche et de l’innovation. Le Bureau exécutif réunit la République dominicaine à la présidence, la Colombie et le Guatemala aux vice-présidences, et la Martinique comme Rapporteur. Dans ce rôle, le territoire contribue notamment à formaliser les travaux du Comité et à restituer les positions et décisions issues des échanges.
Une première réunion du Bureau s’est tenue le 13 août, à l’invitation de la Direction des transports, du commerce et du développement durable de l’AEC. Elle a permis d’examiner le programme de travail et les prochaines priorités.
Du transport au commerce, une même logique
Cette désignation ne part pas de zéro. La Martinique a déjà exercé plusieurs mandats au Bureau exécutif du Comité spécial sur le transport, d’abord à la présidence puis à la vice-présidence. Le dernier s’est achevé en juin 2026. Passer du transport au commerce pourrait sembler marquer un changement de sujet. Au contraire, c’est l’idée d’une continuité. Car avant qu’un produit atteigne un marché, il doit circuler.
Transport maritime ou aérien, opérations portuaires, stockage, douane, contrôles sanitaires, documents, normes, certification, distribution: chaque étape peut faciliter ou ralentir l’accès à un marché. Pour un territoire insulaire, la compétitivité ne dépend donc pas seulement du prix d’un produit. Elle dépend aussi du coût du transport, des délais, de la fiabilité de la chaîne et de la fluidité des procédures.
Quand la proximité géographique ne suffit pas
Dans la Caraïbe, être voisin ne signifie pas automatiquement commercer facilement. Les distances peuvent être courtes, mais une marchandise doit tout de même franchir plusieurs étapes avant d’arriver chez son acheteur. L’AEC place justement le commerce, le transport et le développement durable dans une même direction de son Secrétariat. Son plan stratégique « Grande Caraïbe 2035 : un horizon partagé » considère également le commerce, les relations économiques extérieures, le transport et la connectivité comme des priorités interdépendantes.
La nouvelle fonction de la Martinique s’inscrit ainsi dans une question très concrète : comment rendre les échanges régionaux plus fluides et faciliter l’accès des entreprises aux marchés voisins ?
Caribéenne par sa géographie, européenne par son statut
Le sujet touche aussi à une singularité martiniquaise. Serge Letchimy résume cette position par une formule : la Martinique est « caribéenne par sa géographie et européenne par son statut ». Cette double appartenance peut créer des contraintes, mais la Collectivité souhaite aussi en faire un levier économique. L’objectif affiché est de mieux intégrer le territoire aux chaînes de valeur de la Grande Caraïbe, tout en poursuivant les travaux déjà engagés en matière de logistique.
Le projet européen eFTI4ALL, cité dans le communiqué, participe de cette orientation. Il porte sur la dématérialisation des informations réglementaires liées au transport de marchandises, un sujet technique qui rejoint directement la question de la fluidité des échanges.
Association des États de la Caraïbe (AEC): de la présence institutionnelle aux marchés caribéens
Créée en 1994, l’Association des États de la Caraïbe est un espace de consultation, de coopération et d’action concertée dans la Grande Caraïbe. La Martinique y siège comme membre associé. Son arrivée au Bureau exécutif du commerce renforce désormais sa présence dans un domaine directement lié aux échanges économiques. Mais un siège, à lui seul, ne transforme pas les flux commerciaux.
Le véritable enjeu commencera donc après la nomination : convertir cette présence institutionnelle en procédures plus simples, en connexions plus fiables et, surtout, en opportunités accessibles aux entreprises. C’est désormais le défi concret. La Martinique pourra-t-elle faire de sa place dans l’AEC un véritable pont entre proximité caribéenne et réalité économique ?
Pour 2026-2027, la Martinique siège au Bureau exécutif du Comité spécial sur le développement du commerce et les relations économiques extérieures de l’AEC, en qualité de Rapporteur. Elle contribue notamment à formaliser et restituer les positions et décisions issues des travaux du Comité.
La fonction de Rapporteur est assumée par Sandra Casanova, conseillère à l’Assemblée de Martinique et présidente de la Commission Stratégie logistique du territoire, Politique de la recherche et de l’innovation. Le Bureau comprend également la République dominicaine à la présidence, ainsi que la Colombie et le Guatemala aux vice-présidences.
Ce passage s’inscrit dans une continuité : le transport et la logistique conditionnent directement la capacité à commercer. Ports, transport maritime ou aérien, douanes, stockage, normes et procédures influencent les coûts, les délais et l’accès des entreprises aux marchés de la Grande Caraïbe.
Le 9 août 2026, Bélya dévoilera officiellement Adoumanman, un album de dix titres pensé comme un équilibre entre héritage bèlè et création contemporaine. Le groupe martiniquais y met en musique migration, mémoire, transmission, violences, résistance et espoir, sans détourner les yeux du présent.
Bélya : l’héritage comme point de départ
Avec Adoumanman, Bélya poursuit une idée qui traverse sa démarche artistique : rester profondément ancré dans le bèlè tout en laissant cette matière respirer avec son époque. Le groupe parle de « Bèlè Fusion » et pratique le k’bel, ou kadans bèlè, nourri notamment des rythmes du bèlè samaritain et arlésien, mais aussi des expériences de ses musiciens dans le carnaval, le gospel, le zouk ou le jazz.
Pour ce nouvel album, l’intention tient en quelques mots : « Enracinement, et ouverture aux souffles du monde ». Adoumanman porte aussi la formule « Mi Plézi dann ». L’enjeu n’est donc pas de placer la tradition sous vitrine, mais de puiser dans une richesse rythmique et musicale transmise par les anciens pour l’inscrire dans une dynamique contemporaine.
Dix titres, dix façons de regarder le présent
Les dix morceaux donnent corps à cette ambition.
– Migran suit une mère et son fils Ibrahim qui fuient leur pays vers l’Europe, traversant le désert, la mer et les dangers du voyage.
– Chape aborde une relation où les coups ont remplacé les moments de « kolé lapo » et où les proches appellent à sortir de l’engrenage.
– Zayann conduit vers le « Zayonn », les « grands bois », source d’inspiration et d’énergie créatrice de Bélya. Kokoye relie le tambour autrefois joué au danmié, la danse du même nom, à une histoire d’amitié fissurée par la rancune et la vengeance, où tambours, chants et musique ramènent la paix.
– Avriyet revisite un granbèlè de l’héritage bèlè dans une nouvelle orchestration.
– Dekolonial traverse le choc des cultures, la domination, les affrontements, la destruction, mais aussi la résistance, la résilience et les utopies à refonder.
– Lyannaj Bele prend la forme d’un medley de chants bèlè porté par la rythmique de Bélya.
– Depi Ventan rend hommage aux parents et à l’éducation transmise à l’enfant, tandis que Limina honore Lumina Sophie, héroïne de l’insurrection du Sud de 1870, et « toutes les Lumina du Monde ».
Enfin, Ich Madinina affirme l’attachement au pays Martinique dans un hymne à l’espoir, à la tolérance et au respect.
Quand le bèlè devient une matière vivante
Cette façon de raconter passe autant par les textes que par le son. Les instruments « racines » occupent une place centrale : tanboubèlè, tanboupak, doumpak et bwapitak dialoguent avec batterie, piano, basse et guitare. Les voix d’Ivy Jalta et Stella Gonis portent plusieurs titres, tandis que Bèbène et Metjo prennent le lead sur Kokoye.
La formation repose sur un ensemble où Jimmy Thomasi tient la batterie, Elizé Domergue le piano, Hervé Martini la basse, tandis que Krys Dachir et Harry Brédas sont aux guitares. Justin Lesalles, Jocelyn Bernadine, Henri Altorn et Eric Bertrand participent au socle percussif.
Ce croisement n’efface pas le bèlè. Il en fait le point d’appui. Même la disposition scénique de Bélya en dit quelque chose : les musiciens forment un demi-cercle ouvert au public, qui vient fermer le Wondi. La musique ne se limite alors plus à ce qui est joué ; elle devient relation, circulation et transmission.
Adoumanman, un nouveau chapitre pour Bélya
Adoumanman prolonge un parcours déjà marqué par Fondok, Djenm en 2010 et le single Konngo en 2023. Bélya a également porté sa musique hors de la Martinique, notamment en Guadeloupe, à Trinidad, en France, au Japon et au Sénégal. Cette circulation donne tout son sens à l’idée d’ouverture revendiquée par le groupe. Les « souffles du monde » n’éloignent pas Bélya de son socle : ils deviennent une manière supplémentaire de le faire résonner.
Avec Adoumanman, la question n’est finalement pas de choisir entre héritage et création contemporaine. Les dix titres montrent plutôt comment l’un peut nourrir l’autre. À deux jours de sa sortie officielle, l’album pose ainsi une question : comment les nouvelles générations feront-elles vivre le bèlè à leur tour ?
L’album Adoumanman de Bélya sort officiellement le 9 août 2026. Il réunit dix titres construits autour de l’héritage bèlè et de thématiques contemporaines.
Adoumanman comprend 10 titres : Migran, Chape, Zayann, Kokoye, Avriyet, Dekolonial, Lyannaj Bele, Depi Ventan, Limina et Ich Madinina.
Le bèlè constitue le socle musical de Bélya. Le groupe développe une approche contemporaine, appelée notamment « Bèlè Fusion » et k’bel ou kadans bèlè, où les rythmes et instruments bèlè rencontrent d’autres expériences musicales.
Du 11 décembre 2026 au 5 mars 2027, la liaison Martinique – Panama City sera proposée deux fois par semaine par Air France, avec un passage par Pointe-à-Pitre. Plus qu’une nouvelle destination, cette route pourrait transformer la manière dont les Martiniquais rejoignent l’Amérique centrale, l’Amérique du Sud et plusieurs territoires caribéens.
Martinique – Panama City redessine la carte du voyage
Depuis la Martinique, certaines villes du continent américain paraissent proches sur une carte et pourtant difficiles à atteindre. Pour rejoindre Quito, Lima, San José ou Tegucigalpa, les voyageurs doivent souvent composer avec des itinéraires longs et des correspondances peu pratiques. La nouvelle desserte doit réduire cette impression d’isolement. Les passagers partiront de Fort-de-France avant une étape à Pointe-à-Pitre, puis poursuivront vers Panama City. Il ne s’agit donc pas d’un vol direct, mais d’un nouvel itinéraire régional reliant les Antilles françaises à l’un des principaux points de connexion du continent américain.
Cette évolution dépasse la seule question du tourisme. Elle concerne aussi les familles, les étudiants, les professionnels, les artistes ou les entrepreneurs qui entretiennent des relations avec les espaces hispanophones et anglophones des Amériques.
Deux vols par semaine pour ouvrir de nouveaux itinéraires
La liaison sera exploitée en Airbus A320, avec 170 sièges répartis entre les cabines Business et Economy. Une connexion Wi-Fi haut débit est également annoncée à bord. Les réservations sont ouvertes, avec un tarif promotionnel aller-retour proposé à partir de 499 euros TTC, hors frais de service. Ce montant reste un prix d’appel. Il pourra varier selon les dates, les disponibilités et les conditions de réservation. Le programme demeure soumis à l’obtention des autorisations gouvernementales requises. Cette première saison de Martinique – Panama City doit donc être considérée comme une phase de lancement.
Panama City, une destination et un point de passage
L’intérêt de cette route aérienne réside dans la double fonction de Panama City. La capitale peut être visitée pour elle-même, avec son canal, son quartier historique et Panamá Viejo, site archéologique qui rappelle le rôle ancien de l’isthme dans les échanges interocéaniques. L’ensemble formé par Panamá Viejo et le district historique figure sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Panama City permet aussi de poursuivre son voyage vers d’autres territoires. Les possibilités annoncées comprennent notamment Asunción, Guatemala City, Guayaquil, Quito, Lima, Managua, Montevideo, San José et Tegucigalpa. La Havane, Georgetown, Port of Spain, Punta Cana et Saint-Domingue figurent également parmi les destinations accessibles par correspondance.
Cette nouvelle géographie peut rapprocher la Martinique de pays avec lesquels les échanges existent déjà, mais restent parfois freinés par le manque de liaisons simples. Martinique – Panama City devient ainsi une porte d’entrée vers plusieurs Amériques et offre une nouvelle alternative pour organiser certains déplacements régionaux.
Martinique – Panama City réveille une mémoire antillaise
Le lien entre les Antilles françaises et le Panama ne commence pas avec l’aviation. Il traverse l’histoire du canal et les grandes migrations de travail caribéennes du début du XXe siècle. L’Autorité du canal de Panama indique qu’environ 7 500 hommes furent recrutés en 1907 dans les îles françaises de Martinique et de Guadeloupe. Ils rejoignirent l’isthme pour participer au chantier conduit par les États-Unis. Derrière ce chiffre se trouvent des trajectoires individuelles, des familles séparées, des départs parfois définitifs et une présence antillaise qui a contribué à l’histoire moderne du Panama.
Ce mémoire donne une profondeur particulière à la nouvelle liaison. Plus d’un siècle après ces traversées, les moyens de transport ont changé, mais les circulations humaines continuent de relier les territoires caribéens au continent. La route aérienne s’inscrit ainsi dans une histoire plus ancienne que les horaires de vol et les correspondances. Elle rappelle que les sociétés caribéennes ont longtemps été façonnées par les départs, les retours, le travail et les rencontres entre les îles et les terres continentales.
Une saison test pour la Martinique
Pour Nathalie Sébastien, présidente du Directoire de la SAMAC, cette desserte doit renforcer les échanges touristiques, économiques et culturels avec les Amériques. L’ambition devra être mesurée à l’usage : prix accessibles, horaires adaptés, correspondances fluides et capacité à répondre aux besoins des voyageurs martiniquais. La première saison de Martinique – Panama City montrera si cette ouverture restera limitée à l’hiver ou si elle peut s’inscrire dans la durée. Derrière deux vols hebdomadaires se joue une question plus large : la Martinique peut-elle retrouver une place plus centrale dans les circulations caribéennes et américaines ?
La liaison Martinique – Panama City sera proposée du 11 décembre 2026 au 5 mars 2027. Air France prévoit deux vols par semaine au départ de Fort-de-France, avec un passage par Pointe-à-Pitre. Le programme reste soumis aux autorisations gouvernementales requises.
Non. Les voyageurs partiront de l’aéroport Martinique Aimé Césaire et effectueront une étape à Pointe-à-Pitre avant de rejoindre Panama City. Il est donc préférable de parler d’une nouvelle desserte aérienne plutôt que d’un vol direct.
Les correspondances annoncées permettront notamment de poursuivre vers Lima, Quito, San José, Guatemala City, Port of Spain, La Havane, Saint-Domingue et plusieurs autres villes d’Amérique centrale, d’Amérique du Sud et de la Caraïbe.
Entre les départs en vacances, les retours familiaux et l’arrivée de visiteurs, l’Aéroport Martinique Aimé Césaire traverse l’une des périodes les plus intenses de l’année. Jusqu’au 6 septembre 2026, un dispositif renforcé doit permettre d’absorber la hausse du trafic sans réduire la qualité de l’accueil. Derrière les files, les contrôles et les valises, un autre enjeu se dessine : préserver une hospitalité martiniquaise visible dès les premières minutes.
Aéroport Martinique Aimé Césaire : préserver la qualité de l’accueil pendant la haute saison
La haute saison a débuté le 26 juin. Selon la SAMAC, plusieurs centaines de milliers de passagers doivent transiter par la plateforme durant l’été, avec un trafic annoncé supérieur à celui de l’année précédente. Les compagnies aériennes, les assistants en escale, la Police aux frontières, les Douanes et les équipes aéroportuaires ont donc renforcé leur coordination.
Cette mobilisation répond à un besoin opérationnel évident. Elle touche aussi à l’image du territoire. Pour certains voyageurs, l’aérogare constitue le premier contact concret avec la Martinique. Pour d’autres, elle marque le retour au pays, les retrouvailles familiales ou le départ après plusieurs semaines sur l’île. Dans ces moments chargés d’émotion, l’accueil ne se limite pas à faire avancer une file.
L’hospitalité martiniquaise se joue aussi dans l’orientation
Depuis le 9 juillet, une dizaine de saisonniers reconnaissables à leurs polos orange accompagnent les passagers au départ comme à l’arrivée. Leur mission paraît simple : indiquer un comptoir, expliquer un parcours ou orienter vers le bon service. Pourtant, dans une aérogare sous pression, cette présence humaine peut éviter beaucoup de confusion.
À l’Aéroport Martinique Aimé Césaire, préserver l’hospitalité revient donc à ne pas laisser un voyageur seul face aux procédures. Une famille avec de jeunes enfants, une personne âgée ou un passager ayant besoin d’assistance ne vit pas le rush comme un habitué des déplacements aériens. La qualité de l’accueil se mesure alors à la clarté des informations et à la capacité de rassurer.
Quatre heures d’avance pour voyager plus sereinement
Pour les vols internationaux, les passagers sont invités à se présenter au moins quatre heures avant le départ. Ce délai doit permettre d’effectuer l’enregistrement, les contrôles de sûreté et les formalités de police aux frontières sans précipitation excessive.
Avant de rejoindre l’Aéroport Martinique Aimé Césaire, chacun doit également vérifier la validité de ses documents et les règles de sa compagnie concernant les bagages. Les liquides, les appareils électroniques et les objets interdits doivent être préparés conformément aux consignes. Les voyageurs ayant besoin d’une assistance particulière sont encouragés à se signaler auprès de leur compagnie avant le départ.
Ces précautions participent à la fluidité collective. Un document manquant, un bagage non conforme ou une arrivée tardive peut ralentir plusieurs étapes du parcours et ajouter du stress à une période déjà dense.
L’accueil commence avant l’entrée dans l’aérogare
La SAMAC appelle aussi les accompagnants à respecter les zones de stationnement. L’attente sur les voies d’accès ou près des entrées et sorties des parkings peut provoquer des ralentissements importants, jusque sur la RN5.
Autour de l’Aéroport Martinique Aimé Césaire, l’expérience dépend donc des comportements de chacun. Utiliser les parkings dédiés, préparer les bagages et arriver suffisamment tôt aide les équipes à mieux accompagner les voyageurs. L’hospitalité devient une responsabilité partagée entre l’institution, les professionnels et le public.
Moderniser sans déshumaniser
La SAMAC souligne les investissements réalisés ces dernières années pour améliorer le parcours passager. Les équipements ne suffisent toutefois pas à créer un accueil réussi. Une signalétique claire, des procédures maîtrisées et des infrastructures adaptées prennent tout leur sens lorsqu’elles sont complétées par une présence humaine attentive.
Le rush estival constitue ainsi un test grandeur nature pour l’Aéroport Martinique Aimé Césaire. Il mesure sa capacité à absorber un trafic dense, tout en préservant une manière martiniquaise de recevoir : expliquer, orienter et accompagner. Dans un lieu où tout le monde semble pressé, l’hospitalité se reconnaît parfois à un geste simple : ne laisser personne chercher seul son chemin.
Pour un vol international, la SAMAC recommande d’arriver à l’Aéroport Martinique Aimé Césaire au moins quatre heures avant le départ. Ce délai permet d’anticiper l’enregistrement, les contrôles de sûreté et les formalités de police aux frontières.
Un dispositif renforcé est déployé jusqu’au 6 septembre 2026. Les équipes de l’aéroport, des compagnies aériennes, de la Police aux frontières et des Douanes sont mobilisées. Une dizaine de saisonniers en polos orange orientent également les voyageurs dans l’aérogare.
Les voyageurs doivent vérifier leurs documents, préparer leurs bagages selon les règles de leur compagnie et signaler à l’avance tout besoin d’assistance. Les accompagnants doivent utiliser les parkings dédiés afin de ne pas encombrer les voies d’accès et la circulation vers la RN5.
À Sainte-Lucie, lors de la 51e réunion des chefs de gouvernement de la CARICOM, Dr Hyginus « Gene » Leon, directeur exécutif du DBRP/The Nature Bank, a présenté, au cours d’un événement parallèle consacré aux réparations, une idée ambitieuse : utiliser la justice réparatrice pour repenser le développement caribéen. Ici, elle ne désigne pas uniquement une compensation financière. Elle vise à reconnaître les conséquences de l’esclavage et de la colonisation, à réparer les dommages et à transformer les mécanismes qui continuent à les reproduire.
Quatre richesses pour mesurer le développement
Le développement est souvent évalué à travers la croissance, les investissements et les infrastructures. Cette lecture reste incomplète. Une économie peut construire des routes, des ports ou des hôtels tout en affaiblissant ses ressources naturelles, sa population ou ses institutions. La réflexion repose sur quatre formes de richesse. Le capital produit comprend les infrastructures, les entreprises et les ressources financières. Le capital naturel réunit les sols, les forêts, l’eau, les récifs et le climat. Le capital humain englobe la santé, l’éducation, les compétences et la dignité. Enfin, le capital sociétal concerne les institutions, la cohésion et la confiance.
Le progrès suppose que ces quatre richesses avancent ensemble. Lorsqu’une forme de capital se développe en détruisant les autres, la croissance devient fragile. Un territoire peut afficher de bons résultats économiques tout en épuisant les bases qui rendent cette prospérité possible.
Une erreur économique vieille de cinq siècles
La justice réparatrice prend ici une dimension plus large. Elle part d’un constat historique : pendant des siècles, le système économique a donné un prix aux biens produits tout en réduisant les personnes et la nature à des ressources disponibles. La loi britannique d’abolition de 1833 illustre cette logique. Plus de 800 000 personnes réduites en esclavage ont été libérées. Pourtant, les 20 millions de livres mobilisés ont indemnisé les propriétaires, tandis que les personnes libérées n’ont reçu aucune compensation. La valeur financière de la propriété a été reconnue ; celle de la vie humaine est restée absente du bilan.
Cette logique d’extraction n’a pas entièrement disparu. Le cacao produit au Ghana et en Côte d’Ivoire alimente une industrie mondiale, alors que les producteurs et les territoires d’origine ne conservent qu’une faible part de la valeur créée. Les revenus restent bas, les forêts reculent et l’essentiel des profits se concentre ailleurs.
Réparations, climat et inégalités : une même racine
Les réparations liées à l’esclavage, les pertes et dommages climatiques et la lutte contre les inégalités sont souvent traitées séparément. Pourtant, ces enjeux reposent sur une même erreur : ne compter qu’une partie de la richesse réelle. Dans la Caraïbe, cette contradiction est visible. Une mangrove peut être détruite pour rendre un projet rentable à court terme. Sa capacité à protéger les côtes, à limiter les dégâts d’une tempête ou à soutenir la pêche n’apparaît pas toujours dans le calcul initial. Lorsque la catastrophe survient, le territoire doit financer la reconstruction, souvent par la dette. La valeur de la nature est ignorée au départ, puis son absence devient une facture collective.
La justice réparatrice relie ainsi mémoire, économie et environnement. Elle pose une question concrète : comment réparer une injustice historique sans reproduire les mêmes déséquilibres dans les décisions présentes ?
Secourir, reconstruire et transformer
Trois étapes structurent la justice réparatrice : secourir, reconstruire et repositionner. La première répond aux urgences immédiates. La deuxième restaure ce qui a été perdu. La troisième transforme les règles afin que les dommages ne se répètent pas. Cette dernière étape est décisive. Reconstruire une maison sur la même faille revient à préparer son prochain effondrement. De même, une compensation dispersée dans des projets isolés peut produire des résultats temporaires sans corriger les causes profondes de la vulnérabilité.
La justice réparatrice pourrait donc financer des investissements complémentaires : éducation, santé, protection des écosystèmes, infrastructures résistantes, institutions solides et économies capables de conserver davantage de valeur dans les territoires caribéens. L’objectif serait de compenser une perte tout en rendant sa répétition moins probable.
Trois changements possibles pour la CARICOM
La justice réparatrice ouvre trois pistes pour la région. D’abord, chaque grande décision publique ou financière pourrait mesurer ce qu’elle crée et ce qu’elle détruit dans les quatre formes de richesse. Ensuite, les réparations pourraient être organisées comme un portefeuille cohérent de reconstruction et de transformation. Enfin, les coûts humains et environnementaux pourraient être intégrés dans l’évaluation des projets, des prêts et des investissements.
La justice réparatrice déplacerait ainsi le débat. Pour la Caraïbe, réparer le passé pourrait devenir une manière de protéger l’avenir, en donnant enfin une valeur égale aux personnes, à la nature, aux institutions et aux infrastructures.
Dans ce contexte, la justice réparatrice désigne une démarche visant à reconnaître et à réparer les conséquences durables de l’esclavage et de la colonisation. Elle ne se limite pas au versement d’une compensation financière : elle cherche aussi à investir dans les populations, les institutions, l’environnement et l’économie afin que les mêmes inégalités ne continuent pas à se reproduire.
Les quatre richesses sont le capital produit, qui comprend les infrastructures et les entreprises ; le capital naturel, comme les forêts, les récifs et l’eau ; le capital humain, qui englobe la santé, l’éducation et les compétences ; et le capital sociétal, fondé sur les institutions, la confiance et la cohésion. Un développement durable suppose de faire progresser ces quatre capitaux ensemble, sans enrichir l’un en détruisant les autres.
Elle pourrait permettre de financer un ensemble cohérent d’actions dans l’éducation, la santé, la protection des écosystèmes, la résilience climatique et les infrastructures. Elle suppose aussi d’intégrer les coûts humains et environnementaux dans les décisions financières et de mesurer ce que chaque projet crée ou détruit. Ces orientations ont été présentées comme des propositions à la CARICOM, et non comme des décisions déjà adoptées.
Au sommet de la CARICOM, la Martinique n’a pas seulement occupé un nouveau siège. Le 7 juillet 2026, en marge de la rencontre organisée à Sainte-Lucie, Serge Letchimy et Mia Amor Mottley ont signé un accord de coopération entre la Martinique et la Barbade. Un objectif concret se dessine : transformer la proximité caribéenne en projets suivis, financés et évalués.
Une première participation déjà tournée vers l’action
Cette signature intervient dans un moment particulier pour la Martinique. Devenue officiellement le septième membre associé de la CARICOM le 16 juin 2026, elle participait pour la première fois à une Conférence des chefs de gouvernement de l’organisation régionale. L’accord avec la Barbade donne immédiatement une dimension opérationnelle à cette nouvelle étape. Il ne s’agit plus seulement d’affirmer que la Martinique appartient à son espace caribéen. L’accord ouvre un cadre de travail bilatéral avec un voisin régional capable de partager des compétences, des expériences et des priorités communes.
Serge Letchimy résume cette ambition par une formule claire : la Martinique ne vient pas uniquement « prendre place à la table » de la CARICOM. Elle veut construire, proposer et agir. Cette volonté place la coopération au-delà du symbole diplomatique.
Neuf secteurs pour rapprocher les deux territoires
L’accord couvre neuf grands domaines : les industries culturelles et créatives, le sport, l’éducation, la formation professionnelle, la gestion des risques, la santé, le tourisme, la pêche et la facilitation des échanges commerciaux.
Cette diversité montre que la relation recherchée ne se limite pas aux institutions. Elle concerne directement les étudiants, les artistes, les sportifs, les professionnels du tourisme, les pêcheurs, les entreprises et les acteurs de la santé.
Pour la jeunesse, l’enjeu pourrait notamment passer par de nouvelles formations, des échanges de compétences ou des programmes communs. Pour les secteurs culturels, cet accord peut créer des passerelles entre deux territoires voisins qui partagent un espace régional, mais dont les langues, les administrations et les circuits économiques restent souvent séparés.
La culture comme outil de développement
La présence des industries culturelles et créatives parmi les priorités n’est pas secondaire. Elle reconnaît la culture comme un secteur économique, un moyen de circulation régionale et un espace de construction identitaire.
Entre la Martinique francophone et la Barbade anglophone, les collaborations artistiques peuvent aussi devenir une manière très concrète de réduire les distances. Musique, cinéma, patrimoine, arts visuels ou création numérique peuvent circuler plus facilement lorsque des institutions organisent les échanges, mobilisent des moyens et suivent les projets.
C’est ici que l’accord peut prendre une couleur véritablement caribéenne : non pas en effaçant les différences entre les deux territoires, mais en utilisant leurs singularités pour créer de nouvelles collaborations.
Un dispositif conçu pour produire des résultats
L’accord prévoit un Comité conjoint de coopération, coprésidé par la Barbade et la Collectivité territoriale de Martinique. Cette instance devra définir les priorités, approuver les programmes, suivre leur mise en œuvre et examiner leurs résultats. Un Secrétariat technique assurera le suivi opérationnel. Un rapport annuel devra présenter les actions réalisées, les ressources mobilisées, les indicateurs de performance, les difficultés rencontrées et le programme prévu pour l’année suivante.
Ces mécanismes constituent l’un des éléments les plus importants de l’accord. Les coopérations régionales sont souvent annoncées avec ambition, mais leur impact dépend ensuite du calendrier, des financements et de la continuité administrative. En prévoyant une évaluation régulière, la Martinique et la Barbade affichent leur volonté de rendre la relation mesurable. Et surtout, d’en rendre les effets visibles pour les populations concernées.
Cinq ans pour installer une coopération durable
Conclu pour cinq ans et renouvelable, l’accord laisse aux deux territoires le temps de construire des projets au-delà des rencontres ponctuelles. Il donne également à leur relation un cadre stable, alors que la Martinique cherche à renforcer sa place entre la Caraïbe, l’Europe, les Amériques et l’Afrique.
Le véritable test commencera désormais avec les premiers programmes retenus. Quels projets seront lancés en priorité ? Quels publics en bénéficieront directement ? La réponse permettra de savoir si cette signature marque seulement une nouvelle étape institutionnelle, ou le début d’une coopération capable de changer concrètement les échanges entre la Martinique et la Barbade.
L’accord établit un cadre de coopération dans neuf secteurs : les industries culturelles et créatives, le sport, l’éducation, la formation professionnelle, la gestion des risques, la santé, le tourisme, la pêche et la facilitation des échanges commerciaux. Il doit permettre aux deux territoires de développer des programmes communs et des projets concrets.
L’accord de coopération entre la Martinique et la Barbade est conclu pour une durée de cinq ans renouvelable. Cette période doit permettre aux deux partenaires de lancer des actions, d’en mesurer les résultats et de construire une relation durable au-delà des rencontres institutionnelles ponctuelles.
Un Comité conjoint de coopération définira les priorités, approuvera les programmes et évaluera les résultats. Un Secrétariat technique assurera le suivi opérationnel. Chaque année, un rapport commun présentera les actions réalisées, les ressources mobilisées, les difficultés rencontrées et le programme prévu pour l’année suivante.
À Sainte-Lucie, la cérémonie d’ouverture de la 51e réunion des chefs de gouvernement de la CARICOM a marqué la première participation officielle de la Martinique comme membre associé, ouvrant une nouvelle étape dans son intégration régionale.
Une première participation officielle après plusieurs années de démarches
La cérémonie d’ouverture de la 51e réunion ordinaire de la Conférence des chefs de gouvernement de la CARICOM, organisée le 5 juillet à Sainte-Lucie, a marqué une étape historique pour la Martinique. Pour la première fois, le territoire a officiellement siégé au sein de la Communauté caribéenne en qualité de membre associé, après l’entrée en vigueur de son adhésion le 16 juin 2026.
Cette participation donne une portée concrète à une trajectoire engagée depuis plusieurs années. Elle intervient après la signature, le 20 février 2025 à Bridgetown, de l’accord d’adhésion de la Martinique en qualité de membre associé, puis la ratification, par la France, de l’accord sur les privilèges et immunités de la CARICOM. Cette étape juridique a ouvert la voie à la participation officielle du territoire à cette 51e réunion des chefs de gouvernement, organisée du 5 au 8 juillet 2026 à Sainte-Lucie.
Cette séquence s’inscrit également dans une dynamique plus large d’ouverture de la CARICOM aux territoires français de la Caraïbe et de l’Amazonie. La Guyane française devrait, à son tour, franchir une étape décisive avec la signature attendue de son accord d’adhésion le 7 juillet.
Les grands défis régionaux au cœur de la 51e réunion
Réunis sous le thème « CARICOM : de la résilience au renouveau dans un monde en mutation », les chefs de gouvernement ont placé au cœur de leurs échanges les grands défis contemporains de la région : sécurité, changement climatique, intégration économique, libre circulation, sécurité alimentaire, jeunesse, coopération institutionnelle, transformation numérique et renforcement du marché unique caribéen.
Serge Letchimy : « Maintenant, il faut passer aux actes »
Pour Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique, ce moment dépasse largement la dimension protocolaire. Il constitue l’aboutissement d’un long chemin politique, institutionnel et diplomatique, mais surtout le début d’une nouvelle responsabilité régionale.
« Il a fallu beaucoup d’années pour que nous soyons acceptés à la CARICOM. Cela montre la difficulté d’appartenir à un double ensemble. Mais aujourd’hui, on y est », a-t-il déclaré à Sainte-Lucie. « Il ne s’agit pas de fêter cela comme un aboutissement. Ce n’est qu’un début. Maintenant, il faut passer aux actes. Il faut que les entreprises, les financements et les investissements viennent. »
La double appartenance comme levier stratégique pour la Martinique
Cette entrée de la Martinique au sein de la CARICOM ouvre une perspective inédite : celle d’un territoire capable d’articuler son appartenance à la République française et à l’Union européenne avec une présence plus active dans son espace géographique naturel, la Caraïbe. Pour Serge Letchimy, cette double appartenance peut devenir un levier stratégique, à condition d’être pensée comme une force et non comme une contrainte.
« Appartenir à deux marchés en même temps, le marché de la CARICOM et le marché de l’Union européenne, c’est quelque chose d’exceptionnel », a-t-il souligné. Il a également insisté sur la nécessité pour les territoires français de la Caraïbe et de l’Amazonie de mieux intégrer la nouvelle réalité du multilatéralisme régional : « Ce n’est pas la seule appartenance à l’Europe qui règle le problème. L’Europe est très loin. Aujourd’hui, les relations se régionalisent par bassin : bassin pacifique, bassin atlantique, bassin caribéen. Si vous êtes absent de cette nouvelle dimension, vous êtes en grande difficulté. »
Terrance Drew défend une Caraïbe plus forte ensemble
Pour le Premier ministre de Saint-Kitts-et-Nevis, Dr Terrance Drew, président sortant de la CARICOM, l’arrivée de la Martinique illustre la vocation profonde de l’organisation : rassembler les pays et territoires de la Caraïbe autour d’un projet d’intégration concret, au service des populations. Il a rappelé que la CARICOM repose sur une conviction fondamentale : la région est plus forte lorsqu’elle agit ensemble.
« Nous sommes convaincu que nous sommes plus forts ensemble », a-t-il affirmé. « La CARICOM a permis de créer des institutions qu’il aurait été difficile pour chaque pays de mettre en place seul, mais qui bénéficient aujourd’hui à l’ensemble de la région. »
Le Premier ministre Drew a notamment cité le Système régional de sécurité, la Banque de développement des Caraïbes et les différentes institutions régionales qui permettent aux États et territoires membres de mutualiser leurs moyens, de renforcer leur résilience et de répondre à des enjeux communs. Selon lui, l’entrée de la Martinique ouvre également des perspectives immédiates en matière commerciale, en offrant au territoire un accès plus structuré à un marché régional élargi.
Philip J. Pierre veut faire passer la CARICOM aux résultats
Cette vision rejoint le cap fixé par le nouveau président de la CARICOM, Philip J. Pierre, Premier ministre de Sainte-Lucie. Dans son discours d’ouverture, il a appelé à une CARICOM plus visible, plus opérationnelle et plus directement connectée à la vie quotidienne des citoyens. Pour lui, l’intégration régionale ne peut plus rester cantonnée aux déclarations officielles : elle doit produire des résultats concrets.
« La CARICOM doit passer des salles de conférence aux communautés, de la rhétorique à la réalité, des communiqués aux résultats », a-t-il déclaré. Il a également rappelé que les citoyens de la région attendent de la CARICOM des réponses tangibles sur la sécurité, le coût de la vie, la mobilité, l’emploi, le climat, l’énergie et les perspectives offertes aux jeunes générations.
Une intégration élargie à la Martinique et à la Guyane française
Dans ce contexte, la participation de la Martinique et l’entrée prochaine de la Guyane française donnent une portée nouvelle à l’élargissement de la CARICOM. Elles traduisent la volonté d’une Caraïbe plus intégrée, capable de dépasser les héritages institutionnels et linguistiques pour répondre à des défis communs : changement climatique, chaînes d’approvisionnement, sécurité régionale, souveraineté alimentaire, développement économique, mobilité des talents et coopération avec l’Europe, l’Afrique et les Amériques.
Transformer la reconnaissance politique en projets concrets
Pour la Martinique, l’enjeu est désormais de transformer cette reconnaissance politique en projets concrets. Serge Letchimy a évoqué la nécessité d’inventer un nouveau mécanisme économique, capable de faire de la Martinique un hub de développement et un point de connexion entre l’Afrique, les Amériques, l’Europe et la Caraïbe.
« On retrouve la maison commune qu’est la Caraïbe », a-t-il affirmé. « Une porte a été ouverte. Elle existe vraiment. Il faut maintenant l’utiliser. »
Une nouvelle page pour les territoires français de la Caraïbe
Avec la Martinique désormais autour de la table et la Guyane française appelée à rejoindre à son tour la CARICOM, une nouvelle page s’ouvre pour les territoires français de la Caraïbe. Cette évolution ne remet pas en cause leur appartenance à la France et à l’Union européenne ; elle leur donne, au contraire, une capacité supplémentaire d’action, de coopération et de projection dans leur environnement régional immédiat.
À Sainte-Lucie, le message porté par les dirigeants caribéens est clair : dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, les vulnérabilités climatiques et les recompositions économiques, la Caraïbe doit renforcer son unité, élargir ses coopérations et faire de l’intégration régionale un outil concret de développement.
Pour la Martinique, et demain pour la Guyane française, l’enjeu est désormais de faire vivre cette appartenance caribéenne dans les faits : par les échanges économiques, les projets de coopération, les mobilités, les partenariats institutionnels, les investissements et les opportunités offertes aux populations.
La Martinique est officiellement devenue membre associé de la CARICOM le 16 juin 2026. Cette entrée en vigueur a été rendue possible après la transmission, par la France, de l’instrument d’accession nécessaire à l’application de l’accord sur les privilèges et immunités de l’organisation régionale.
Ce statut permet à la Martinique de participer à certaines réunions et instances de la CARICOM, de prendre part aux discussions relevant de ses compétences et de proposer des programmes de coopération régionale. Elle peut notamment renforcer ses échanges dans des domaines comme la santé, l’éducation, le tourisme, le climat, la recherche ou la gestion des risques. Elle ne dispose toutefois pas du droit de vote et ne devient pas membre à part entière.
La réunion organisée du 5 au 8 juillet 2026 à Sainte-Lucie marque la première participation de la Martinique à la Conférence des chefs de gouvernement sous son nouveau statut officiel de membre associé. Cette présence donne une dimension concrète à son adhésion et ouvre une nouvelle phase, dans laquelle la Martinique devra transformer sa place institutionnelle en projets et coopérations visibles pour la population.
Dans la Caraïbe, une facture d’énergie trop lourde peut ralentir une entreprise. Une tempête peut couper une route, bloquer un port, fragiliser une récolte. Une crise sécuritaire peut aussi dépasser les frontières d’un seul pays. C’est dans cette réalité quotidienne que le dialogue Canada-CARICOM prend aujourd’hui une nouvelle dimension.
Réunis à Panama City, en marge de l’Assemblée générale 2026 de l’Organisation des États américains, les ministres des Affaires étrangères du Canada et de la CARICOM ont voulu donner une nouvelle force à leur partenariat stratégique. Au centre des échanges : un plan d’action tourné vers trois priorités majeures pour la région : la sécurité, le climat et l’économie.
Une coopération qui cherche des résultats concrets
Le partenariat Canada-CARICOM s’inscrit dans la continuité de l’accord stratégique lancé en 2023. Mais la réunion de 2026 marque une étape importante : les deux parties veulent désormais avancer avec un plan plus précis, plus lisible et plus mesurable.
L’objectif n’est pas seulement d’afficher une proximité diplomatique. Il s’agit de fixer des priorités, des calendriers et des mécanismes de financement capables de produire des résultats. Pour les pays caribéens, cette précision compte. La région fait face à des défis qui se croisent : coût de l’énergie, catastrophes climatiques, sécurité maritime, vulnérabilité financière, crise haïtienne. La Caraïbe ne demande pas seulement de l’aide. Elle cherche des partenaires capables de comprendre ses réalités et d’agir avec elle sur le long terme.
La sécurité, une urgence régionale
La sécurité occupe une place centrale dans ce nouveau plan Canada-CARICOM. Les ministres ont évoqué la criminalité transnationale, les gangs, les migrations irrégulières, la sécurité maritime et les flux illicites. Pour la région, ces sujets ne sont pas isolés. La mer est un lien, mais aussi une zone de vulnérabilité. Les trafics, les réseaux criminels, les cybermenaces et les crises politiques circulent parfois plus vite que les réponses institutionnelles.
Le Canada soutient déjà certaines initiatives régionales à travers le renforcement des capacités, des interventions ciblées et des partenariats opérationnels. Le nouvel enjeu est d’aller vers une réponse plus coordonnée : mieux protéger les espaces maritimes, renforcer les institutions, partager les informations utiles et limiter l’influence des réseaux criminels.
Haïti, une crise qui concerne toute la Caraïbe
Haïti occupe une place majeure dans les discussions. La crise politique, sécuritaire et humanitaire que traverse le pays a des conséquences directes sur la région. Les ministres ont notamment souligné les risques liés aux trafics de drogue et d’armes. Le soutien à la Gang Suppression Force fait partie des points abordés. Cette force doit contribuer à rétablir la sécurité sur le terrain, avec un mandat appelé à être renouvelé au Conseil de sécurité des Nations unies.
Mais la réponse ne peut pas être seulement sécuritaire. Les ministres ont aussi rappelé le droit des Haïtiens à choisir leur gouvernement. Ils soutiennent l’organisation d’élections crédibles dès que les conditions le permettront, ainsi que les efforts contre la corruption et l’impunité. Haïti apparaît comme un rappel fort : aucune stabilité caribéenne durable ne peut se construire en laissant un territoire seul face à une crise aussi profonde.
Climat et économie : deux faces d’un même défi
Le nouveau plan Canada-CARICOM relie aussi clairement climat et économie. Dans la Caraïbe, une catastrophe naturelle n’est jamais seulement un événement météorologique. Elle touche les familles, les entreprises, les routes, les écoles, les ports et les finances publiques. L’accès à une énergie fiable et abordable revient comme une priorité. Une énergie trop chère freine l’innovation et pèse sur les ménages. Une énergie plus stable peut soutenir l’industrie, les services, l’investissement et la transition vers des modèles plus durables.
Le commerce fait aussi partie de l’équation. Le programme CARIBCAN, qui donne à la majorité des produits originaires de 18 pays et territoires caribéens du Commonwealth un accès sans droits de douane au marché canadien, reste un levier important. Il rappelle que le partenariat Canada-CARICOM ne concerne pas seulement la diplomatie. Il touche aussi les débouchés économiques, les chaînes d’approvisionnement et la capacité des entreprises caribéennes à se projeter au-delà de leur marché local.
La vulnérabilité caribéenne mieux prise en compte
Un autre point essentiel du partenariat Canada-CARICOM concerne le financement. Plusieurs États caribéens sont considérés comme des pays à revenu intermédiaire. Pourtant, leur exposition aux catastrophes climatiques, aux chocs économiques et aux ruptures d’approvisionnement reste très forte. C’est l’un des grands paradoxes de la région. Sur le papier, certains pays semblent trop “avancés” pour accéder facilement à des financements concessionnels. Dans la réalité, une seule crise peut fragiliser des années d’efforts.
Les ministres ont donc insisté sur la nécessité de réformer l’architecture financière internationale. L’idée est simple : la vulnérabilité réelle des petits États doit être mieux prise en compte. Pas seulement leur revenu moyen.
Un plan à suivre de près
Les prochains mois seront importants. Les responsables doivent encore finaliser les détails du plan d’action, identifier les initiatives prioritaires, construire un calendrier de mise en œuvre et renforcer le suivi. Un dialogue de hauts fonctionnaires est prévu à l’automne pour faire avancer ce travail.
Le partenariat Canada-CARICOM ne réglera pas à lui seul les défis de la Caraïbe. Mais il dit quelque chose du moment actuel : la région veut être écoutée comme un espace stratégique, pas seulement comme une zone vulnérable. Reste maintenant la vraie question : ce nouveau plan produira-t-il des changements visibles pour les populations, les entreprises et les territoires caribéens ?
Le nouveau plan Canada-CARICOM est une feuille de route destinée à renforcer la coopération entre le Canada et la Communauté caribéenne. Il repose sur trois priorités : des économies plus résilientes, l’action climatique, et la sécurité régionale. L’objectif est de passer d’un partenariat diplomatique à des actions plus concrètes, avec des calendriers, des résultats mesurables et des mécanismes de financement durables.
Haïti occupe une place centrale parce que sa crise politique, sécuritaire et humanitaire a des conséquences sur toute la région. Les ministres ont évoqué les trafics de drogue et d’armes, le soutien à la Gang Suppression Force, mais aussi le droit des Haïtiens à choisir leur gouvernement. Pour la CARICOM, la stabilité d’Haïti reste donc un enjeu régional, pas seulement national.
Le partenariat Canada-CARICOM relie directement climat et économie. Il met en avant l’accès à une énergie fiable et abordable, le développement du commerce, le renforcement des chaînes d’approvisionnement et l’accès à des financements adaptés aux vulnérabilités des petits États caribéens. L’enjeu est de permettre à la région de mieux résister aux catastrophes naturelles, aux chocs économiques et aux crises internationales.
Exposer au Jardin du Luxembourg constitue souvent une étape majeure dans la carrière d’un artiste. Pour l’artiste Cécile Vernant, il s’agit avant tout d’une rencontre avec le public. Du 17 au 28 juillet 2026, elle présentera Man Mélé ! à l’Orangerie du Sénat, dans le cadre de l’Été du Jardin du Luxembourg. Durant douze jours, elle accueillera elle-même les visiteurs au cœur de ce lieu emblématique de la vie culturelle parisienne.
Sélectionnée à l’issue de l’appel à projets 2026, l’artiste disposera de 152 m² pour déployer son univers où peinture, photographie, dessin et céramique dialoguent librement. Après sa sélection par le Sénat, Cécile Vernant a spontanément sollicité Didier, sans contact préalable avec l’entreprise. Ce choix s’est imposé naturellement : depuis le site de production de la marque, le regard porte sur les pitons du Carbet, un paysage martiniquais qui traverse son travail au même titre que la montagne Pelée. Elle a également reçu une aide à la création de l’Académie des beaux-arts – Institut de France, attribuée par des artistes académiciens. Une reconnaissance qui l’a profondément touchée : « J’ai littéralement pleuré de joie », confie-t-elle.
Man Mélé !, plusieurs états en un seul titre
Impossible de réduire Man Mélé ! à une traduction unique. En créole martiniquais, l’expression épouse les nuances de l’émotion : elle peut signifier « je suis embêtée », lorsqu’il faut choisir parmi des dizaines d’œuvres, mais aussi « je suis chamboulée », « je suis amoureuse », « je suis mélangée » ou encore « je suis envoûtée ». Pour présenter officiellement l’exposition, l’artiste a finalement retenu cette dernière proposition : « Je suis envoûtée ! ».
Cet état d’envoûtement puise sa source dans la Martinique, territoire de l’enfance et matrice sensible de toute son œuvre. L’île affleure partout : dans la douceur de la lumière matinale, le souvenir de la pluie sur les tôles, l’entrelacs des lianes, les architectures abandonnées ou encore les paysages intérieurs nourris par la mémoire.
Peintures, dessins, photographies et céramiques s’y répondent « sans hiérarchie aucune ». Les œuvres dialoguent entre elles comme autant de cadavres exquis visuels, selon une logique intuitive où chaque création engendre la suivante. Cécile Vernant revendique une pratique instinctive, nourrie par l’écriture automatique, le dessin spontané et le modelage libre, dans le prolongement des expérimentations découvertes durant ses années de lycée à Fort-de-France.
De « Luco » à la Martinique de l’enfance
Avec Untitled Luco V, issu de la collection Enfance Caraïbes, Cécile Vernant tisse un dialogue entre Paris et la Martinique. Les « ti points, ti croix » qui traversent l’œuvre rendent hommage à Mme Mible, son enseignante en arts plastiques au lycée de Bellevue à Fort-de-France. Une professeure qui encourageait ses élèves à privilégier l’audace, l’émotion et l’instant présent, toujours prête à encourager ses élèves et à révéler le potentiel de chacun.
Le titre fait également écho au « Luco », surnom affectueux donné par les Parisiens au Jardin du Luxembourg. Une manière pour l’artiste de faire se rencontrer le lieu qui accueille Man Mélé ! et les souvenirs fondateurs de son parcours créatif. Présentée avec un passe-partout rouge vif, l’œuvre établit un pont sensible entre plusieurs géographies intimes.
Untitled Luco V n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Les titres des œuvres circulent librement entre le français, le créole, l’espagnol et le portugais. La Perla témoigne de cette porosité linguistique, nourrie autant par les voyages, les langues étudiées que par les musiques qui accompagnent l’artiste dans son processus de création.
Une peinture qui ne se livre pas d'un seul regard
Untitled N° 49 résume plusieurs caractéristiques du travail de Cécile Vernant. L’artiste y distingue une frontière abolie entre ciel et terre, une souche d’arbre coupée, le lapin d’Alice au pays des merveilles assis les pattes dans le vide, un feu de western, une colline ou encore des chutes d’eau. Autant de formes qui émergent progressivement et rappellent que chaque regard peut faire surgir un récit différent.
Au commencement, l’artiste ne sait jamais exactement quelle direction prendra la toile. Le rythme du geste et les degrés de dilution orientent la composition. L’œuvre est ensuite laissée au repos : Cécile Vernant l’observe, tourne autour d’elle et peut même la retourner avant de poursuivre son travail. Incises nettes, fondus, matière parfois travaillée avec les doigts et vernis localisés multiplient ainsi les niveaux de perception. Selon les zones, ces vernis évoquent la pluie, une roche rendue glissante par l’eau ou encore le mouvement d’un courant à la surface.
Cette démarche éclaire ce que l’artiste appelle « déconstruire la figuration ». En l’absence d’un paysage immédiatement identifiable, aucune lecture ne s’impose définitivement. Le format vertical d’Untitled N° 99 s’inscrit dans cette même recherche, nourrie par les lianes, la nature du Nord de la Martinique et certaines formes architecturales, sans jamais enfermer l’œuvre dans une interprétation unique.
Rejouer l'image, laisser la matière transformer l'œuvre
Les deux versions de Caraïbes illustrent la manière dont Cécile Vernant réinvente sans cesse ses propres créations. La première a été photographiée sous une lumière couverte ; la seconde, sous un soleil éclatant, avant d’être retravaillée à l’acrylique directement sur papier japonais. Lumière, matière et intervention manuelle font ainsi émerger deux paysages mutants à partir d’une même image.
Le papier japonais participe pleinement à cette métamorphose. Ses fibres donnent à voir le travail des artisans et révèlent ce que l’artiste appelle « l’âme du papier ». Dans Les Portes du Paradis, cette matière rejoint également une histoire plus intime. Après la disparition brutale d’un proche, Cécile Vernant reprend les arts plastiques en utilisant le matériel laissé par cette personne, qu’elle continue d’employer aujourd’hui. En céramique, elle réalise aussi des empreintes d’objets ayant appartenu à des personnes qu’elle aimait. Pour l’artiste, ces traces donnent à l’œuvre « une espèce d’âme » et font perdurer un lien qui se transforme et voyage au gré des nouvelles demeures.
Cette relation au Japon ne date pourtant pas de ce voyage effectué en 2007. Enfant, l’artiste recevait des cartes postales représentant le mont Fuji enneigé et imaginait que la neige pouvait aussi recouvrir la montagne Pelée. Son séjour dans l’archipel a renforcé ces correspondances intimes entre îles, volcans, cyclones et liens invisibles qui unissent les absents aux vivants.
Des espèces mutantes aux microformats « Méga Kiki »
Les céramiques prolongent ce goût pour la transformation et l’invention. Cécile Vernant y fait émerger des formes hybrides inspirées du monde marin. La présence récurrente des coraux trouve son origine dans un souvenir d’enfance : après les cyclones, elle recueillait dans sa chambre les fragments découverts sur le littoral, pour qu’ils ne restent pas seuls. Dans ses créations, ces éléments deviennent des espèces imaginaires, entre faune sous-marine et créatures fantastiques.
La scénographie de Man Mélé ! jouera également sur les changements d’échelle. Les microformats de la série Méga Kiki, mesurant parfois seulement 12 × 12 cm, côtoieront de grands formats. Une manière d’inviter les visiteurs à modifier constamment leur point de vue, en s’approchant ou en prenant du recul. Filets de pêche et rappels colorés ponctueront également le parcours d’exposition.
Une exposition ouverte à tous les regards
Si Cécile Vernant revendique pleinement son appartenance au champ de l’art contemporain, elle se méfie des discours qui enferment les œuvres dans une interprétation unique. Pour elle, le ressenti doit toujours conserver sa place.
Cette conviction s’est imposée au fil des rencontres. Lors d’une précédente exposition, un visiteur refusait d’entrer, affirmant ne rien connaître à l’art. « Ça tombe bien, moi non plus », lui avait-elle répondu avant de l’inviter à découvrir les œuvres. Un autre, atteint d’achromatopsie, ne décrivait pas les tableaux en couleurs mais en sensations de chaleur. Des expériences qui rappellent à l’artiste qu’il n’existe ni bon ni mauvais goût, mais une multiplicité de sensibilités.
La reconnaissance du travail de Cécile Vernant dépasse également les frontières françaises : sa photographie Paradis pour pêcheurs a été sélectionnée pour une exposition collective internationale en Crète, prévue en juillet 2026. L’artiste sera présente chaque jour à l’Orangerie du Sénat pour partager son univers et échanger avec les visiteurs.
Que verra chacun dans Man Mélé !? Cécile Vernant préfère laisser la réponse ouverte. Car, pour l’artiste, une œuvre ne se livre jamais entièrement : elle se découvre, se ressent et se réinvente au gré des regards.
Informations pratiques
Man Mélé ! se tiendra du 17 au 28 juillet 2026 à l’Orangerie du Sénat, dans le Jardin du Luxembourg, à Paris. Man Mélé ! sera ouverte tous les jours de 11 h à 20 h. L’entrée est libre par la porte Férou, au 19 bis rue de Vaugirard, dans le 6e arrondissement.
L’exposition Man Mélé ! de Cécile Vernant se tiendra du 17 au 28 juillet 2026 à l’Orangerie du Sénat, dans le Jardin du Luxembourg à Paris. Elle sera ouverte tous les jours de 11 h à 20 h. L’entrée est libre par la porte Férou, au 19 bis rue de Vaugirard, dans le 6e arrondissement.
Man Mélé ! réunira des peintures, des dessins, des photographies et des céramiques de Cécile Vernant. L’artiste y fera dialoguer plusieurs médiums, formats et langues autour de la Martinique, de la mémoire, de l’enfance et de la transformation des paysages. Le parcours comprendra notamment des tirages mutants, des œuvres verticales, des céramiques imaginaires et les microformats de la série Méga Kiki.
Pour Cécile Vernant, Man Mélé ! possède plusieurs significations. L’expression peut évoquer le fait d’être embêtée, chamboulée, amoureuse, envoûtée ou mélangée. L’artiste retient particulièrement l’idée d’envoûtement pour exprimer son attachement à la Martinique et les émotions qui traversent sa création.