Martinique – Rendez-vous aux jardins 2025 : une soirée d’art, de lien et de mémoire vivante

Rendez-vous aux jardins

À Fort-de-France, la 22ᵉ édition des Rendez-vous aux jardins a réuni artistes, acteurs culturels et citoyens autour d’un jardin réinventé. Entre installations, poésie, musique et prises de parole inspirantes, retour sur une soirée où l’art et le vivant tissent des liens inattendus.

“Créer des flux relationnels incontrôlables.”


Cette phrase tirée de l’ouvrage Que peut la littérature quand elle ne peut de Patrick Chamoiseau a traversé toute la soirée inaugurale des Rendez-vous aux jardins, organisée le 5 juin à la Direction des affaires culturelles (DAC) de Martinique.

Sous le thème national Jardin de pierre, pierre de jardin, Rendez-vous aux jardins a transformé le jardin de la Villa des Pergolas en un espace de rencontre et de création.
Artistes, architectes, institutionnels, musiciens, penseurs et grand public y ont partagé un moment rare : un temps de froissement des imaginaires où le patrimoine naturel de l’île dialogue avec les arts et les aspirations d’un monde en transformation.

Rendez-vous aux jardins

Jardins en résonance : entre création contemporaine et mémoire vivante

Le jardin de la DAC accueillait cette année un dispositif inédit, imaginé par l’agence d’architectes Habité. Inspirée des coulées de pierre de la montagne Pelée, l’installation met en scène la Pouzzolane dans un dialogue sensible avec le végétal, une scénographie appelée à évoluer au fil du temps.

Ce cadre offrait un écrin naturel aux œuvres de plusieurs artistes :

– les photographies de Jean-François Gertrude, issues du projet Les cinq sens au jardin, valorisant les jardins remarquables de l’île ;

– les sculptures d’Isaï Étifier, travaillant la matière-papier et l’argile récupérée, nées d’une expérience sensorielle au cœur de la forêt de Cap-Salomon.

“Le rapport à la pierre nous interroge sur notre ancrage, sur la transformation, dans un monde de plus en plus dématérialisé” a confié l’artiste, offrant une résonance particulière à cette édition.

Rendez-vous aux jardins
Rendez-vous aux jardins
Rendez-vous aux jardins

Soirée de rencontres : quand les arts tissent un autre récit collectif

Dès l’ouverture de la soirée, le directeur de la DAC, Johan-Hilel Hamel, a rappelé la philosophie portée par l’équipe :
“Nous avons imaginé cette soirée grâce aux textes de Patrick Chamoiseau, avec cette volonté de créer des flux relationnels incontrôlables. Ici, toutes les forces vives du territoire sont représentées. Une œuvre, un moment culturel naît toujours de la rencontre, du frottement.”

Il a également salué l’engagement de l’ensemble des équipes de la DAC, mobilisées tout au long de l’année pour faire vivre la politique culturelle sur le territoire martiniquais, et tout particulièrement dans l’organisation de cette soirée fédératrice.

Rendez-vous aux jardins

En ouverture, l’écrivain Manuel Norvat a lu un texte poétique, qui invitait à méditer sur le pouvoir symbolique de la pierre dans l’imaginaire caribéen et dans l’œuvre de Chamoiseau :
“Pierre philosophale, pierre-monde, talisman capable de déboussoler les absolus, d’ouvrir les imaginaires.”

Puis Patrick Chamoiseau lui-même a pris la parole devant un auditoire attentif :
“Le monde va connaître des bouleversements radicaux. Il nous faut repenser nos assises, nos imaginaires. Nous devons entrer dans une économie plurielle, créative, où l’art joue un rôle essentiel.”

Un appel fort à concevoir le jardin — et par extension le monde — comme un espace en perpétuelle relation créative, au-delà des clivages hérités.

Rendez-vous aux jardins

“Nous ne sommes pas uniquement des forces prises dans un système. L’art nous permet de retrouver du sens, de nous accomplir en tant qu’êtres humains” a rappelé le Préfet de Martinique en conclusion.

Rendez-vous aux jardins

Ce moment de parole a ouvert la voie à une soirée musicale, portée par le pianiste Maher Beauroy et la chanteuse Florence Bodin, qui ont livré un extrait de leur projet Insulae, hommage croisé entre la Martinique et l’Algérie.
Le public a ensuite prolongé les échanges dans les jardins illuminés, autour des œuvres, dans un esprit de rencontre conviviale et de partage.

Rendez-vous aux jardins
Rendez-vous aux jardins
Rendez-vous aux jardins

Transmission et réenchantement : le jardin comme espace d’ouverture

Rendez-vous aux jardins

Au-delà de cette soirée, les Rendez-vous aux jardins 2025 ont proposé un riche programme de 27 événements sur l’île :

– ateliers pédagogiques en milieu scolaire ;

– ateliers créatifs autour de la pierre (gravure, peinture, rocaille) ;

– balades contées dans les jardins remarquables ;

– conférences sur les pétroglyphes amérindiens et les jardins sous-marins.

L’ouverture aux jeunes publics et la mobilisation d’éco-lieux illustrent le potentiel de cette manifestation pour renouer le lien entre patrimoine naturel, mémoire culturelle et transmission intergénérationnelle.

Un catalyseur pour renouveler le lien entre arts, territoire et société

En résonance avec les propos de Patrick Chamoiseau, cette édition des Rendez-vous aux jardins en Martinique a dépassé le simple cadre patrimonial.
Elle a révélé le jardin comme un espace politique, poétique et relationnel — une scène où s’invente un autre rapport au vivant et aux autres.

En créant ce “flux relationnel incontrôlable”, la soirée du 5 juin aura permis à chacun, artiste, acteur culturel ou citoyen, de s’inscrire dans un récit commun, riche de sens et ouvert à l’inattendu.

Un terreau fertile pour imaginer, ensemble, de nouveaux horizons culturels et citoyens en Martinique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles de RK

Bassins roses et montagnes de sel blanc des marais salants du sud de Bonaire
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Bonaire : 3 700 hectares de marais salants cachent une histoire d’esclavage

À la pointe sud de Bonaire, île néerlandophone de la Caraïbe, les marais salants se déploient en bassins roses et blancs sur près de 3 700 hectares, treize pour cent de l’île entière. Cette carte postale, photographiée chaque année par des milliers de visiteurs depuis la route côtière, cache une histoire vieille de plus de cinq siècles, celle d’un sel qui a façonné l’économie de Bonaire et, pendant deux cents ans, la vie de centaines de personnes mises en esclavage. Le long de l’EEG Boulevard, qui longe le sud de Bonaire, des montagnes de sel blanc apparaissent des kilomètres avant qu’on les atteigne. Chacune contient environ 10 000 tonnes de sel pur à 99,6 %, empilées sur près de 15 mètres de haut, jusqu’à 200 000 tonnes stockées en même temps. Leur blancheur, si intense qu’elle impose de garder des lunettes de soleil à portée de main, tranche avec le

Lire la suite "
Journées européennes du patrimoine 2026
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Journées européennes du patrimoine 2026, la Martinique ouvre ses mémoires.

Le 15 septembre, à 17 heures, la salle de la Direction des affaires culturelles de la Martinique est déjà pleine. Journalistes, responsables culturels, associations, artistes et acteurs du patrimoine se retrouvent pour découvrir ce que réserve la 43e édition. À quatre jours des Journées européennes du patrimoine 2026, prévues les 19 et 20 septembre, cette conférence de presse ressemble déjà à une traversée de la Martinique, de ses cases créoles à ses phares, de Saint-Pierre aux monuments que l’on croise parfois sans vraiment les regarder. Journées européennes du patrimoine 2026, une conférence vivante Johan-Hilel Hamel, directeur des affaires culturelles de la Martinique, ouvre la rencontre sans installer de distance. Il prévient même que la soirée ne sera pas un long monologue. La parole commence rapidement à circuler. Une représentante des Trois-Îlets intervient, puis Xavier Nicolas pour la Direction de la mer, Philippe Villard pour la Fondation du patrimoine, Florence Le

Lire la suite "
cinémas caribéens
Film et vidéo
Tolotra

S3/10 – Histoires des cinémas caribéens, deux regards sur l’année 1980. Textes : Guillaume Robillard. Ciclic, 2026.

Avec ce troisième épisode, Histoires des cinémas caribéens entre dans les années 1980. Les deux premiers volets ont traversé Cuba, la Jamaïque, Trinidad-et-Tobago et la Guadeloupe, des années 1960 jusqu’à l’émergence du cinéma antillais. Cette fois, deux films réalisés la même année prennent des directions radicalement différentes. En Jamaïque, Les Enfants de Babylone explore les relations amoureuses, sexuelles et raciales avec une liberté inhabituelle. En Guadeloupe, Vivre libre ou mourir convoque plusieurs siècles d’histoire autour de la mémoire du commandant Ignace. Cet article constitue le troisième épisode d’une série de dix. Deux épisodes le précèdent et sept autres poursuivront cette chronologie des cinémas caribéens. 1980: JAMAÏQUE – LES ENFANTS DE BABYLONE (CHILDREN OF BABYLON), DE LENNIE LITTLE-WHITE Ce film est un cas à part dans le cinéma jamaïcain et, plus largement, à l’échelle des cinémas caribéens. Loin de la misère sociale des ghettos de Kingston, dans une villa à la

Lire la suite "

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

Rejoignez la liste

Rejoignez notre communauté Richès Karayib ! Inscrivez-vous à notre lettre d’information.

Vous voulez maximiser votre présence sur Riches Karayib ?

Remplir le formulaire pour commencer la demande