Chaque 28 octobre, la journée internationale du créole revient dans les calendriers. Derrière la date, il y a une histoire plus belle qu’un simple rendez-vous. Elle commence à la radio, à Sainte-Lucie, en 1983, le jour où une île a décidé de parler kwéyòl à l’antenne.

Radio St. Lucia ouvre ses micros au kwéyòl, la langue créole que les Saint-Luciens parlent au quotidien. Les programmes s’enchaînent, des heures durant. Pendant deux heures, la station se relie en direct à DBS Radio, en Dominique, l’île voisine, créolophone elle aussi. Earl Huntley, créateur de l’émission « Radio-a se sanou », est interviewé. Les voix passent d’une île à l’autre par les ondes. C’est la première journée internationale du créole. Le geste n’a rien d’anodin. Dès 1980, lors d’une consultation nationale à Sainte-Lucie, Lawrence Carrington constatait que le refus du créole allait bien au-delà de la question des médias. Prendre l’antenne, c’était déjà répondre.

Du studio au village

L’année suivante, la fête quitte les studios. En 1984, elle s’installe à Mon Repos, un petit village de la côte est. Une messe en kwéyòl l’ouvre, célébrée par le père Patrick Anthony, fondateur du Folk Research Centre. La chanteuse traditionnelle Sesenne Descartes est mise à l’honneur. En 1985, la journée gagne Fond Assau, dans le nord-est de l’île, avec un thème qui résume tout, « Kwéyòl, an lang, an pèp, an mòd lavi ». Une langue, un peuple, une manière de vivre.

À partir de 1985, la coordination passe au Folk Research Centre. La journée internationale du créole n’a plus quitté le calendrier saint-lucien. Elle a même fait naître un mois entier, Mwa Éwitaj Kwéyòl, le mois du patrimoine créole, qui prolonge Jounen Kwéyòl. Ce qui était une liaison radio est devenu une tradition de village, puis une saison.

Journée internationale du créole

Qui a lancé la journée internationale du créole ?

Ni un décret, ni un grand organisme. Un réseau d’îles, Bannzil Kréyol. Des territoires créolophones qui décident de se parler et d’agir ensemble, dont Sainte-Lucie, l’une des fondatrices. Leur idée tient en peu de mots. Défendre la langue, montrer la culture créole, la faire vivre comme langue de communication. Le 28 octobre devient le rendez-vous commun. La journée internationale du créole voyage ensuite. Elle s’installe en Haïti, aux Seychelles, à Maurice, en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, à La Réunion, puis dans les diasporas de Paris, de Londres, de Montréal et de New York.

Un créole, des créoles

Il n’existe pas un créole, mais des créoles. Le kwéyòl de Sainte-Lucie ne se parle pas comme le créole martiniquais, celui d’Haïti ou celui des Seychelles. Ils partagent une histoire, pas un dictionnaire. En Haïti, le créole est langue officielle depuis 1987. La journée internationale du créole célèbre cette famille entière, avec ses accents, ses mots et ses fiertés.

Le 28 octobre, île par île

La journée ne se vit pas de la même façon partout. À Sainte-Lucie, Jounen Kwéyòl se tient le dimanche le plus proche du 28 octobre. Cette année, c’était le 25. En Dominique, octobre est le mois du créole, jusqu’à la fête de l’Indépendance le 3 novembre. En Martinique, l’association Bannzil Kréyol et l’OMDAC d’Yves-Marie Séraline portent longtemps la journée internationale du créole, avant qu’elle devienne une semaine, puis un mois, le Mois du créole, installé depuis 2001.

Le XVIIe Colloque international des études créoles s’y tient aussi du 26 au 30 octobre. Dans l’Hexagone, le Mois Kréyol fête sa dixième édition, du 22 septembre au 6 décembre. Même date, mille manières de la vivre, et un point commun, la langue que l’on entend à la maison, au marché, à la radio.

Journée internationale du créole

Après le 28 octobre

Reste la question que pose l’écrivain Raphaël Confiant. Il craint que la journée ne sombre dans le « commémorationnisme » et que, le lendemain, « la défense et promotion de la langue créole passeront à la trappe ». Le 29 octobre, qui écrit, enseigne et diffuse encore en créole ? C’est peut-être la vraie question que pose la journée internationale du créole.

Journée internationale du créole
Les Pitons dominent la baie de Soufrière, à Sainte-Lucie.

Questions fréquentes

Elle a lieu chaque année le 28 octobre. Elle existe depuis 1983, lancée à Sainte-Lucie sous la forme d’une liaison radio entre îles créolophones.

Elle a été lancée par Bannzil Kréyol, un réseau d’îles créolophones dont Sainte-Lucie est l’une des fondatrices. Son but est de défendre la langue, de montrer la culture créole et de la faire vivre comme langue de communication.

On la célèbre en Haïti, à Sainte-Lucie, en Dominique, en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, aux Seychelles, à Maurice et à La Réunion, ainsi que dans les diasporas de Paris, Londres, Montréal et New York. À Sainte-Lucie, elle prend le nom de Jounen Kwéyòl et se tient le dimanche le plus proche du 28 octobre.

Sous l’écu du blason de la Dominique, un ruban porte une phrase en kwéyòl. « Après Bondie, c’est la Ter ». Après Dieu, la terre, ou « after God the Earth » dans la traduction anglaise officielle. Cinq mots d’un créole à base française, et une hiérarchie nette. Au rang qui suit Dieu, la Dominique a placé le sol.

« Après Bondie, c'est la Ter », un ordre des choses

« Bondie » est le bon Dieu des créoles français. « Après » place la suite immédiatement derrière. Le verbe « c’est » affirme. La phrase ne demande rien, elle constate. Elle dit ce qui compte dans une île volcanique dont l’économie repose sur l’agriculture.

Le blason l’illustre mot à mot. Deux de ses quatre quartiers montrent un arbre sur une butte de roche noire, le cocotier d’un côté, le bananier chargé de fruits de l’autre. Le noir est celui du sol volcanique. Le canoë à voile du troisième quartier rappelle la mer, le crapaud de la Dominique occupe le deuxième. La croix de l’écu renvoie au dimanche de la découverte qui a donné son nom à l’île. Deux sisserou, le perroquet national, tiennent l’ensemble. Sur le drapeau, œuvre d’Alwin Bully, la bande noire dit la même chose, la terre noire dont dépend l’agriculture.

Drapeau de la Dominique : croix tricolore jaune, noire et blanche sur fond vert, avec le perroquet sisserou au centre d'un disque rouge entouré de dix étoiles vertes
Le drapeau de la Dominique, œuvre d'Alwin Bully : sa bande noire évoque la terre.

Un blason de 1960, une devise sans signature

Le blason est conçu en 1960, l’année où Franklin Baron devient le premier Chief Minister de la Dominique, dix-huit ans avant l’indépendance de 1978. Il est enregistré en 1961 au College of Arms, à Londres. Une île encore coloniale choisit donc de se résumer par un sol, un fruit, une mer et une langue. Qui a trouvé la formule ? On l’ignore. Elle n’a pas d’auteur identifié, ce qui lui donne un air de proverbe, de ceux que l’on dit sans savoir qui les a dits en premier. Elle appartient à tout le monde, et c’est sans doute pour cela qu’elle tient.

Pourquoi la terre, et pas autre chose

Parce que la Dominique a longtemps vécu de la banane. En 1988, l’île en exporte 74 200 tonnes, pour plus de 100 millions de dollars des Caraïbes orientales. En 1999, il n’en reste que 27 776 tonnes. La production a chuté de 63 %, et la valeur des exportations de 62 %. Au milieu des années 1990, la Dominique, qui vendait plus de produits agricoles qu’elle n’en achetait, en achète désormais davantage.

La banane reste pourtant la première culture de l’île, et fait vivre, directement ou indirectement, plus d’un tiers de la main-d’œuvre. Le bananier du blason n’est donc pas un décor. Il raconte une économie, ses petits planteurs, ses années fastes et ses lendemains difficiles. La devise, elle, dit pourquoi l’île y revient toujours. Quand le marché se retire, la terre reste.

Bananiers chargés de fruits sur une pente volcanique de la Dominique, avec la mer et les montagnes dans la brume au lever du soleil
La banane reste la première culture de la Dominique.

« Après Bondie, c'est la Ter » après Maria

Le 18 septembre 2017, l’ouragan Maria rappelle ce que la phrase veut dire. Les évaluations menées ensuite estiment que 80 à 100 % des racines, des légumes, des bananes et des plantains ont été détruits. Les dommages et pertes de l’agriculture atteignent 485 millions de dollars des Caraïbes orientales, soit près de 180 millions de dollars américains. Replanter n’est pas un choix de saison. C’est la seule façon de recommencer. Depuis, la devise se lit autrement. Pour le 44e anniversaire de l’indépendance, en 2022, la presse locale y voyait un idéal, celui de prendre soin de la terre pour qu’elle prenne soin de ceux qui y vivent.

Deux agriculteurs replantant de jeunes bananiers dans une terre volcanique sur une pente de la Dominique, face à la mer et aux montagnes

Une devise dite en kwéyòl

L’anglais est la langue officielle de la Dominique. Pourtant la devise nationale est en kwéyòl, la langue née sur les plantations des XVIIe et XVIIIe siècles. Le choix a du poids. Le symbole le plus officiel de l’île parle dans la langue de ceux qui travaillaient les plantations. Il garde aussi la trace de son époque. L’alphabet standard du kwéyòl n’est fixé qu’en 1981 et 1982, lors d’ateliers à Sainte-Lucie. La devise, antérieure, conserve le « c » de « c’est », que cet alphabet a abandonné. Le blason écrit « C’est la Ter », sans le « e » final. Richès Karayib retient « terre », plus lisible pour un lecteur francophone, sans prétendre que c’est la seule graphie possible.

Que demande la terre aujourd'hui ?

« Après Bondie, c’est la Ter » ne promet rien. Elle fixe un ordre de priorités, qui a traversé l’indépendance, la chute de la banane et un ouragan. Reste une question, que chaque génération de planteurs dominiquais se pose à son tour. Que doit-on à une terre que l’on place si haut ?

Agricultrice dominiquaise accroupie dans un champ, tenant dans ses mains une poignée de terre noire, avec des bananiers et la mer en arrière-plan

Questions fréquentes

Cette formule signifie « après Dieu, la terre ». C’est la devise nationale de la Dominique, inscrite sous le blason. Le gouvernement dominiquais la traduit par « after God the Earth » et la relie à l’importance du sol dans une économie agricole.

La devise est écrite en kwéyòl, un créole à base française. L’anglais reste la langue officielle du pays. L’orthographe du blason n’est pas celle de l’alphabet standard du kwéyòl, fixé en 1981 et 1982.

Le blason a été conçu en 1960 et enregistré au College of Arms de Londres en 1961. L’auteur de la devise n’est pas identifié.

Ne-Yo, Machel Montano et Capleton monteront sur la scène de Roseau, mais Midnight Groovers, Asa Bantan et Shelly & The Signal Band y resteront aussi. Le World Creole Music Festival 2026 pose une question simple à la Dominique. Que garde-t-on de créole quand la fête devient mondiale ?

Du 23 au 25 octobre 2026, le stade de Windsor Park, à Roseau, accueillera trois soirées de musique. L’affiche officielle aligne quarante noms. Le thème de l’édition s’appelle « Pulsating Rhythms », des rythmes qui palpitent. Mais l’événement ne se lit pas comme une simple liste. Il met face à face ce qui vient d’ailleurs et ce qui appartient à l’île, sur trois nuits. Voici le programme soirée par soirée, puis ce que cette affiche raconte.

Vue sur le stade de Windsor Park, à Roseau, et sur la mer des Caraïbes depuis les hauteurs
Vue aérienne de la côte de la Dominique au coucher du soleil, entre mer et montagnes boisées

Le programme complet du World Creole Music Festival 2026

Vendredi 23 octobre

Le Jamaïcain Capleton ouvrira la marche. Il retrouvera son compatriote Skillibeng, le groupe haïtien Klass, Maurane Voyer, TK International, Midnight Groovers, Pudaz, Ridge, le duo DJ MJ & MV on the Keys, ColtonT et Ezra D’ Fun Machine. Onze noms ouvrent le festival.

Samedi 24 octobre

C’est la soirée la plus fournie, avec dix-sept noms. L’Américain Ne-Yo, voix du R&B, sera en tête d’affiche. Il sera entouré d’Alkaline, de Tabou Combo, d’Asa Bantan, de V’GHN, de Trilla G, de Full Blown, d’Extasy Band, de Reo, d’Edday, de DYP, d’Imran Nerdy, de Sedale, de Shemmy J, de Tally Boy, de Hollywood HP et d’Andrew. Dancehall, kompa, bouyon et R&B partageront la même nuit.

Dimanche 25 octobre

Machel Montano, figure de la soca de Trinité-et-Tobago, refermera le festival. Il partagera l’affiche avec la DJ sud-africaine Uncle Waffles, Fridayy, Maxi Priest, le guitariste congolais Diblo Dibala, Les Aiglons, Jean Marc Ferdinand, Shelly & The Signal Band, Gwada G, Unstoppable Shax, Nice et DJ Taffy. Douze noms concluront la dernière soirée.

Une nouveauté se glisse dans cette programmation. L’amapiano, genre né en Afrique du Sud, rejoint le bouyon, la soca, le dancehall, le reggae, la cadence-lypso, le kompa et le soukous. Le festival élargit encore sa carte musicale. Les musiciens de la Dominique occuperont chacune des trois soirées. C’est un détail simple, mais il dit beaucoup de la place que l’île se réserve chez elle.

Affiche officielle du World Creole Music Festival 2026 à Windsor Park, Roseau, avec la programmation des 23, 24 et 25 octobre
Affiche officielle du World Creole Music Festival 2026 © Dominica Festivals

1997, un festival né pour l'Indépendance

Le World Creole Music Festival 2026 prolonge une aventure née en octobre 1997. Le festival a d’abord un rôle précis. Il vient compléter les célébrations de l’Indépendance de la Dominique. Il approche aujourd’hui de ses trente ans, et s’inscrit chaque année dans le Mois du patrimoine créole.

Le stade de Windsor Park et la ville de Roseau à la tombée du jour, face à la mer

Marva Williams, directrice générale de la Discover Dominica Authority, en résume l’ambition. Depuis bientôt trois décennies, dit-elle, le festival offre « une plateforme distinctement dominiquaise où notre musique rencontre les sons de la Caraïbe et du monde ». La phrase dit l’équilibre recherché. Le festival ouvre ses portes à l’extérieur sans quitter l’île.

Cette ouverture n’est pas nouvelle. Notre récit de l’édition 2022 montrait déjà Shenseea, Sizzla, Burna Boy et Jocelyne Béroard, chanteuse de Kassav’. Notre reportage sur l’édition 2024 évoquait Damian et Stephen Marley, WizKid et Kassav’. Ces choix ont déjà nourri un débat sur la place des musiques non créoles. Ne-Yo prolonge donc une tradition plus qu’il ne la rompt, mais la question reste posée.

Cadence-lypso et bouyon, ce que la Dominique a inventé

Le bouyon est un genre né à Roseau à la fin des années 1980. Il mêle le jing ping, la cadence-lypso et des danses traditionnelles comme le bèlè et la quadrille. Il va vite et s’appuie sur les tambours, la basse et un chant scandé. Des groupes comme Windward Caribbean Kulture, Roots, Stems and Branches et First Serenade ont posé ses bases. Asa Bantan, à l’affiche le samedi, compte parmi les noms qui l’ont fait connaître hors de l’île.

La cadence-lypso a une histoire plus surprenante. Elle naît au début des années 1970 en Guadeloupe. Le chanteur dominiquais Gordon Henderson, installé là depuis 1969, y réunit des musiciens de son île au sein d’Exile One. Ils marient la cadence haïtienne et le calypso. Le genre voyage ensuite vers la Dominique, la Martinique et Haïti.

Cette histoire croisée se retrouve sur l’affiche du World Creole Music Festival 2026. Les Aiglons, groupe guadeloupéen formé en 1970 et lié à l’ère de la cadence, joueront le dimanche. Le créole n’a jamais eu de frontières nettes. Il circule entre les îles, et la Dominique en a gardé une partie.

Plusieurs artistes locaux reviennent d’une édition à l’autre. Asa Bantan, Signal Band, Midnight Groovers et First Serenade étaient déjà sur scène en 2022. Asa Bantan, TK International et Extasy Band l’étaient encore en 2024. En 2026, Midnight Groovers et TK International joueront le vendredi, Extasy Band et Asa Bantan le samedi, Shelly & The Signal Band le dimanche. Cette fidélité donne au festival une mémoire, au milieu des têtes d’affiche venues de Kingston, de Port-of-Spain ou de Kinshasa.

Tabou Combo et Diblo Dibala, deux invités qui racontent le créole

Tabou Combo est né en 1968 à Pétion-Ville, près de Port-au-Prince. Il fait partie des orchestres qui ont porté le kompa haïtien hors d’Haïti. Diblo Dibala, de son côté, a fondé Loketo dans les années 1980 puis Matchatcha en 1990. Il fait entendre un soukous congolais, une musique de guitares que le public créole connaît bien.

Le World Creole Music Festival 2026 les réunit sans les confondre. Chaque territoire garde son rythme, et la Dominique garde le sien. La Jamaïque pèsera lourd, avec Capleton, Skillibeng et Alkaline, trois noms du reggae et du dancehall. Haïti comptera deux formations, Klass et Tabou Combo. La soca sera représentée par Machel Montano, et la Guadeloupe par Les Aiglons.

Le créole, une semaine plus tard

Le calendrier officiel des 48 ans d’Indépendance place Jounen Kwéyòl le vendredi 30 octobre, avec le défilé de la tenue nationale. La Journée internationale du créole tombe, elle, le 28. Le festival de musique arrive donc une semaine avant la grande journée de la langue, du costume et de la cuisine.

Le Mois du patrimoine créole ne se résume pas au stade. Les Creole Fridays rythment octobre, les 2, 9, 16 et 23. La Heritage Day se tient le 18 à Paix Bouche. Les 20 et 21, deux concours, Madam Wob Dwiyet et Miss Wob Dwiyet, mettent à l’honneur la wob dwiyet, la robe traditionnelle de l’île. Le World Creole Music Festival 2026 n’est qu’un temps fort parmi d’autres.

Grand rocher couvert de végétation plongeant dans une eau turquoise sur la côte de la Dominique
Cascade tombant dans le bassin turquoise d'Emerald Pool, entouré de végétation tropicale, en Dominique

À Sainte-Lucie, voisine par le créole, Jounen Kwéyòl se vit le 25 octobre dans trois villages hôtes. Notre article sur le Mwa éwitaj Kwéyòl 2025 raconte cette tradition. À la Dominique, la scène de Windsor Park sera vide dès le 26. Le 30, ce sont les rues et les villages de l’île qui prendront la parole, en kwéyòl. Qui la portera ce jour-là, et dans quelle langue les enfants répondront-ils ?

Crédit photos : © Dominica Festivals (affiche officielle, photo de couverture) ·

FAQ

Le World Creole Music Festival 2026 a lieu du vendredi 23 au dimanche 25 octobre 2026, au stade de Windsor Park, à Roseau, capitale de la Dominique. Il se tient pendant le Mois du patrimoine créole et les célébrations de l’Indépendance. Les billets se réservent sur le site officiel, dominicafestivals.com.

Capleton le vendredi, Ne-Yo le samedi et Machel Montano le dimanche figurent parmi les noms les plus en vue de l’affiche. Des artistes dominiquais comme Midnight Groovers, TK International, Asa Bantan, Extasy Band et Shelly & The Signal Band complètent la programmation.

Le World Creole Music Festival est un festival de musique de trois soirées, né en 1997. Jounen Kwéyòl est la journée de la langue, du costume et de la cuisine créoles, prévue à la Dominique le 30 octobre 2026.

L’histoire des cinémas caribéens poursuit sa traversée des années 1980. Après trois épisodes consacrés aux premiers développements de plusieurs cinémas de la région, ce quatrième volet réunit deux films martiniquais et une œuvre née à Curaçao.

Du marronnage du Sang du flamboyant à la trajectoire internationale de Rue Cases-Nègres, puis à l’univers singulier d’Almacita di Desolato, trois œuvres donnent à voir des rapports différents à la mémoire, à l’oralité, à l’Afrique et aux imaginaires caribéens. Cet article constitue le quatrième épisode d’une série de dix. Les trois premiers sont déjà disponibles sur Richès Karayib et six autres poursuivront cette histoire jusqu’aux années 2020.

1981: MARTINIQUE - LE SANG DU FLAMBOYANT, DE FRANÇOIS MIGEAT

Ce film est un cas à part dans le cinéma antillais. En effet, son réalisateur est un « Métropolitain » (à savoir un homme blanc de France hexagonale qui n’avait aucune attache primordiale avec les Antilles françaises) qui épousa la comédienne martiniquaise Émilie Benoît et fut invité par le poète et homme politique Aimé Césaire à animer la première formation en audiovisuel des Antilles au SERMAC (Service Municipal d’Action Culturelle) de la ville de Fort-de-France.

À la différence de Dérives ou la femme-jardin (1977), Le Sang du flamboyant, fortement soutenu par Césaire, connut une sortie commerciale en salles et eut même l’honneur d’être projeté dans la célèbre université Columbia à New York. Il se base sur un fait historique, à savoir le « marronnage » (à l’origine, fuite d’un esclave hors de la plantation) de Monsieur Beauregard (devenu Alban dans le film) qui fit courir les gendarmes du sud de la colonie post-esclavagiste de Martinique de 1942 à 1949, ce qui en fait l’un des derniers Marrons historiques de la Caraïbe.

Ce long-métrage se caractérise par le caractère central du Nègre marron, l’un des personnages récurrents du cinéma antillais ainsi que du conteur créole traditionnel à la source de la majorité de l’intrigue dans un cinéma au cœur duquel l’oralité continue de palpiter. Par ailleurs, il est l’un des premiers films à développer une « dimension magique » dans l’intrigue qui met en difficulté le Béké (descendant de famille esclavagiste), généreusement interprété par le célèbre comédien et producteur Jacques Perrin.

La « fémifocalité » n’est pas en reste avec le personnage d’Élia (interprétée avec prestance par Émilie Benoît qui était la comédienne principale de Dérives ou la femme-jardin), « femme-debout » qui conte l’histoire du film au côté de son compagnon conteur Gélus, présence féminine qui contrevient à la tradition historique voulant que les conteurs créoles ne soient que des hommes.

cinémas caribéens
Le Sang du flamboyant de François Migeat, 1981 ©Films Molière/CINUCA – Martinique

1983: MARTINIQUE - RUE CASES-NÈGRES, D’EUZHAN PALCY

À ce jour, il s’agit bien certainement du film antillais le plus connu au Monde. Il est l’adaptation d’un des classiques de la littérature antillaise, le roman autobiographique La Rue Cases-Nègres de Joseph Zobel, un des compagnons de route du poète de la Négritude Aimé Césaire. Ce film reçut le Lion d’Argent et la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine pour Darling Légitimus (grand-mère du célèbre Pascal Légitimus du trio comique « Les Inconnus »), consacrant cinquante ans de carrière, au festival de Venise en 1983.

Par ailleurs, la réalisatrice reçut le César de la meilleure révélation en 1984. La suite du parcours de celle-ci est exceptionnelle : partie travailler à Hollywood, elle y deviendra la première femme noire à diriger des films de studio hollywoodien, avec des œuvres telles qu’Une saison blanche et sèche (1989) sur l’apartheid en Afrique du Sud et qui fit revenir Marlon Brando au cinéma, ou encore la production Walt Disney Le Combat de Ruby Bridges (1998) sur la véritable histoire de la première fille noire à avoir intégré une école d’enfants blancs dans le sud des États-Unis.

Son parcours a récemment été consacré par un Oscar d’Honneur en 2022. Quant à Rue Cases-Nègres, il fit connaître le jeune cinéma antillais à l’international, des États-Unis au Japon. En suivant le parcours du jeune José (Garry Cadenat) dans la colonie post-esclavagiste de Martinique des années 1930, c’est en fait de la condition rude des travailleurs de la canne et des relents de la période esclavagiste qu’il est question. Comme dans Coco la Fleur, candidat (1979) et Le Sang du flamboyant (1981), on retrouve la figure du conteur créole, ici en la personne du vieux Médouze, ainsi que l’influence de la Négritude.

Par ailleurs, le parcours scolaire de cet enfant indique autant son émancipation sociale que le processus d’« assimilation culturelle » par la nature des cours prodigués, la grand-mère Man Tine (Darling Légitimus), véritable incarnation de la « fémifocalité » traditionnelle du cinéma antillais, disant à son petit-fils : « Tu iras à leur école ! ». Un véritable classique des cinémas caribéens !

cinémas caribéens
Rue Cases-Nègres d’Euzhan Palcy, 1983 ©NEF Diffusion/JMJ Productions – Martinique

1986: CURAÇAO – ALMACITA DI DESOLATO, DE FELIX DE ROOY

Après un premier long-métrage tourné à Brooklyn, Désirée (1984), basé sur l’histoire vraie d’une femme qui tua son bébé parce qu’elle était persuadée qu’il était possédé par le Diable, le couple homosexuel Felix De Rooy-Norman de Palm tourne son second film sur l’île de Curaçao, dont il est originaire, en s’inspirant d’un conte caribéen. Les paysages de cette petite île néerlandaise de 444 km2 face au Venezuela, entre grotte et désert, sont le lieu d’une fusion entre rites magiques et réalité miséreuse d’un village isolé à une époque indéterminée.

Cette légende met en avant la part africaine des identités caribéennes (qu’on peut apprécier dans l’architecture du village, l’habillement des femmes, les connaissances traditionnelles transmises par l’oralité, etc.) à travers une intrigue qui raconte, par un formidable détour fictionnel, la traite négrière et l’esclavage, une histoire « inscrite dans la peau » comme le précise la voix-off du film.

Outre son caractère fictionnel plus prononcé que nombre de films caribéens qui restent attachés à une certaine réalité sociale ou historique, ce long-métrage dénote par la pluridisciplinarité de ses références nourries par le parcours de poète, d’homme de théâtre et d’artiste-plasticien (entre autres) de son réalisateur Felix De Rooy qui octroie à cette oeuvre un talentueux maniérisme qui la distingue dans les cinémas de la Caraïbe.

Peu après, le couple De Rooy-De Palm proposera un autre film surprenant : Ava & Gabriel (1990), l’une des premières grandes histoires de désir amoureux, au sein d’un trio interethnique en période coloniale (combinaison « taboue », s’il en est), de ces cinémas, teintée d’homosexualité (sujet très rare dans la région) via des personnages secondaires et doublée d’une généreuse réflexion sur les arts caribéens.

Comme dans Almacita di desolato, le tout est baigné par la musicalité du papiamento (papiamentu), langue créole née du choc entre le néerlandais, le portugais, l’espagnol, l’anglais et des mots d’origine africaine et amérindienne (Arawak), ainsi que par les croyances magico-religieuses dans un efficace réalisme magique. Peu après, ce duo au talent effusif explosera donnant à ce second film un air de précieux testament artistique.

cinémas caribéens
Almacita di Desolato de Felix de Rooy, 1986 ©Hungry Eye Pictures – Curaçao

À propos de l'auteur

Guillaume Robillard est docteur en cinéma, enseignant-chercheur, réalisateur de documentaires et spécialiste du cinéma et de la production artistique antillaise. Il est l’auteur de deux livres : Conquête de l’espace et du temps : le cinéma antillais (Éditions Jannink, “Hypothèses d’Art”, 2023) et Un cinéma décolonial : les personnages du cinéma antillais (Presses Universitaires des Antilles, “Arts et Esthétique”, 2024).

La sortie de Magma, film du réalisateur français Cyprien Vial s’inspirant fortement de l’éruption de la Soufrière de 1976 qui fit craindre l’anéantissement du chef-lieu Basse-Terre (Guadeloupe), puis de deux films réalisés par des Guadeloupéens, respectivement Fanon (Jean-Claude Barny) sur le célèbre intellectuel anticolonialiste dans sa période algérienne, et Zion, en moins d’un mois, a eu le mérite d’interpeller les médias français (Le Monde, Libération, etc.) sur le potentiel du cinéma antillais comme, plus largement, de films portant sur les outre-mer.

Série Histoires des cinémas caribéens. S3/10 est déjà disponible sur Richès Karayib. À suivre prochainement avec S5/10.

Ce lundi 14 septembre, dans le Kalinago Territory, en Dominique, le calendrier porte un nom, Community Appreciation Day. Derrière cette journée se joue quelque chose de plus vaste. Kalinago Week 2026 ne célèbre pas seulement un héritage. Elle montre comment une communauté transmet sa langue, ses savoirs et sa mémoire, tout en préparant ceux qui les porteront demain.

Le programme de Kalinago Week 2026 prend vie en Dominique

Le lancement médiatique de Kalinago Week 2026 a eu lieu le 11 septembre au Kalinago Barana Aute. Anette Sanford, première femme Kalinago Chief, Cozier Frederick, ministre chargé du Kalinago Upliftment, et Alice Charles, Kalinago Development Officer, figuraient parmi les intervenants annoncés. Le programme s’étend du 13 au 19 septembre, sous le thème Honouring Our Past, Celebrating Our Culture, Building Our Future.

Le dimanche 13 septembre a ouvert la semaine avec un service religieux et un hommage à un aîné kalinago. Ce lundi 14 septembre est consacré aux communautés. Du 14 au 18 septembre, une exposition culturelle et patrimoniale accompagne la semaine. Le 15 septembre mettra les jeunes à l’honneur avec une reconnaissance sportive du Kalinago Council. Le 16 septembre sera consacré au patrimoine et à l’histoire, avec une cérémonie traditionnelle de nomination.

Le 17 septembre donnera une place aux aînés. Le 18 septembre réunira une randonnée vers L’Escalier Tête Chien, un marché consacré à l’alimentation et à la santé, des contrôles de santé et une course sur route. Le 19 septembre, une cérémonie commémorative et une cérémonie traditionnelle de fumée refermeront la semaine. Ce calendrier mêle mémoire, bien-être, jeunesse, transmission et vie communautaire.

Kalinago Week 2026

Une culture qui ne veut pas rester derrière une vitrine

Kalinago Week 2026 prend tout son sens lorsqu’on regarde ce que les Kalinago souhaitent transmettre. Cozier Frederick décrit une culture qui vit dans la langue, la nourriture, l’artisanat, la musique, la danse, les récits, les connaissances traditionnelles et les cérémonies. Le message dépasse la conservation d’objets ou de souvenirs. Il s’agit de maintenir des pratiques dans la vie quotidienne.

Cette différence compte. Un patrimoine peut être admiré sans être pratiqué. Une culture vivante dépend de personnes capables de l’apprendre, de la transformer et de la transmettre. Dans le Kalinago Territory, les aînés portent une partie de cette mémoire, tandis que les enfants et les jeunes sont invités à comprendre pourquoi leur identité peut rester une force dans le présent.

Kalinago Week 2026
Kalinago Week 2026
Kalinago Week 2026
Kalinago Week 2026

Des aînés aux jeunes, une transmission très concrète

Le programme de Kalinago Week 2026 traduit cette idée jour après jour. Les aînés ne sont pas seulement honorés pour ce qu’ils représentent. Ils sont présentés comme des détenteurs de connaissances. Les jeunes ne sont pas seulement spectateurs. La reconnaissance sportive, les activités culturelles et les espaces de transmission leur donnent une place dans le récit collectif.

Anette Sanford incarne une évolution visible de cette histoire contemporaine. Élue en 2024, elle est devenue la première femme Kalinago Chief. Sa présence au lancement de l’édition 2026 rappelle que la transmission ne signifie pas reproduire le passé à l’identique. Une communauté peut préserver ses repères tout en faisant évoluer celles et ceux qui la représentent.

Kalinago Week 2026

Pourquoi le 19 septembre reste au cœur de la mémoire kalinago ?

Kalinago Week est liée à un épisode précis de l’histoire de la Dominique. Le 19 septembre 1930, une confrontation entre des habitants du territoire et la police coloniale, venue rechercher des marchandises considérées comme issues de contrebande, a fait deux morts parmi les Kalinago. La Division of Culture de Dominique rappelle que cette date est commémorée chaque année autour d’une semaine d’activités.

Depuis 1981, cette commémoration est devenue un espace de rassemblement, de mémoire et de fierté. En 2026, la cérémonie du 19 septembre donne une profondeur à la semaine. Elle ne clôt pas simplement un programme culturel. Elle relie les activités d’aujourd’hui à une histoire de résistance, de dignité et de continuité.

Kalinago Week 2026
Kalinago Week 2026

Kalinago Week 2026 regarde surtout vers demain

La force de Kalinago Week 2026 tient à cette tension entre mémoire et avenir. Honorer les ancêtres ne suffit pas si les savoirs ne circulent plus. Célébrer une culture ne suffit pas si les jeunes ne peuvent pas se l’approprier. En Dominique, la semaine rappelle que transmettre signifie aussi créer les conditions pour continuer.

Le dernier mot appartient donc moins au passé qu’à la génération qui arrive. Dans quelques années, les enfants présents aujourd’hui seront peut-être ceux qui raconteront, cuisineront, fabriqueront, enseigneront ou dirigeront à leur tour. La vraie question posée par Kalinago Week 2026 est simple. Que choisiront-ils de porter plus loin ?

Kalinago Week 2026 se déroule du 13 au 19 septembre 2026 dans le Kalinago Territory, en Dominique. La semaine comprend des activités consacrées à la culture, au patrimoine, aux jeunes, aux aînés, à la santé et à la transmission des traditions kalinago.

Le programme de Kalinago Week 2026 mêle mémoire, culture et vie communautaire. Il comprend notamment Community Appreciation Day, Heritage and History Day, une cérémonie traditionnelle de nomination, Senior Citizens Day, des activités autour de la santé, une randonnée, un marché et des cérémonies commémoratives le 19 septembre.

Kalinago Week 2026 permet aux Kalinago de transmettre leur culture aux nouvelles générations. La semaine met en valeur la langue, l’artisanat, l’alimentation, la musique, la danse, les récits, les connaissances traditionnelles et la mémoire collective. Elle rappelle surtout que la culture kalinago reste vivante dans la Dominique contemporaine.

Women of Dominica réunit dix femmes de générations différentes autour d’un même récit, celui du patrimoine créole de la Dominique. Le documentaire, signé par la scientifique de l’environnement devenue cinéaste Farrah La Ronde-Hutchison, sera projeté pour la première fois aux États-Unis le 5 septembre à Miami, avant une sortie plus large annoncée pour 2027. Parmi les voix réunies, celle d’Ophelia Marie, figure historique de la musique dominiquaise.

Une histoire de transmission, entre une mère et sa fille

Le projet Women of Dominica part d’une histoire de famille. En 2019, la mère de Farrah La Ronde-Hutchison a reçu le Golden Drum, une distinction dominiquaise consacrée à la préservation de la tenue traditionnelle créole. Elle portait cette responsabilité depuis plus de trente-cinq ans, transmettant à sa fille les gestes et les tissus d’un habit que peu de jeunes générations savent encore nouer aujourd’hui.

C’est cette transmission de mère en fille qui a donné à Farrah La Ronde-Hutchison l’idée d’un film sur les femmes de son île. Elle voulait raconter, à travers d’autres parcours que le sien, ce que la Dominique doit à ses gardiennes de mémoire, celles qui enseignent une danse, un chant ou une manière de coudre sans que cela figure jamais dans un livre d’histoire officiel.

aPaysage de la Dominique, l'île mise en avant dans le documentaire Women of Dominica
a© Women of Dominica – Facebook officiel

Six ans de tournage pour Women of Dominica

Scientifique de l’environnement de formation et fondatrice de l’ONG Wild Dominica Conservancy, Farrah La Ronde-Hutchison a mis six ans à tourner Women of Dominica. Le documentaire réunit dix femmes de générations différentes, chanteuses, éducatrices, écologistes ou ambassadrices culturelles, qui racontent la Dominique par leurs propres mots plutôt que par la voix d’un narrateur extérieur.

Le principe du film tient en une idée simple, laisser ces femmes parler de féminité, de mentorat et de sororité sans les réduire à un rôle unique. Le projet a d’abord été financé par une campagne de financement participatif sur Kickstarter, portée par une communauté qui a suivi le tournage pendant six ans avant de pouvoir enfin voir Women of Dominica sur grand écran.

Women of Dominica
@Women of Dominica

Ophelia Marie et neuf autres voix de la Dominique

Parmi les dix femmes réunies dans Women of Dominica figure Ophelia Marie, surnommée la marraine de la cadence-lypso, ce genre musical né en Dominique qu’elle a contribué à populariser bien au-delà de la Caraïbe francophone dans les années 1970. Le film rassemble aussi la conservationniste Jeanelle Brisbane, l’ambassadrice culturelle kalinago Miranda Langlais, l’artiste et créatrice de mode Marvlyn La Ronde et la calypsonienne Tasha Peltier.

Les six autres voix de Women of Dominica viennent élargir encore le portrait, la chanteuse et autrice-compositrice Michele Henderson, l’éducatrice musicale et responsable culturelle Pearle Christian, l’éducatrice Leandra Lander, la militante environnementale Shannon St. Hillaire, ainsi que la spécialiste des ressources naturelles Marie Jose Edwards. Ces dix parcours sont réunis sans hiérarchie apparente entre notoriété nationale et engagement plus discret. Le fil commun de Women of Dominica est moins la renommée individuelle de chacune que ce qu’elles transmettent, un savoir-faire textile, un chant, une manière de tenir debout après un ouragan.

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@Women of Dominica

Le kwéyòl et la résilience au cœur du récit

Cette dernière dimension traverse tout le film. La Dominique, comme une grande partie de l’arc caribéen, vit avec la mémoire de catastrophes naturelles récurrentes, et Women of Dominica choisit de raconter la résilience communautaire à hauteur de femmes plutôt qu’à travers des statistiques.

Le documentaire s’attarde aussi sur le kwéyòl, le créole à base française toujours parlé sur l’île malgré son statut anglophone officiel, ainsi que sur la cuisine et les paysages qui accompagnent le tournage, dont le sentier de la réserve naturelle de Morne Diablotin. Ce point linguistique rappelle que la Dominique, souvent rangée dans la Caraïbe anglophone, reste aussi une terre créole, un point commun qu’elle partage avec ses voisines francophones, la Martinique et la Guadeloupe.

Où voir Women of Dominica ? La première à Miami le 5 septembre

Women of Dominica doit être projeté le samedi 5 septembre à Miami, au Silverspot Cinema, dans le cadre de l’Urban Film Festival. Le festival fête cette année sa onzième édition pendant le week-end de Labor Day, avec près de deux cents films indépendants présentés entre le quartier historique d’Overtown et le centre-ville de Miami.

Ce sera la première projection publique de Women of Dominica aux États-Unis, avant la sortie plus large annoncée pour 2027. Historic Overtown, quartier longtemps surnommé le Harlem du Sud pour son rôle central dans la vie culturelle afro-américaine de Miami avant d’être fragilisé par des décennies de rénovation urbaine, n’est pas un simple décor pour le festival. C’est dans ce même quartier que s’ouvre chaque année sa programmation, avant que les projections ne se poursuivent au centre-ville.

Une île encore peu montrée à l'écran

En attendant la sortie annoncée pour 2027, Women of Dominica pose une question simple à qui a grandi loin de son île, ou même sur elle, ce que l’on choisit de transmettre quand on a soi-même reçu un habit, un chant ou une leçon de résistance. Peu de documentaires ont jusqu’ici donné la parole aux Dominiquaises elles-mêmes sur ce que représente leur île, ce qui fait de ce film une première étape avant, peut-être, d’autres récits du même genre.

Women of Dominica est un documentaire réalisé par Farrah La Ronde-Hutchison qui réunit dix femmes dominiquaises de générations différentes autour de la transmission, du patrimoine créole et de la résilience face aux catastrophes naturelles. Le tournage s’est étalé sur six ans.

Women of Dominica est projeté le samedi 5 septembre 2026 à Miami, au Silverspot Cinema, dans le cadre de l’Urban Film Festival. Il s’agit de sa première projection publique aux États-Unis, avant une sortie plus large annoncée pour 2027.

Parmi les dix femmes figurent la chanteuse Ophelia Marie, surnommée la marraine de la cadence-lypso, la conservationniste Jeanelle Brisbane, l’ambassadrice culturelle kalinago Miranda Langlais, l’artiste et créatrice de mode Marvlyn La Ronde et la calypsonienne Tasha Peltier.

À la Barbade, deux bras de bronze s’élèvent, les poignets encore entourés de chaînes brisées. Le sculpteur Karl Broodhagen a donné à cette figure une puissance immédiatement lisible : celle d’un corps qui refuse désormais l’asservissement. Souvent appelée statue de Bussa, l’œuvre est devenue l’un des symboles les plus visibles de l’émancipation sur l’île. À l’approche du 1er août, cette image rappelle que l’Emancipation Day ne se résume pas à un jour férié. Dans plusieurs anciennes colonies britanniques de la Caraïbe, la date ouvre un espace de mémoire. Elle invite à regarder les résistances, les souffrances et les libertés conquises, mais aussi ce que les sociétés actuelles choisissent d’en transmettre.

Emancipation Day : que commémore réellement le 1er août ?

Le Slavery Abolition Act a été adopté par le Parlement britannique en 1833 et est entré en vigueur le 1er août 1834. Pourtant, cette date n’a pas signifié une liberté complète pour tous. Une grande partie des personnes anciennement réduites en esclavage a été soumise à un système d’« apprentissage », qui les maintenait au travail auprès de leurs anciens maîtres.

Ce régime a pris fin en 1838 dans les colonies britanniques concernées. Cette chronologie est essentielle. Elle rappelle que l’abolition juridique et l’exercice réel de la liberté ne coïncident pas toujours. Emancipation Day porte donc une histoire plus complexe qu’une simple rupture entre esclavage et liberté.

Emancipation Day

À la Barbade, Bussa incarne la résistance

La statue dite de Bussa renvoie à la révolte qui éclata à la Barbade en avril 1816. Les Archives nationales britanniques la décrivent comme une insurrection organisée par des femmes et des hommes réduits en esclavage. Bussa, lui-même esclave, en est devenu l’une des figures majeures.

À la Barbade, Emancipation Day met également en lumière les résistances qui ont précédé l’abolition. Le monument ne raconte donc pas seulement une décision prise à Londres. Il replace l’action caribéenne au centre du récit. Les chaînes brisées rappellent que les personnes asservies ne furent pas de simples bénéficiaires d’une décision impériale. Elles ont contesté le système, organisé des révoltes et défendu leur propre vision de la liberté.

Emancipation Day

En Jamaïque, la liberté regarde vers le ciel

À Kingston, l’Emancipation Park accueille Redemption Song, une sculpture de Laura Facey inaugurée en 2003. Deux figures noires en bronze, une femme et un homme, se tiennent nues et regardent vers le ciel. L’artiste a voulu représenter une élévation après les violences de l’esclavage. En Jamaïque, Emancipation Day trouve ainsi une expression contemporaine dans l’espace public. L’œuvre ne cherche pas à reproduire une scène historique. Elle propose plutôt un langage symbolique fait de corps, d’eau et de regard. Dans un parc fréquenté au cœur de la capitale, l’émancipation n’est plus seulement un chapitre de manuel : elle devient une présence quotidienne.

Emancipation Day

En Dominique, le Neg Mawon rappelle la liberté conquise

À Roseau, le monument du Neg Mawon rend hommage aux marrons et à ceux qui résistèrent au système esclavagiste. Le gouvernement dominiquais l’a présenté comme un lieu destiné à rappeler leur rôle dans la lutte pour la liberté. En Dominique, Emancipation Day rappelle que l’histoire de la liberté s’est aussi construite par le marronnage et la résistance. Le symbole affirme que l’émancipation commence avant 1834. Elle se construit aussi dans les départs vers les montagnes, les communautés marronnes, les refus et les affrontements. Cette mémoire dialogue avec des lieux associés à l’histoire de l’esclavage, comme l’ancien marché de Roseau.

Emancipation Day

Une même date, plusieurs mémoires caribéennes

La Barbade, la Jamaïque et la Dominique commémorent une histoire liée à l’Empire britannique, mais elles ne la racontent pas de la même manière. L’une met en avant une révolte et ses héros. L’autre confie à l’art contemporain le soin d’exprimer la libération. La troisième insiste sur la mémoire marronne et les lieux de résistance. Cette diversité évite de réduire la Caraïbe à un récit unique. Emancipation Day devient alors un point de rencontre entre des histoires territoriales distinctes. Les monuments, les cérémonies, les conférences, la musique et les rassemblements communautaires prolongent cette mémoire au-delà des archives.

Le véritable enjeu reste cependant la transmission. Emancipation Day ne conserve sa force que si la commémoration permet de comprendre ce qui a été aboli, ce qui a survécu et ce qui continue d’influencer les sociétés caribéennes. Lorsque les cérémonies du 1er août s’achèvent, quelle place cette histoire garde-t-elle dans la vie et les questions des nouvelles générations ?

L’Emancipation Day commémore l’abolition de l’esclavage dans plusieurs anciennes colonies britanniques. Il est principalement célébré le 1er août dans différents territoires caribéens.

Le 1er août correspond à l’entrée en vigueur du Slavery Abolition Act en 1834. Toutefois, le système d’« apprentissage » a maintenu de nombreuses personnes anciennement esclavisées dans une forme de travail contraint jusqu’en 1838.

L’Emancipation Day est célébré à travers des cérémonies, des activités culturelles, des conférences et des rassemblements communautaires. Des monuments comme la statue de Bussa à la Barbade ou Redemption Song en Jamaïque contribuent également à transmettre cette mémoire.

À Sainte-Lucie, lors de la 51e réunion des chefs de gouvernement de la CARICOM, Dr Hyginus « Gene » Leon, directeur exécutif du DBRP/The Nature Bank, a présenté, au cours d’un événement parallèle consacré aux réparations, une idée ambitieuse : utiliser la justice réparatrice pour repenser le développement caribéen. Ici, elle ne désigne pas uniquement une compensation financière. Elle vise à reconnaître les conséquences de l’esclavage et de la colonisation, à réparer les dommages et à transformer les mécanismes qui continuent à les reproduire.

Quatre richesses pour mesurer le développement

Le développement est souvent évalué à travers la croissance, les investissements et les infrastructures. Cette lecture reste incomplète. Une économie peut construire des routes, des ports ou des hôtels tout en affaiblissant ses ressources naturelles, sa population ou ses institutions. La réflexion repose sur quatre formes de richesse. Le capital produit comprend les infrastructures, les entreprises et les ressources financières. Le capital naturel réunit les sols, les forêts, l’eau, les récifs et le climat. Le capital humain englobe la santé, l’éducation, les compétences et la dignité. Enfin, le capital sociétal concerne les institutions, la cohésion et la confiance.

justice réparatrice

Le progrès suppose que ces quatre richesses avancent ensemble. Lorsqu’une forme de capital se développe en détruisant les autres, la croissance devient fragile. Un territoire peut afficher de bons résultats économiques tout en épuisant les bases qui rendent cette prospérité possible.

justice réparatrice

Une erreur économique vieille de cinq siècles

La justice réparatrice prend ici une dimension plus large. Elle part d’un constat historique : pendant des siècles, le système économique a donné un prix aux biens produits tout en réduisant les personnes et la nature à des ressources disponibles. La loi britannique d’abolition de 1833 illustre cette logique. Plus de 800 000 personnes réduites en esclavage ont été libérées. Pourtant, les 20 millions de livres mobilisés ont indemnisé les propriétaires, tandis que les personnes libérées n’ont reçu aucune compensation. La valeur financière de la propriété a été reconnue ; celle de la vie humaine est restée absente du bilan.

justice réparatrice

Cette logique d’extraction n’a pas entièrement disparu. Le cacao produit au Ghana et en Côte d’Ivoire alimente une industrie mondiale, alors que les producteurs et les territoires d’origine ne conservent qu’une faible part de la valeur créée. Les revenus restent bas, les forêts reculent et l’essentiel des profits se concentre ailleurs.

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Réparations, climat et inégalités : une même racine

Les réparations liées à l’esclavage, les pertes et dommages climatiques et la lutte contre les inégalités sont souvent traitées séparément. Pourtant, ces enjeux reposent sur une même erreur : ne compter qu’une partie de la richesse réelle. Dans la Caraïbe, cette contradiction est visible. Une mangrove peut être détruite pour rendre un projet rentable à court terme. Sa capacité à protéger les côtes, à limiter les dégâts d’une tempête ou à soutenir la pêche n’apparaît pas toujours dans le calcul initial. Lorsque la catastrophe survient, le territoire doit financer la reconstruction, souvent par la dette. La valeur de la nature est ignorée au départ, puis son absence devient une facture collective.

justice réparatrice

La justice réparatrice relie ainsi mémoire, économie et environnement. Elle pose une question concrète : comment réparer une injustice historique sans reproduire les mêmes déséquilibres dans les décisions présentes ?

justice réparatrice

Secourir, reconstruire et transformer

Trois étapes structurent la justice réparatrice : secourir, reconstruire et repositionner. La première répond aux urgences immédiates. La deuxième restaure ce qui a été perdu. La troisième transforme les règles afin que les dommages ne se répètent pas. Cette dernière étape est décisive. Reconstruire une maison sur la même faille revient à préparer son prochain effondrement. De même, une compensation dispersée dans des projets isolés peut produire des résultats temporaires sans corriger les causes profondes de la vulnérabilité.

justice réparatrice

La justice réparatrice pourrait donc financer des investissements complémentaires : éducation, santé, protection des écosystèmes, infrastructures résistantes, institutions solides et économies capables de conserver davantage de valeur dans les territoires caribéens. L’objectif serait de compenser une perte tout en rendant sa répétition moins probable.

justice réparatrice

Trois changements possibles pour la CARICOM

La justice réparatrice ouvre trois pistes pour la région. D’abord, chaque grande décision publique ou financière pourrait mesurer ce qu’elle crée et ce qu’elle détruit dans les quatre formes de richesse. Ensuite, les réparations pourraient être organisées comme un portefeuille cohérent de reconstruction et de transformation. Enfin, les coûts humains et environnementaux pourraient être intégrés dans l’évaluation des projets, des prêts et des investissements.

La justice réparatrice déplacerait ainsi le débat. Pour la Caraïbe, réparer le passé pourrait devenir une manière de protéger l’avenir, en donnant enfin une valeur égale aux personnes, à la nature, aux institutions et aux infrastructures.

Dans ce contexte, la justice réparatrice désigne une démarche visant à reconnaître et à réparer les conséquences durables de l’esclavage et de la colonisation. Elle ne se limite pas au versement d’une compensation financière : elle cherche aussi à investir dans les populations, les institutions, l’environnement et l’économie afin que les mêmes inégalités ne continuent pas à se reproduire.

Les quatre richesses sont le capital produit, qui comprend les infrastructures et les entreprises ; le capital naturel, comme les forêts, les récifs et l’eau ; le capital humain, qui englobe la santé, l’éducation et les compétences ; et le capital sociétal, fondé sur les institutions, la confiance et la cohésion. Un développement durable suppose de faire progresser ces quatre capitaux ensemble, sans enrichir l’un en détruisant les autres.

Elle pourrait permettre de financer un ensemble cohérent d’actions dans l’éducation, la santé, la protection des écosystèmes, la résilience climatique et les infrastructures. Elle suppose aussi d’intégrer les coûts humains et environnementaux dans les décisions financières et de mesurer ce que chaque projet crée ou détruit. Ces orientations ont été présentées comme des propositions à la CARICOM, et non comme des décisions déjà adoptées.

Sur le futur billet de 5 dollars EC, le visage du champion olympique grenadien Kirani James apparaîtra aux côtés de l’ancien Premier ministre vincentais Robert Milton Cato. Ce rapprochement résume l’ambition de la nouvelle série : faire circuler, dans les gestes du quotidien, les parcours de celles et ceux qui ont marqué la Caraïbe orientale.

Le 9 juillet 2026, la Banque centrale de la Caraïbe orientale, l’ECCB, a dévoilé les nouveaux modèles des cinq principales coupures de la monnaie régionale. Pour la première fois, les billets de 5, 10, 20, 50 et 100 dollars EC ne porteront plus le portrait de la reine Elizabeth II. Dix figures issues des pays membres prendront sa place.

Une monnaie commune à huit territoires

Le dollar EC est la monnaie officielle d’Anguilla, d’Antigua-et-Barbuda, de la Dominique, de la Grenade, de Montserrat, de Saint-Christophe-et-Niévès, de Sainte-Lucie et de Saint-Vincent-et-les Grenadines. Ces huit membres partagent une banque centrale et une monnaie, mais chacun conserve son histoire nationale. Le nouveau dessin cherche précisément à réunir ces récits sans les confondre. Dans la Caraïbe orientale, le billet devient ainsi plus qu’un moyen de paiement. Il se transforme en espace de reconnaissance régionale.

Caraïbes orientales

Cinq coupures pour dix parcours

Le billet de 100 dollars réunira l’économiste saint-lucien Sir William Arthur Lewis et Sir John Compton. Arthur Lewis a reçu en 1979 le prix de la Banque de Suède en sciences économiques pour ses travaux pionniers sur le développement. La coupure de 50 dollars présentera Sir K. Dwight Venner, gouverneur de l’ECCB de 1989 à 2015, et Sir Robert Llewellyn Bradshaw. Sur le billet de 20 dollars figureront Sir Vere Cornwall Bird Sr et Dame Mary Eugenia Charles, première femme élue Première ministre dans la région caribéenne.

Le billet de 10 dollars associera William Henry Bramble et James Ronald Webster. Enfin, la coupure de 5 dollars réunira Robert Milton Cato et Kirani James. Champion olympique du 400 mètres à Londres en 2012, Kirani James avait alors offert à la Grenade la première médaille olympique de son histoire.

Caraïbes orientales

Une décision préparée depuis 2023

Le changement ne s’est pas décidé en quelques semaines. Le Conseil monétaire de l’ECCB avait approuvé, le 21 juillet 2023, le remplacement de l’image d’Elizabeth II. La Banque centrale avait ensuite organisé des consultations publiques entre juillet et décembre 2023. Selon l’ECCB, ces échanges ont montré un fort soutien en faveur de héros nationaux et de bâtisseurs de la région. Le dévoilement de 2026 traduit donc une décision institutionnelle, mais aussi une attente exprimée dans les pays concernés.

Quelle mémoire les billets choisissent-ils ?

La sélection raconte une certaine histoire de la Caraïbe orientale. Elle met principalement en avant des dirigeants politiques, un économiste, un bâtisseur de l’intégration monétaire et un sportif. Ces profils rappellent les indépendances, la construction des institutions et la volonté de faire exister la région sur la scène internationale. Mais la liste ouvre aussi une discussion. Parmi les dix personnalités retenues, une seule est une femme : Dame Eugenia Charles. Les arts, la littérature et la musique ne sont pas directement représentés. Ce constat n’annule pas la portée du changement, mais il montre qu’une monnaie ne peut résumer à elle seule toute la richesse d’une région.

En retirant le portrait monarchique au profit de figures locales, la Caraïbe orientale déplacent le centre symbolique de leur monnaie. Elles ne changent pas seulement des images : elles choisissent les visages qui accompagneront désormais les achats, les salaires et les échanges. Une nouvelle question commence alors à circuler avec ces billets : quelles autres femmes, artistes, penseurs ou bâtisseurs pourraient un jour entrer dans le récit commun de la Caraïbe orientale ?

📸 @ECCB

La Banque centrale de la Caraïbe orientale remplace le portrait de la reine Elizabeth II par dix personnalités issues de la région. Cette nouvelle série vise à mieux représenter l’histoire, les réalisations et l’identité commune des huit membres utilisant le dollar EC.

Les cinq coupures présenteront notamment l’économiste Sir Arthur Lewis, l’ancienne Première ministre Dame Eugenia Charles, l’ancien gouverneur de l’ECCB Sir K. Dwight Venner et le champion olympique grenadien Kirani James. Chaque billet réunira deux figures régionales.

Le dollar EC est utilisé par huit membres de l’Union monétaire de la Caraïbe orientale : Anguilla, Antigua-et-Barbuda, la Dominique, la Grenade, Montserrat, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie et Saint-Vincent-et-les Grenadines.

Dans la Caraïbe, une facture d’énergie trop lourde peut ralentir une entreprise. Une tempête peut couper une route, bloquer un port, fragiliser une récolte. Une crise sécuritaire peut aussi dépasser les frontières d’un seul pays. C’est dans cette réalité quotidienne que le dialogue Canada-CARICOM prend aujourd’hui une nouvelle dimension.

Réunis à Panama City, en marge de l’Assemblée générale 2026 de l’Organisation des États américains, les ministres des Affaires étrangères du Canada et de la CARICOM ont voulu donner une nouvelle force à leur partenariat stratégique. Au centre des échanges : un plan d’action tourné vers trois priorités majeures pour la région : la sécurité, le climat et l’économie.

Une coopération qui cherche des résultats concrets

Le partenariat Canada-CARICOM s’inscrit dans la continuité de l’accord stratégique lancé en 2023. Mais la réunion de 2026 marque une étape importante : les deux parties veulent désormais avancer avec un plan plus précis, plus lisible et plus mesurable.

L’objectif n’est pas seulement d’afficher une proximité diplomatique. Il s’agit de fixer des priorités, des calendriers et des mécanismes de financement capables de produire des résultats. Pour les pays caribéens, cette précision compte. La région fait face à des défis qui se croisent : coût de l’énergie, catastrophes climatiques, sécurité maritime, vulnérabilité financière, crise haïtienne. La Caraïbe ne demande pas seulement de l’aide. Elle cherche des partenaires capables de comprendre ses réalités et d’agir avec elle sur le long terme.

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La sécurité, une urgence régionale

La sécurité occupe une place centrale dans ce nouveau plan Canada-CARICOM. Les ministres ont évoqué la criminalité transnationale, les gangs, les migrations irrégulières, la sécurité maritime et les flux illicites. Pour la région, ces sujets ne sont pas isolés. La mer est un lien, mais aussi une zone de vulnérabilité. Les trafics, les réseaux criminels, les cybermenaces et les crises politiques circulent parfois plus vite que les réponses institutionnelles.

Le Canada soutient déjà certaines initiatives régionales à travers le renforcement des capacités, des interventions ciblées et des partenariats opérationnels. Le nouvel enjeu est d’aller vers une réponse plus coordonnée : mieux protéger les espaces maritimes, renforcer les institutions, partager les informations utiles et limiter l’influence des réseaux criminels.

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Haïti, une crise qui concerne toute la Caraïbe

Haïti occupe une place majeure dans les discussions. La crise politique, sécuritaire et humanitaire que traverse le pays a des conséquences directes sur la région. Les ministres ont notamment souligné les risques liés aux trafics de drogue et d’armes. Le soutien à la Gang Suppression Force fait partie des points abordés. Cette force doit contribuer à rétablir la sécurité sur le terrain, avec un mandat appelé à être renouvelé au Conseil de sécurité des Nations unies.

Mais la réponse ne peut pas être seulement sécuritaire. Les ministres ont aussi rappelé le droit des Haïtiens à choisir leur gouvernement. Ils soutiennent l’organisation d’élections crédibles dès que les conditions le permettront, ainsi que les efforts contre la corruption et l’impunité. Haïti apparaît comme un rappel fort : aucune stabilité caribéenne durable ne peut se construire en laissant un territoire seul face à une crise aussi profonde.

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Climat et économie : deux faces d’un même défi

Le nouveau plan Canada-CARICOM relie aussi clairement climat et économie. Dans la Caraïbe, une catastrophe naturelle n’est jamais seulement un événement météorologique. Elle touche les familles, les entreprises, les routes, les écoles, les ports et les finances publiques. L’accès à une énergie fiable et abordable revient comme une priorité. Une énergie trop chère freine l’innovation et pèse sur les ménages. Une énergie plus stable peut soutenir l’industrie, les services, l’investissement et la transition vers des modèles plus durables.

Le commerce fait aussi partie de l’équation. Le programme CARIBCAN, qui donne à la majorité des produits originaires de 18 pays et territoires caribéens du Commonwealth un accès sans droits de douane au marché canadien, reste un levier important. Il rappelle que le partenariat Canada-CARICOM ne concerne pas seulement la diplomatie. Il touche aussi les débouchés économiques, les chaînes d’approvisionnement et la capacité des entreprises caribéennes à se projeter au-delà de leur marché local.

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La vulnérabilité caribéenne mieux prise en compte

Un autre point essentiel du partenariat Canada-CARICOM concerne le financement. Plusieurs États caribéens sont considérés comme des pays à revenu intermédiaire. Pourtant, leur exposition aux catastrophes climatiques, aux chocs économiques et aux ruptures d’approvisionnement reste très forte. C’est l’un des grands paradoxes de la région. Sur le papier, certains pays semblent trop “avancés” pour accéder facilement à des financements concessionnels. Dans la réalité, une seule crise peut fragiliser des années d’efforts.

Les ministres ont donc insisté sur la nécessité de réformer l’architecture financière internationale. L’idée est simple : la vulnérabilité réelle des petits États doit être mieux prise en compte. Pas seulement leur revenu moyen.

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Un plan à suivre de près

Les prochains mois seront importants. Les responsables doivent encore finaliser les détails du plan d’action, identifier les initiatives prioritaires, construire un calendrier de mise en œuvre et renforcer le suivi. Un dialogue de hauts fonctionnaires est prévu à l’automne pour faire avancer ce travail.

Le partenariat Canada-CARICOM ne réglera pas à lui seul les défis de la Caraïbe. Mais il dit quelque chose du moment actuel : la région veut être écoutée comme un espace stratégique, pas seulement comme une zone vulnérable. Reste maintenant la vraie question : ce nouveau plan produira-t-il des changements visibles pour les populations, les entreprises et les territoires caribéens ?

Le nouveau plan Canada-CARICOM est une feuille de route destinée à renforcer la coopération entre le Canada et la Communauté caribéenne. Il repose sur trois priorités : des économies plus résilientes, l’action climatique, et la sécurité régionale. L’objectif est de passer d’un partenariat diplomatique à des actions plus concrètes, avec des calendriers, des résultats mesurables et des mécanismes de financement durables.

Haïti occupe une place centrale parce que sa crise politique, sécuritaire et humanitaire a des conséquences sur toute la région. Les ministres ont évoqué les trafics de drogue et d’armes, le soutien à la Gang Suppression Force, mais aussi le droit des Haïtiens à choisir leur gouvernement. Pour la CARICOM, la stabilité d’Haïti reste donc un enjeu régional, pas seulement national.

Le partenariat Canada-CARICOM relie directement climat et économie. Il met en avant l’accès à une énergie fiable et abordable, le développement du commerce, le renforcement des chaînes d’approvisionnement et l’accès à des financements adaptés aux vulnérabilités des petits États caribéens. L’enjeu est de permettre à la région de mieux résister aux catastrophes naturelles, aux chocs économiques et aux crises internationales.